Buy Now ou le pouvoir des médias sociaux et du marketing sur la surconsommation

Sorti en octobre dernier sur Netflix, le documentaire Buy Now sur Netflix illustre le lien entre le marketing sur les médias sociaux et la surconsommation en regardant la FOMO, le CTA et la dissimulation.

Le dernier vendredi de novembre annonce le Black Friday. Les gens se lanceront à l’assaut des magasins et des commerces en ligne, espérant faire de bonnes affaires. Pendant ce temps, des montagnes d’articles encore en bon état s’amoncelleront sans cesse sur les plages du Ghana, comme il a été montré dans le documentaire Buy Now ! The Shopping Conspiracy, réalisé par Nic Stacey. Ce documentaire montre le lien tissé entre pouvoir des médias sociaux et du marketing ainsi que le consumérisme effréné en Occident, et ce, en considérant trois dimensions : la culture de la fear of missing out (FOMO), les stratégies de communication marketing sur les médias sociaux avec un call-to-action (CTA) et une culture de la dissimulation derrière la stratégie marketing.

La culture de la FOMO

L’expression FOMO signifie la peur de manquer quelque chose d’important. Les médias sociaux, parmi les nombreux médias véhiculant les messages de communication marketing, alimentent cette peur.

La FOMO trouve une partie de ses origines dans le fait que plusieurs personnes, sur les médias sociaux, présentent une « vie de rêve », souvent illusoire, grâce à l’apport de plusieurs produits. Ces gens envoient comme message qu’il faut posséder ces produits pour mener une vie idéale comme eux, sinon nous manquons cette occasion. Cela amène les personnes qui suivent ces gens sur les médias sociaux à dépenser plus que leurs moyens ou leurs besoins réels à cause de l’influence de ces gens. Un article de l’organisation britannique Red Stare Education stipule que « people on social media often present a false, or at least a heavily censored, version of their lives. You see the nice holidays, the expensive meals, the perfect outfits, but you often see little beyond this screen ». Mais le dommage est fait. L’article avance des statistiques préoccupantes, fournies par Credit Karma : 69 % des millénariaux et 76 % des zoomers s’endettent à cause de la FOMO.

En plus des médias sociaux, les experts de la communication marketing induisent une autre forme de la FOMO à grand renfort de promotion de journées axées sur les rabais prétendument exceptionnels offerts en ligne et en magasin. Les journées du Black Friday et du lendemain de Noël offrent de bons exemples en ce sens. Un article de Consumer.org relate que « an OECD survey published in October 2024 found nine out of ten consumers have been affected by ‘dark commercial patterns’. These manipulative tactics influence consumer behaviour, and lead consumers to make choices that may not be in their best interests ». En effet, les consommateur•trice•s peuvent effectuer des achats impulsifs pouvant être regrettés plus tard, et ce, sous l’effet d’entraînement du discours disant qu’il ne faut pas manquer tel ou tel rabais en ligne ou en magasin.

Ainsi, la FOMO peut entraîner des répercussions importantes sur les finances des gens. Sans compter les répercussions environnementales induites par la surconsommation basée sur cette crainte…

Le pouvoir du call-to-action (CTA)

Avant l’induction de la FOMO chez les consommateur•trice•s, les experts de la communication marketing pour les marques utilisent une puissante stratégie dans leurs messages diffusés sur les médias sociaux et traditionnels. Il s’agit du call-to-action (CTA).

Selon Trevin Shirey de WebFX, l’efficacité du CTA repose sur deux éléments interreliés : l’anticipation et les attentes. L’anticipation est la sensation croissante basée sur l’attente de quelque chose qui se prépare. Lorsque les gens prévoient de faire une sortie en magasin ou bien qu’ils scrollent sur les médias sociaux, ils espèrent une gratification immédiate basée sur l’action à commettre. Ensuite, avec l’anticipation viennent les attentes. Avec le message marketing audiovisuel, que ce soit dans une publication sur Facebook ou Instagram ou bien dans une publicité télévisée, les consommateur•trice•s prévoient d’entreprendre une action pour obtenir la gratification recherchée. Bref, les désirs correspondent à la culmination de l’anticipation. Les événements annuels d’Apple, rediffusés notamment sur YouTube et dans lesquels son PDG, Tim Cook, annonce les nouveaux gadgets à se procurer, représentent un parfait exemple de projection et de création d’attentes.

