Mon palais de la mémoire

21 avril 2025

J’entre par un grand portail en fer. La première créature qui m’accueille –elle me saute sur les genoux en fait, en faisant bien attention à avoir des mouvements doux, il croit encore peut être que j’ai 3 ans- est mon protecteur, mon ami de cœur, le seul que je n’oublierai jamais, le seul à qui je pense tous les jours pendants ces 30 ans de séparation, l’un desquels je serai très heureuse de retrouver un autre jour, Blondie, ma boule de poils blonds. Blondie qui me suivait partout. Etant petite, je ne savais pas encore certaines choses, mais l’on m’a raconté. Blondie avertissait ma grand-mère quand je m’approchais un peu trop de la clôture du jardin. Il grondait ma mère quand elle me grondait. Je lui faisais quelques misères, mais je l’adorais. Le soir où il est mort, personne ne dîna à la maison. Ils n’osaient pas m’informer non plus, et voyant que quelque chose de pas très normal se passait j’ai commencé à poser des questions, jusqu’à la question fatidique « Où est Blondie ? » accueillie par un silence gêné. Je sortis dans le jardin, le cherchais, l’appelais mais il ne répondit pas. Après je ne me souviens de rien. Comment j’accueillis la nouvelle ? Je ne sais pas trop. Mais je sais que ça a été le premier vide de ma vie. La première blessure. Une blessure pas encore guérie.

Je prends le temps de caresser Blondie, de le prendre dans mes bras et de jouer avec lui, puis je continue à avancer, avec lui dans les jambes. Le jardin est grand et l’allée menant vers la porte très longue. Les animaux de mon enfance sont un peu partout. Certains m’ignorent, plus particulièrement les chats, d’autres montrent leur joie, d’autres sont indifférents. Antar gronde à son habitude. Chicco à la tête entre les pattes et me scrute de son regard triste. Ce n’est pas moi qu’il s’attendait à voir. Patti  se faufile entre mes jambes. Chakhma (la grise, une chatte persane) me regarde avec son air hautain. J’atteins les escaliers et pénètre dans le grand hall du château. Un château aux murs trop hauts, en pierre claire. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser aucune froideur ne s’en dégage. Toujours accompagnée de Blondie j’entre dans la première pièce, sur la droite. La pièce est plutôt grande, il faut de l’espace pour tous les souvenirs. Un mûr est entièrement tapissée d’étagères. Sur les étagères, des livres, comme dans mes souvenirs les plus lointains. J’ai toujours dormi dans une chambre où mon lit côtoyait de trop près une bibliothèque nichée dans le mur et allant jusqu’au plafond. Avant de dormir je ne comptais pas les moutons mais les livres. Je les connaissais tous par cœur, étais capable d’en retrouver n’importe lequel grâce à son aspect. Je répondais promptement à quiconque en cherchait un : 4ème étagère à partir du bas, 6ème livre à partir de la droite. Ils sont tous là dans cette pièce. Avec ceux que j’ai possédés par la suite. J’en reconnais quelques uns « L’éternel mari » de Dostoïesvski en livre de poche, facilement repérable à sa couleur verte et sa minceur, et ses feuilles détachées. « L’île au trésor », en grand format illustré d’images magnifiques. « Oliver Twist » de Dickens, « Les possédés », « L’idiot », et ceux que je n’ai jamais réussi à lire comme « A l’ombre des jeunes filles en fleur » de Proust. Des livres interdits comme « King Ping Mei », des livres sur le Jazz, passion de mon père. Je m’en approche, je les touche, je les caresse, je les hume. J’adore l’odeur des livres. Quand je lis j’aimerais me plonger réellement dans le livre, tenir la place de l’un des personnages. Devenir la Catherine de Heathcliff, connaître cet amour passionné, déchiré, et tellement puissant. Ou la Elisabeth de Darcy.  Ou même Jane, pas la peine de spécifier le nom, mon héroïne préférée avec tant d’autres. Malgré ses souffrances, ses blessures, son enfance sordide, c’est l’un des personnages que j’aurai aimé réellement devenir. Des noms que je n’oublierai pas : Raskolnikov, Aliocha, Bingley, Pierre Bezoukhov, Edmond… Et beaucoup d’autres, ma famille imaginaire.  Ils sont tous là dans cette pièce et continuent à mener leur vies virtuelles inscrites sur des pages vieillies à l’odeur entêtante. Au milieu de la pièce une balançoire en fer bleue, une assise en bois. Je m’y assois et commence à me balancer. C’était mon passe temps préféré avec mon imagination. Souvent les deux s’associaient, je me balançais en me racontant des histoires, où je tenais le premier rôle, rarement de cette époque mais d’une autre révolue ou fantastique. Et immanquablement un beau chevalier tenait le second rôle mais il n’avait pas de cheval blanc, plutôt noir. En face des livres se trouvent les films, les personnages qui ont marqué mon enfance, mon adolescence et même l’âge adulte sont là aussi. Rio Cabuto (mon 1er amour, pour qui connaît Mazinga Z). Columbo embête un suspect. Ships est sur sa moto, L’homme de l’Atlantide nage.  Toto fait le pitre avec Charlot. Laurel et Hardy déplacent un piano.  Anna Magnani qui gronde depuis sa fenêtre à Napoli. Sophia Loren dans les bras de Marcello, lui susurrant « Maaaar-ceeee-lllllo », de cette belle langue italienne, lente et langoureuse à souhait. La langue italienne que je maîtrise depuis ma tendre enfance, à force d’avoir regardé la Rai Uno. D’ailleurs à la télé il y a « Che tempo fà ».

