A la vibration des sons et des silences, les mots épousent notre spontanéité, notre jaillissement. Il m’est difficile de considérer la vie comme un formalisme, ni d’y voir une composition sans lien avec la vie. Je me promenais lentement sur le chemin, à l’apnée du jour finissant, quand la vesprée retient sa gracieuse émotion, et je vis, non loin, deux biches élégantes. Leurs yeux frangés de sourcils délicats regardaient dans ma direction, soudainement, mutuellement émues par notre impromptue rencontre. Je n’osais bouger, ni respirer et fixais leurs yeux intensément. Le moment, ainsi suspendu, sembla être une éternité. Je crois bien que si j’étais resté immobile, ces belles ne se seraient pas évaporées dans la brume des arbres. Les mots ont le pouvoir de creuser l’irréalité et de trouver la brèche d’une observation. J’aime qu’ils me creusent autant que je les creuse.
La corneille passe
Ne voir plus que toi, et se balancer au son de tes pupilles. Le cœur se souvient des danses et c’est ainsi que virevolte ton corps, complice et heureux. Je n’entends aucune autre voix, à part celle qui murmure tout bas, les mots que transmettent tes bras, et sans accroche, nous nous retrouvons sur la route et toi, toi encore, qui réunis ma légèreté, je te fais le récit de mon humeur en silence. La vie rude me prend beaucoup de temps, et là-haut, nous sommes un, tandis que la corneille passe et rompt l’immobilité des arbres.
La clause
Si la peur fait frémir, la confiance l’efface. Elle est bien en nous, telle la réalité, sans projection aucune, la présence tout entière à l’accueil. Chaque seconde vibre, sans doute, sans illusion, à la lumière de ce qu’il se tisse. Edouard répète : « Si la sagesse résout les problèmes, l’amour les efface ». Il avait lu cela quelque part. Ce qui est en nous se déploie et c’est dans une perspective lumineuse que les choses reposent. L’introspection et l’expérience ont eu raison de nos projections. C’est à cela que je m’attèle. Pourtant, être est une véritable clause, un pacte de confiance essentielle. Ce que nous sommes, ce que nous vivons fait partie intégrante de ce qui doit être vécu. La clause est antérieure, bien antérieure à nous-même. Notre instant d’écriture est ce qui révèle notre rythme et celle-ci s’exécute presque à mon insu, comme m’apprenant à mettre les mots à se qui se conçoit simplement. La vie a vaincu toutes nos résistances et dans la solitude, la sainte solitude, l’on plonge dans le puits. C’est en lui que nous ouvrons les yeux. C’est en lui que nous renaissons. Nous n’avons plus besoin de jouer, bien que nous aimons danser la vie. Celui qui est plein ne cherche aucune compensation. Tout est dans l’intention que nous formulons. La vacuité est une plénitude. Sans le lien profond avec Dieu, nous n’avons ni caution, ni garantie. Ceci est l’évidence. Ceci est la clef.
A la force de mes bras
Entre la femme, tout entière femme, au charme sensuel, aux courbes voluptueuses, aux sourcils de velours, à la pupille évocatrice, à sa féminité éthérée, sa complicité naturelle, et sa danse languissante, et la femme-esprit, d’une liberté qui n’est ni libertaire, ni tâchée de vanité, à cette femme qui est en moi, pur ancrage de mon homme, n’ai-je pas choisi, tout en balançant au rythme de mon cœur conquis ? A la force de mes bras, au maintien de mon corps, ma volonté flanche et cette même force me saisit d’amour. Ô Muse, le trouble de mes mots, la légèreté de mes mains, le regard évanoui durant des heures à la silhouette de ton âme. Oh ! Danse, mon amie, tous deux conquis enfin par la magie. Demeure auprès de moi, aussi longue que langoureuse… Et dis-moi ce que je ne dis pas. Dansons !
Noctambule
Des voyages noctambules,
Sève empourprée et parchemin,
J’aime cette étrange plume,
Le silence mordoré de notre chemin.
Quant à l’amour
Quant à l’amour, me direz-vous, quant à lui, il n’est pas limité à la raison et si l’amour se borne à une feinte, ou bien, une restreinte, alors, il est tiède telles des braises s’éteignant. Et je suis à l’amour, son esclave et sa proie. Que nous importe tiédeur, quand notre cœur couve un feu de joie. Comme disait Mathilde, un soir, alors que nous bavardions, avec Isabelle et Édouard : « Que cherches-tu, Basile ? » En vérité, je ne recherche rien. Tout est là et tout est vécu. Je sais, simplement ce que je ne peux plus vivre. Quant à l’amour, il est sans concession. Il est depuis toujours la seule flamme dont on ne revient pas.
Lilas
Quand le clair bois s’exprima,
Hyacinthes, primevères, royaux vergers,
Dans une nature endormie sous l’étoile du berger,
Paisibles contrastes avec les toits,
La paille chaude et l’animal se repose ;
Au jardin d’azur, la fleur éclose,
Le matin chante et s’incline sur les paupières lilas.
Si tu viens
Si tu viens, je fais un pas,
Mais, mon rêve,
Je te trouve là !
Le lys
Le lys trouve l’amour,
Tes mots secrets,
Mon cœur te retient.
La merlette
L’hiver ébrèche la terre,
La merlette confiante,
Sur le mur du temps.