En mettant l’accent sur la projection et la création d’attentes, le CTA traduit ainsi un comportement voulu des consommateur•trices•s. Sur le blog de l’agence web australienne Neighbourhood, Dominic Carlin qualifie ce comportement voulu de brainwashing. Se basant sur la théorie de la psychologie perceptive, il remarque que « our brains expect a pattern, and as such they assume the next piece of information is part of the pattern ». En somme, les messages marketing font usage de la manipulation mentale « positive » puisque celle-ci aboutit à un pattern escompté, soit une récompense immédiate pour les consommateur•trices•s. Le CTA sert à assouvir ce besoin d’obtenir une récompense rapide et souvent irréfléchie. En conséquence, au lieu de se demander si elle a vraiment besoin de tel article, si ses finances lui permettent de se le procurer ou de se poser d’autres questions d’ordre socioéconomique, la personne va faire des achats plus impulsifs.

Mais derrière toute stratégie marketing axée sur le CTA, il y a un côté plus sombre de ce type de discours. Cet aspect du marketing comporte un volet discursif axé sur la dissimulation…

La culture de la dissimulation

Le discours marketing, outre le CTA, a pour objectif « d’embellir la vérité » derrière les pratiques éthiquement douteuses ou carrément déplorables des entreprises. Il désire dissimuler la vérité et aller au-devant de toute critique adressée à une marque et, si possible, les faire taire.

L’une des tactiques de ce type de discours constitue à masquer les pratiques lamentables d’une marque en incitant les gens à « regarder dans une autre direction ». Le documentaire Buy Now souligne que les plus grosses compagnies au monde, comme Amazon et Apple, utilisent le plus le mensonge dans leurs stratégies marketing. Elles veulent court-circuiter les critiques fusant contre elles en mettant en scène leur côté vertueux. Le greenwashing en est un exemple flagrant. Pourtant, dans un billet pour The Conversation, les chercheur•euse•s Amina Béji-Bécheur, Alain Decrop et Lydiane Nabec rappellent que « le marketing porte donc une grande responsabilité face aux défis environnementaux et sociétaux : contribuer à la transformation des marchés en accompagnant les changements de modes de production et de consommation de manière équitable et durable ». Malheureusement, nous sommes encore loin de la responsabilisation des discours marketing en ce sens.

Conséquemment aux discours exigeant de regarder ailleurs, il y a les discours marketing qui cherchent à réduire au silence des personnes ou des organisations qui dénoncent les pratiques douteuses de ces grandes corporations. Ces dernières se livrent à une pratique qui est considérée comme une gestion de crise désastreuse. Pourtant, comme le révèle le documentaire Buy Now, elles sont monnaie courante. Prenons le cas de Maren Costa, ancienne « conceptrice de l’expérience client » chez Amazon : l’entreprise l’a congédiée en 2020 pour avoir exposé publiquement son gaspillage éhonté. Le cas de l’organisation iFixit, fondée par Kyle Wiens et Luke Soules, est également révélateur : elle se fait mettre constamment des bâtons dans les roues par Apple pour encourager la réparation de produits de la multinationale au lieu de se plier à son diktat du remplacement par le plus récent produit à tout prix.

Comme quoi la dissimulation n’est pas une pratique anodine parmi les champs de la communication marketing. Elle sert résolument à garder les entreprises prospères et à faire rouler l’économie. 

Pour résumer, le documentaire Buy Now aura servi à démontrer le lien ténu entre stratégie marketing, relayée sur médias sociaux, et surconsommation. En décortiquant l’ensemble des points liés à la culture du FOMO, au puissant CTA et, enfin, à la dissimulation, le marketing et les médias sociaux influencent de manière dominante la consommation à outrance. Et pendant ce temps, les ressources pour fabriquer l’ensemble de nos produits consommés s’amenuisent de plus en plus, les dépotoirs se multiplient et s’agrandissent partout sur la planète et les gens de pays en développent paient le prix de la surconsommation occidentale. Maintenant, posons-nous la question qui tue : à quand le point de rupture environnemental ?

