Nathacha Appanah – La Nuit au cœur

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 17 janvier 2026 by Yvan

Un cri littéraire contre le silence des violences conjugales !

Nathacha Appanah - La Nuit au cœurCouronné par le prix Femina 2025, le Goncourt des lycéens 2025 et le Prix Renaudot des Lycéens, « La Nuit au cœur » de Nathacha Appanah s’impose comme l’un des romans majeurs de 2025. Ce texte bouleversant, à la croisée du témoignage, de l’enquête et du roman littéraire, aborde de front la question des féminicides et de l’emprise, sans jamais céder au pathos ni au sensationnalisme. À travers une écriture puissante et pudique, l’autrice de « Rien ne t’appartient » offre une œuvre nécessaire, saluée par la critique et les jurys, qui éclaire l’indicible et redonne voix aux victimes.

« La Nuit au cœur » invite à suivre la descente aux enfers de trois femmes, trois destins brisés ou marqués à jamais par la violence conjugale. La première, Chahinez Daoud, vivait en France… avant d’être lâchement assassinée en rue, brûlée vive par son mari en 2021. La seconde, Emma, était la cousine de l’autrice, tuée en 2000 à l’île Maurice… par son époux. La dernière, rescapée d’une relation toxique qui a failli lui coûter la vie, prend son courage à deux mains pour tenir elle-même la plume de ce roman et tenter de mettre des mots sur l’indicible . À travers une construction narrative en spirale, l’autrice entrelace ces histoires vraies, mêlant introspection, enquête et hommage, pour tenter de comprendre l’incompréhensible et redonner voix à celles que la société a trop souvent réduites au silence.

Il suffit d’ailleurs d’aller jeter un œil sur le site de https://www.feminicides.fr/ pour constater avec effroi, consternation et écœurement à quel point les victimes de ces, très mal nommés, « crimes passionnels » sont nombreuses.   

Dès les premières pages, le lecteur est happé par une scène de fuite haletante, presque cinématographique, qui installe une tension physique et morale. Nathacha Appanah choisit de ne jamais nommer les bourreaux autrement que par leurs initiales, refusant toute forme de justification ou d’humanisation excessive. Le roman alterne entre confession intime et enquête minutieuse, révélant la complexité des mécanismes de l’emprise, allant de l’isolement à la culpabilité persistante, en passant par la honte et la dépossession de soi.

La structure du récit, en cercles concentriques, épouse la difficulté de dire l’indicible. Chaque tentative d’approche du cœur noir de la violence se heurte en effet à la résistance du réel, à la fragmentation de la mémoire et à l’impuissance du langage. Pourtant, le texte de l’autrice, à la fois pudique et incisif, parvient à faire ressentir la peur, la rage et la tristesse, mais également la dignité et la force des victimes.

Loin d’un simple témoignage, « La Nuit au cœur » est un geste littéraire fort, où la littérature devient outil de mémoire, de réparation et de résistance. Lors de cette mise à nu de l’emprise, l’autrice interroge sans relâche : comment en arrive-t-on à accepter l’inacceptable ? Pourquoi la société, la justice, les proches, restent-ils souvent impuissants ou complices ? Le roman pointe les défaillances institutionnelles, la banalisation des violences patriarcales, mais refuse tout manichéisme ou discours simpliste.

La grande réussite du livre réside dans sa capacité à tisser une sororité entre les victimes, à leur redonner chair et voix et à refuser l’effacement. La construction narrative, la justesse du ton, l’absence de pathos, la réflexion sur le pouvoir et les limites de la littérature, tout concourt à faire de ce texte une œuvre majeure, à la fois intime et universelle. Un cri littéraire contre le silence des violences conjugales !

« La Nuit au cœur » est un livre qui bouleverse, dérange, mais surtout éclaire. On en ressort ébranlé, mais aussi plus lucide, plus attentif à ce qui se joue derrière les portes closes. Un roman nécessaire, d’une intensité rare, qui mérite d’être lu et partagé.