Où irais-je?

4 mars 2023

Trop de tristesse m’envahit le coeur

Trop de douleur m’écrase

Trop de conneries me désarment

Racisme et inepties

Langue de bois et actes irréfléchis

Inculture et discours haineux

Je n’aurais jamais cru un jour vivre ces jours là

Ce pays que j’aimais, on essaie de me le retirer

De me le faire abhorrer

Je vomis son peupe inculte, bête et méchant

Je pleure ses enfants qui naissent pour pourrir lentement!!!

Aujourd’hui

3 janvier 2023

Chaque année à cette date,

Au réveil, je fais mes comptes :

39+13=52

Bingo : mon âge

Et tes années d’absence

Depuis mon enfance.

J’ai fait mon deuil ?

Jamais !

Je ne le ferai jamais

Je n’ai pas eu mon compte avec toi

On m’en a privée.

Chaque année à cette date,

Certains attendent

Ce que je dirai

Mais ça n’a pas changé

Toujours la même rengaine

Qui ne finira jamais

Toujours les mêmes regrets

Les mêmes reproches déguisés

Les mêmes larmes qui coulent

Pendant que j’écris

La même rage au fond de mon âme.

Chaque année à cette date,

Certains savent qu’il ne faut pas m’approcher

Mon regard suffit à les arrêter

Cette journée est un trou noir

Qui avale tout ce qui l’entoure

Je m’y engouffre et ne pense qu’à toi

J’imagine que tu le sais

Que quelque part une partie de toi

Est consciente et nous surveille

Nous ta famille blessée.

Aujourd’hui mon téléphone peut sonner

Je ne serai pas au bout du fil

Ceux qui veulent me parler attendront

Mes enfants patienteront.

Chaque année à cette date,

Je compte,

Je n’ai pas fini de compter

Et il n’y a que toi qui compte.

Haiku du feu

12 décembre 2022

De tes yeux, je suis

Le feu si incandescent

Qu’il ne s’éteint pas.

Dans ta vie, je suis

La lumière infinie

Qui ne ternit point.

Divagation

7 décembre 2022

Ce texte m’est presque apparu tel quel durant cette nuit, où j’étais malade. Avais-je de la fièvre? Je ne sais pas, mais probablement, oui.