7 raisons de ne pas choisir le déménageur au plus bas prix

Nous sommes en pleine période de l’année durant laquelle beaucoup de Québécois changent de domicile. Si vous êtes dans cette situation, vous cherchez de l’aide pour votre déménagement.

Pour plusieurs d’entre vous qui comptez plutôt sur des déménageurs plutôt que la famille et les amis, vous avez un budget limité pour votre déménagement. Si vous trouvez un déménageur qui vous offre un bas prix incroyable, vous vous dites que c’est trop beau pour être vrai. Et, la plupart du temps, ça l’est. Voici 7 raisons pourquoi il est déconseillé de choisir le déménageur au plus bas prix.

Un déménagement au Québec. Source: Claude Boucher pour Wikipédia (https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/de/Demenagement_quebec1.jpg)

Ce n’est pas une entreprise reconnue

Il y a des individus sans scrupules qui peuvent s’improviser déménageurs durant cette période de l’année. Selon le Bureau de la concurrence du Canada, « les déménageurs malhonnêtes trouvent leurs victimes sur les sites Web populaires de petites annonces, tels que Kijiji ou Craigslist ».

Si elles n’offrent qu’un nom et un numéro de téléphone avec leurs tarifs peu élevés, elles n’ont probablement pas les certifications nécessaires pour être une entreprise de déménagement reconnue comme celles émises par la Commission des transports du Québec, l’Office de certification commerciale du Québec, l’Association canadienne de déménageurs et l’homologation officielle émise par le Ministère du Travail du Québec. Ceci constitue un premier signal d’alarme.

Il n’a pas d’emplacement physique

Si le déménageur offrant un bas prix ne possède pas de licences, il y a des chances que l’emplacement de ses bureaux se révèle inexistant. Cet autre signal d’alarme indique également que vous avez potentiellement affaire à des fraudeurs.

Un article de La Presse, paru en 2013, relate les mésaventures de plusieurs personnes qui se sont fait flouer par des pseudo-entreprises de déménagement. Ceux-ci, à l’aide d’un simple camion et d’un numéro de téléphone, ont fait plusieurs victimes qui pensaient avoir trouvé leur déménageur idéal à peu de frais.

Malheureusement, puisque ces entreprises ne sont pas enregistrées, l’Office de la protection du consommateur (OPC) indique que les victimes ont peu de recours afin d’obtenir réparation. Surtout lorsqu’il est impossible de communiquer avec ces entreprises de déménagement ou de retrouver l’emplacement de leurs bureaux.

Ce n’est qu’une astuce marketing

Dans un des billets de son blogue, l’entreprise de déménagement Le Plan Pas Con demande comment « font ils [sic] pour être honnêtes [sic] […] avec ces tarifs annoncés, si commerce il y a ». Elle stipule que « c’est souvent du tape à l’œil [sic] ou de la “pogne” publicitaire afin de vous faire signer un contrat pour votre déménagement ».

En droite ligne avec les astuces imaginées par les arnaqueurs pour piéger des consommateurs faisant appel à leurs services à bas prix pour leur déménagement. Site web bien conçu, offres alléchantes, promotions et rabais, tout a été créé par ces entreprises pour attirer des clients qui ne prennent pas nécessairement le temps de bien chercher leur déménageur.

Ils proposent un contrat verbal

Si Le Plan Pas Con affirme que ces déménageurs cherchent à vous faire signer un contrat en vous présentant leurs tarifs très avantageux, ce ne sera pas nécessairement le cas lors de votre premier contact avec eux. Ils misent plutôt sur une entente verbale.

Selon le Bureau de la concurrence du Canada, il est possible que « les fraudeurs traitent avec vous par téléphone, insistant sur le fait qu’un contrat verbal est suffisant et que la copie papier peut être signée le jour du déménagement ». Les abus débutent lorsque les déménageurs vous présentent un contrat fort différent par rapport à ce que vous avez discuté au téléphone, et ce, lors du grand jour de votre déménagement.

Il y a des frais cachés

En vous présentant un contrat écrit ayant peu à voir avec les éléments discutés préalablement au téléphone, ces déménageurs vous réservent des surprises. Ces surprises, loin d’être agréables, font augmenter le coût de la facture de votre déménagement.

Le Bureau de la concurrence du Canada révèle que ces entreprises de déménagement ajoutent « des clauses non prévues et accumulant les frais supplémentaires, par exemple pour l’entreposage et le ramassage ». Ces frais cachés font en sorte que le coût peu élevé de départ se transforme en facture salée pour votre déménagement.

Vos meubles et vos effets personnels risquent d’écoper

Si vous refusez d’acquitter les frais supplémentaires non prévus sur la facture, les déménageurs peuvent vous laisser tomber le jour de votre changement d’adresse. Pire encore, ils peuvent endommager vos meubles et vos effets personnels lors du transport de ceux-ci ou bien carrément vous les confisquer jusqu’à ce que vous leur ayez versé la somme réclamée.

L’article de La Presse de 2013 est un exemple des histoires d’horreur vécues par des consommateurs ayant cru faire une bonne affaire avec certains déménageurs. Par exemple, une femme de La Prairie a témoigné de son déménagement catastrophique pendant lequel ses meubles et appareils électroniques ont été endommagés. Elle a même dû payer des frais supplémentaires pour le déchargement du camion de déménagement.

Vous recevez une prestation de qualité moindre pour votre déménagement

En plus de risquer de devoir payer une facture plus élevée que le bas prix de départ, les entreprises de déménagement peuvent livrer un service de moindre qualité. Le temps requis pour le déplacement de vos effets d’un domicile à l’autre peut s’avérer également plus élevé.

Dans un billet du blogue, l’entreprise française de déménagement Nextories affirme qu’« un prix plus faible peut signifier une équipe moins conséquente, et potentiellement une prestation de moins bonne qualité (moins de déménageurs = plus de fatigue = plus de casse) ». Alors, mieux vaut donc investir davantage pour un service de déménagement sérieux et professionnel.

En somme, pour des raisons liées à la certification, aux faux-semblants, à l’absence de fiabilité, aux frais cachés et à un service de moindre qualité, il est fortement déconseillé d’opter pour des entreprises de déménagement qui promettent les plus bas prix qui soient. D’autant plus qu’un déménagement est stressant en soi!

Afin de changer de logis en ayant l’esprit tranquille, il est recommandé de bien choisir son entreprise de déménagement en vérifiant sa certification et les avis sur celle-ci. Demandez aussi une estimation, sur papier, de l’ensemble des frais à encourir pour votre déménagement. Vous aurez ainsi un meilleur rapport qualité/prix et non une aubaine trop belle pour être vraie.

Appropriation culturelle du drapeau LGBT, COVID-19 et Ça va bien aller : réponse à Frédéric Tremblay

Je tiens à répondre ici au billet de blogue de Frédéric Tremblay pour le Journal de Montréal et le Journal de Québec. Je réagis, point par point, à la frustration du blogueur quant à la supposée appropriation culturelle de l’arc-en-ciel, issue du drapeau LGBT, par le mouvement « Ça va bien aller » dans le cadre de la pandémie de la COVID-19.

Drapeau arc-en-ciel LGBT
Drapeau arc-en-ciel LGBT

Dans son billet daté du 10 février dernier sur son blogue du Journal de Montréal et du Journal de Québec, le chroniqueur et médecin Frédéric Tremblay affirme éprouver de l’irritation « […] en lien avec le fait que le drapeau arc-en-ciel était pour moi le symbole des luttes [LGBT] ».

Son irritation proviendrait de l’utilisation de l’arc-en-ciel dans le mouvement « Ça va bien aller » afin d’apporter du bien-être dans la vie des gens durant la pandémie de COVID-19. Eh bien, M. Tremblay n’a pas fini d’être contrarié. La raison est que l’arc-en-ciel incarne un phénomène météorologique naturel qui a acquis diverses significations positives au fil de l’histoire pour plusieurs peuples et communautés. Et il sert de symbole de réconfort durant la pandémie de COVID-19.

L’arc-en-ciel, phénomène d’abord dû à la météo

Un article de Maxisciences rappelle que l’arc-en-ciel « est un phénomène optique dû à la réflexion, la réfraction et la dispersion des radiations colorées composant la lumière du Soleil à travers les gouttes de pluie ». Il « couvre un spectre de couleurs continu qui s’étend du rouge (à l’extérieur) au violet (vers l’intérieur) ».