La jeune paysanne vaquait à ses occupations au bord de la forêt entourant son village quand elle fut aperçue par un seigneur fieffé des parages. Il ne lui en fallut pas plus, lui qui était marié depuis vingt ans à la même femme, mère de 9 enfants de surcroît et en surpoids. Il s’approcha et sans autre forme de présentation viola la jeune fille à même le sol. Ce viol, raconte-t-on, généra trois gosses. La fille n’étant pas mariée et même ayant clamé son innocence à qui voulait l’entendre, personne ne la crut et tout le village lui tourna le dos. Ceci n’empêche qu’à la naissance des trois garçons, ceux-ci furent arrachés à leur mère, et l’un donné au charpentier, l’autre au chasseur et le troisième au chef du village. Un garçon est un bien inestimable et une main d’œuvre non négligeable même s’il nécessitait d’être entretenu jusqu’à la fin de l’enfance. Les trois garçons ne se connaissaient pas et ne se sont point rencontrés avant l’âge de dix ans. L’absence de miroirs et la rareté de l’eau comme de l’hygiène font que les gens ne savaient presque pas à quoi ils ressemblaient. Les garçons avaient pour habitude de passer beaucoup de temps à errer et le hasard fit que ce matin-là ils se rencontrèrent au bord du lac. Chacun fut stupéfait que les deux autres renvoyaient la même image et crurent au début qu’ils rêvaient, mais il n’en était rien et comprirent finalement qu’ils étaient tous les trois semblables. Ils ne séparèrent plus depuis ce jour-là, grandirent ensemble pour devenir les plus coquins voleurs et brigands des entours. Dix ans plus tard alors qu’ils étaient en vadrouille, pillant, volant, usurpant les biens d’autrui, sans distinction entre pauvre ou riche, veuve ou vieillard, tout le monde y passait ; ils parvinrent aux abords du fief du seigneur leur père présumé. Ce dernier ayant eu vent des brigandages dans les environs, s’était bien préparé et croyant défendre ses biens sortit avec sa garde composée de deux gringalets. L’un des gardes fut blessé, et l’autre, effrayé prit ses jambes à son cou. Le seigneur voulant intervenir, les trois compères se chargèrent de lui : l’un lui coupa une jambe, l’autre un bras et le troisième lui trancha la tête. Les trois frères occupèrent le château, renvoyèrent ou emprisonnèrent ses occupants et se mirent en devoir de consommer tous les vivres sans rien faire pour les perpétuer.

Illustration générée par l’IA #starryAI d’après une brève description

Le temps

30 octobre 2022

Chérir ces moments

Les prendre dans ses bras

Emprisonner cette innocence

Retenir le temps.

Invitation

18 juin 2022

Je t’appelle

Viendras-tu?

Amour irréel

Résisteras-tu?

Laisse toi faire

Dans mes bras, je t’invite

Ne fais pas le fier

Dans mon cœur, tu palpites.

Mes yeux me trahissent,

En toi, ils voient un roi.

Et mes mains frémissent,

De te mettre en émoi.

Haïku

4 juin 2022

Suite…

Le temps d’un baiser,

Sous le porche dérobé,

Qui nous enflamme.

Haïku du Samedi 04 Juin 2022

4 juin 2022

Sur le thème « Liaisons dangereuses »

Ferme les yeux, et

Laisse moi te caresser,

Le temps d’un secret.

L’affaire du Zodiac

6 Mai 2022

De toute la journée, je n’ai pas lâché le livre de Faycal Ziraoui, le polytechnicien marocain qui a dit avoir déchiffré les deux derniers messages cryptés du Zodiac.

Voici ma revue du livre su Goodreads.

L’Affaire du Zodiac by Fayçal Ziraoui

My rating: 4 of 5 stars


J’ai toujours été intéressée par l’affaire du Zodiac, comme par celles de Ted Bundy, BTK, The Golden State Killer, etc.
Les serial killers ont de tous temps fasciné le monde, tandis que les victimes sont hélas oubliées. Je me suis toujours posée ces questions: à quoi cela est-il dû? Pourquoi cette fascination? Serait-ce de l’admiration? Un intérêt pervers pour une intelligence machiavélique employée pour le mal? Qu’est ce qui fait que l’Homme aime le sordide dans ces affaires, etc. Mais je me disperse.
Quand j’ai lu quelque part qu’un ingénieur marocain a déchiffré les derniers codes du Zodiac, ça a tout de suite attiré mon attention et c’est comme ça que je me suis procurée le livre et je ne l’ai pas lâché de la journée. J’ai été happée par le style, par les différents chapitres, par le plongeon que l’auteur nous fait fait faire dans le passé, dans les cènes de crime (un peu inspirées du film de Fincher je trouve), puis nous ramène à Paris dans un pavillon de banlieue, puis nous balade au Maroc.
Quant au déchiffrage du message, j’attends encore de voir les vidéos youtube de l’auteur pour mieux comprendre, car je n’ai saisi que les grandes lignes et de par ma nature d’informaticienne, je veux comprendre dans les moindres détails.
Moi qui croyais que j’allais détester ce livre (par jalousie peut être, m’étant une fois intéressée à ces codes, l’espace d’un après-midi, puis je suis passée à autre chose), j’ai aimé. J’admire la persévérance de l’auteur mais aussi son intuition qui lui a permis de trouver les réponses à une énigme vieille de 50 ans mais aussi d’en découvrir une nouvelle. Je plains sa femme 🙂
J’ai apprécié les quelques traits d’humour insérés ici ou là. (Clin d’oeil à Flifel et sa remarque sur le seum).
L’écriture est simple et fluide.

Je vais conseiller ce livre autour de moi.




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