Arc-en-ciel de Matt Hardy, Pexels.com

Toujours selon le même article, « en fonction des cultures, on considère qu’il présente entre 3 et 9 couleurs. En Occident, on en dénombre généralement sept : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. » La beauté de l’arc-en-ciel — dans le spectre de couleurs qu’il montre — doit-elle être exclusive à un groupe?

Appropriation culturelle LGBT de l’arc-en-ciel?

Bien sûr que non. L’arc-en-ciel ne représente pas exclusivement un symbole culturel des LGBT. Pour différentes communautés à travers plusieurs époques, il a toujours incarné un emblème merveilleux d’une grande beauté.

En entrevue avec la chroniqueuse culturelle Eugénie Lépine-Blondeau de l’émission Tout un matin à Radio-Canada Première le 10 avril dernier, l’historien Laurent Turcot rappelle que « dans la mythologie grecque, l’arc-en-ciel est incarné par la déesse Iris qui est une messagère entre le ciel et la terre. » Il ajoute que, « en Irlande, on croyait qu’au bout de l’arc-en-ciel, il y avait un petit leprechaun, une sorte de lutin symbolisant la richesse. Dans la mythologie scandinave, l’arc-en-ciel représente un lien entre ciel et terre. » Bref, l’arc-en-ciel exprime le futur, l’espoir, l’évasion, l’escapade vers un monde meilleur, du moins pour la population occidentale.

Le côté merveilleux de l’arc-en-ciel ne semble pas avoir échappé à Gilbert Beker, le créateur du drapeau officiel LGBT, lequel fut utilisé pour la première lors de la Gay and Lesbian Freedom Day Parade de San Francisco le 25 juin 1978. Beker aurait été soi-disant inspiré par la chanson Over the Rainbow pour la réalisation du drapeau. Cette chanson fut interprétée par l’actrice Judy Garland dans le film The Wizard of Oz, cette dernière devenant une icône gay dans les années 1960 à une époque encore très homophobe. Ceci dit, est-ce que son utilisation par le mouvement « Ça va bien aller », en pleine pandémie de la COVID-19, constitue de l’appropriation culturelle LGBT?

Parade LGBT de Dublin en 2011 avec le drapeau arc-en-ciel

Encore une fois, non. Il est malhonnête de croire qu’il y a une appropriation culturelle de l’arc-en-ciel contre les LGBT parce qu’il serait « un rappel de ce que d’autres avaient dû faire pour que [notre] génération puisse vivre ses amours librement », comme l’affirme M. Tremblay. Nous n’avons pas le monopole culturel de ce symbole, bien qu’il ait inspiré notre émancipation et nos luttes.

Brevet sur le drapeau arc-en-ciel?

Lorsque M. Tremblay affirme que « [s’il voulait] faire procès à ceux qui utilisent l’arc-en-ciel actuellement, [il] ne le [pourrait] pas », il a raison. On ne peut pas breveter les représentations des représentations de phénomènes naturels, contrairement à ce qu’il préconise à la fin de sa chronique. Surtout lorsqu’ils ont été utilisés par d’autres peuples, bien avant les LGBT.

Rappelons que le dépôt d’un brevet sur un produit — de même qu’un composé, un appareil ou un procédé — doit obéir à trois règles :

  • la nouveauté;
  • l’utilité;
  • l’inventivité.

Dans la même veine, des éléments ne peuvent pas être brevetés (article 17.03 du Recueil des pratiques du Bureau des brevets ou RPBB), l’une d’entre elles étant les motifs imprimés sur un textile. Ainsi, d’autres peuples d’aujourd’hui utilisent un drapeau arc-en-ciel comme les Incas de la ville de Cuzco au Pérou ainsi que les Aymaras de Bolivie qui possèdent leur Wiphala, ce drapeau constitué de 49 carrés colorés.

Drapeau arc-en-ciel de Cuzco au Pérou

Par conséquent, lorsque Frédéric Tremblay prétend que « parler de “propriété collective” […] [est d’éviter] de statuer sur ceux qui peuvent légitimement utiliser quelque chose — et donc en blâmer d’autres légitimement », cela ne tient pas la route. D’autant plus qu’il est pertinent de rappeler que, de son vivant, Gilbert Beker a choisi de ne pas faire breveter sa création puisqu’il souhaitait offrir l’œuvre de sa vie en cadeau pour le monde entier.

De toute manière, ç’aurait été mal vu de faire breveter la représentation d’un phénomène météorologique sur un drapeau. Il faut tenir compte de la charge symbolique de l’arc-en-ciel à travers les âges et les cultures sur l’ensemble de la planète.

Pour conclure, la chronique de Frédéric Tremblay laisse franchement à désirer quant à son argumentation sur « l’appropriation culturelle » de l’arc-en-ciel comme symbole du drapeau LGBT. En somme, il n’a aucune emprise sur la représentation de ce phénomène météorologique qui est utilisé comme symbole de bonheur depuis longtemps par différentes cultures. Il devra accepter que l’arc-en-ciel soit également utilisé par le mouvement « Ça va bien aller » durant la pandémie de la COVID-19.

Kukum de Michel Jean : la vie d’Almanda Siméon et des Innus du Lac-St-Jean

Kukum de Michel Jean

La vie d’Almanda Siméon et des Innus du Lac-St-Jean

Dans son plus récent roman Kukum, le chef d’antenne de TVA Nouvelles, auteur et journaliste Michel Jean nous amène à la découverte de son peuple autochtone, les Innus, à travers l’histoire fascinante de son arrière-grand-mère Almanda Siméon à Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), en territoire innu, au Lac-Saint-Jean. Et cette histoire vaut le détour.

Couverture de Kukum de Michel JeanKukum nous plonge à l’époque des pionniers de la colonisation du Lac-St-Jean. Almanda fait la rencontre de l’arrière-grand-père de Michel Jean, Thomas Siméon, pour qui elle a un coup de foudre réciproque. Elle dit ainsi adieu à ses deux parents adoptifs (désignés comme étant son oncle et sa tante) pour embrasser la culture innue et son nomadisme à la fin du 19e siècle. Étant encore une adolescente (même si le terme n’existait pas encore à l’époque) lorsqu’elle épouse Thomas, elle intègre ainsi le clan des Siméon. Elle y apprend progressivement leur mode de vie quotidien, la langue et la culture des Innus au point où elle en devient une elle-même de cœur au cours des années.

Almanda vécut une magnifique histoire d’amour avec Thomas avec qui elle a eu plusieurs enfants, tous élevés dans la forêt. En même temps, on la suit dans les multiples aventures du clan Siméon à travers Nitassinan. On saisit également les bouleversements entrainés par la colonisation du Lac-St-Jean et les débuts de l’industrie forestière. Nous vivons aussi, à travers ses yeux et le récit de l’auteur qui rapporte ce témoignage visuel, le drame de la sédentarisation forcée du peuple innu et des enfants enlevés aux familles de Mashteuiatsh pour être amenés de force dans des pensionnats religieux. Un traumatisme vécu et internalisé par la plupart des autochtones du Québec.

Le tout forme un témoignage captivant de la vie de l’arrière-grand-mère de M. Jean, ponctué à la fois de moments tantôt tendres, tantôt dramatiques, tantôt révoltants, mais jamais ennuyants. La prose vivante et au style simple du journaliste, ayant le sens du récit propre à son métier, rend l’histoire de la vie d’Almanda Siméon captivante et contemplative en même temps. La nature et ses éléments, omniprésents, nous font voyager et nous sortent de notre confort moderne du 21e siècle en nous replongeant à la fin du 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle. Et le récit nous hante longtemps après en avoir terminé la lecture, chose que j’ai accomplie en deux jours à peine!

Bref, Michel Jean nous livre, avec Kukum, un récit envoûtant se situant entre le récit biographique et le roman à propos de son arrière-grand-mère Almanda Siméon. Si vous avez envie de savourer une histoire et d’en apprendre un peu plus sur la vie et le quotidien des Innus du Saguenay—Lac-St-Jean avant la sédentarisation et les pensionnats, je vous le recommande chaudement.

Défilé de Fierté Montréal: des militants LGBT veulent empêcher François Legault d’y participer

Défilé de Fierté Montréal et militants LGBT queer radicaux

Bienvenue dans le défilé de la Fierté, monsieur Legault

Deux militants LGBT queer radicaux, Alexis Marcoux-Rouleau et Sam Kaizer, veulent faire empêcher le premier ministre du Québec, François Legault, de participer au défilé de Fierté Montréal cette année. Au contraire, je l’invite chaleureusement à y participer. Voici ma réplique à MM. Marcoux-Rouleau et Kaizer.

Anders Turgeon, dossier LGBT

Le 10 août dernier, Le Devoir publiait les propos de MM. Alexis Marcoux-Rouleau et Sam Kaizer sur une initiative invitant le premier ministre du Québec François Legault à se retirer du défilé de Fierté Montréal par le biais de l’initiative communautaire « Let go of Legault! ». Non seulement cette initiative est irresponsable, mais elle suscite également des divisions inutiles entre les personnes LGBT et dans le reste de la population en général.

Pourquoi? Parce que, en dépit du fait que les liens entre le milieu communautaire LGBT et le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) restent à bâtir, M. Legault et ses ministres n’ont pas entravé « les avancées dans la reconnaissance légale des adultes et enfants trans citoyens (projet de loi 103), des personnes trans non binaires et des personnes trans non citoyennes ». De fait, il est factuellement faux de prétendre le contraire comme le prouvent l’intervention du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec Simon Jolin-Barrette — alors porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de justice — lors du vote concernant le projet de loi 103 le 10 juin 2016. Il en va de même pour les interventions de l’ancienne députée caquiste de Montmorency, Michelyne C. St-Laurent, lors de l’adoption du projet de loi 35 modifiant le Code civil en matière d’état civil, de successions et de publicité des droits le 6 décembre 2013. Ce projet de loi a permis aux personnes trans de pouvoir modifier la mention de son sexe sur son certificat de naissance sans avoir à subir une chirurgie de réassignation sexuelle; Mme C. St-Laurent a consenti à la loi en affirmant qu’il y aurait une meilleure justice pour tous.

Ensuite, quant au fait « qu’il existe des personnes LGBT de toutes les religions, de toutes les ethnicités et de tous les genres », cela n’empêche pas les grandes religions abrahamiques d’être encore intrinsèquement homophobes, transphobes et misogynes. Selon une étude réalisée par l’Institut français d’opinion publique (IFOP) pour le compte de la Fondation Jasmin Roy et la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT), 63% des musulman.e.s interrogé.e.s considèrent l’homosexualité comme une « maladie » ou une « perversion sexuelle » alors que 20% de catholiques pratiquants partagent cette position. Même si l’ouverture des personnes religieuses aux LGBT est en hausse, il reste que les religions condamnent encore massivement l’homosexualité et les réalités trans.

Enfin, il est tout à fait exagéré de dénoncer l’appui de M. Legault au livre L’empire du politiquement correct de Mathieu Bock-Côté. MM. Marcoux-Rouleau et Kaizer prétendent que « le livre en question qualifie le mouvement pour les droits des personnes trans de “loufoque“ » et qu’il voit « les groupes minoritaires comme des menaces ». À défaut d’avoir lu son plus récent ouvrage, j’hésite à affirmer que M. Bock-Côté manque de respect envers les personnes trans, mais en revanche il dénonce fermement l’étendue d’un courant appelant à la déconstruction des genres à l’ensemble de la société. N’est-ce pas le propre des personnes conservatrices comme M. Bock-Côté de tempérer le progressisme en appelant à la prudence? C’est le type de nuance qu’il convient d’effectuer pour ainsi éviter les paraboles catastrophistes et victimaires de MM. Marcoux-Rouleau et Kaizer.

En somme, l’appel de MM. Marcoux-Rouleau et Kaizer à empêcher M. Legault de participer au défilé de Fierté Montréal dimanche relève d’une tentative malheureuse pour diviser les personnes LGBT entre elles et avec le reste de la société. Je souhaite ainsi la bienvenue au premier ministre du Québec et à la CAQ dans les rangs du défilé dimanche prochain.

p.s.: Vous pouvez trouver également mon article sur le site Discernement.net ici.