La Nuit au cœur, Nathacha Appanah, Gallimard, 283 p., 21€

Elles/ils en parlent également : Karine, Cannetille, Isabelle, Sandrion, Clémence, Jean-Paul, Ffloladilettante, Mes échappées livresques, Mes p’tits lus

Philippe Besson – Une pension en Italie

Posted in Littérature with tags , on 16 janvier 2026 by Yvan

Philippe Besson ressuscite ce grand-père qu’on avait effacé

Philippe Besson - Une pension en ItalieAvec « Une pension en Italie », Philippe Besson revient à ce qu’il maîtrise comme peu d’auteurs français : les zones d’ombre de l’intime, ces territoires où le silence pèse autant que les mots et où les secrets de famille façonnent des générations entières. Ce roman, délicat et vibrant, nous entraîne dans la Toscane des années 60, là où se rejoue le destin d’un homme et où se tisse, près d’un demi‑siècle plus tard, la quête d’un petit‑fils à la recherche de son héritage effacé.

1964, été caniculaire. Paul Virsac, professeur d’italien à Nice, emmène son épouse Gaby et leurs deux filles, Suzanne et Colette, dans une modeste pension familiale de San Donato in Poggio, entre Florence et Sienne. Trois jours seulement suffiront à bouleverser à jamais le cours de leur vie. Des décennies plus tard, le fils de Suzanne et petit-fils de Paul tente de combler les silences, de déterrer ce que personne n’a voulu dire : que s’est‑il vraiment passé dans cette pension toscane ? Qui était cet homme que l’histoire familiale a méthodiquement gommé ? Et pourquoi ce secret, longtemps tu, continue‑t‑il à projeter son ombre sur les vivants ?

Philippe Besson n’écrit jamais seulement une histoire, il écrit dans l’interstice, à l’endroit exact où l’émotion affleure sans éclat, où un geste, un regard, un doute contiennent plus qu’un grand déballage narratif. « Une pension en Italie » ne fait pas exception. Au contraire, il s’agit là de l’une de ses partitions les plus maîtrisées, jouée à voix basse mais avec une intensité souveraine.

Ayant moi‑même arpenté Sienne et Florence il y a deux étés, j’ai ressenti un plaisir immédiat en retrouvant, sous la plume de Besson, ces paysages baignés de lumière, ces façades ocres, cette chaleur qui s’allonge comme un drap d’été et ces endroits où flotte encore l’ombre des maîtres italiens. La Toscane n’est pas qu’un décor, mais un catalyseur qui brûle les silences et libère les secrets. Elle offre à Paul cet espace où l’identité, jusqu’alors muselée, trouve enfin une brèche où s’engouffrer et s’exprimer.

Ce roman joue sur deux temporalités, passant subtilement de ce père au seuil d’une vérité impossible à exprimer en 1964 à ce petit‑fils ayant décidé de reconstituer les failles du passé. Besson construit son récit comme une archéologie de l’intime, une fouille lente, méthodique, pleine de pudeur. Sous sa plume, les silences, loin d’être des vides, se transforment matière et en émotions.

L’un des aspects les plus touchants de ce roman est la manière dont Besson, sans jamais verser dans l’autofiction, se glisse dans la peau d’un homme qu’il n’a pourtant jamais connu. L’auteur parvient à esquisser un homme complexe, traversé par la honte, le désir, la peur et un immense besoin de vérité. Paul n’est ni un héros ni un coupable : il est humain. L’auteur ayant lui-même traversé des étapes similaires, on retrouve ici cette même vibration intime qui parcourait « Arrête avec tes mensonges »: la lutte avec soi-même, la peur du regard des autres, la découverte de l’amour comme révélateur de vérité. Ce parallèle implicite rend le portrait de Paul d’autant plus crédible, plus incarné, plus juste. Besson écrit son grand‑père comme quelqu’un qu’il comprend de l’intérieur… et cette justesse bouleverse.

« Une pension en Italie » est un roman doux et brûlant à la fois, un livre qui parle des choix impossibles, de ceux qu’on paie toute une vie, mais aussi de la nécessité vitale d’être soi, enfin. Besson signe ici un texte d’une grande humanité, où se mêlent délicatesse, mémoire, paysages splendides et vérité intime.

Un roman au style lumineux, pudique et ciselé, qui se déroule dans une atmosphère toscane d’une grande sensualité. Une réflexion profonde sur l’héritage, la mémoire et sur les choix imposés par une époque. Une émotion qui se dépose page après page, discrète mais tenace… qui vous accompagne longtemps après avoir refermé l’ouvrage… tout comme ce grand-père que l’on avait effacé et que l’auteur ressuscite ici avec grand brio !

Une pension en Italie, Philippe Besson, Éditions Julliard, 240 p., 21€

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Max Monnehay – Chiens fous

Posted in Littérature with tags , on 10 janvier 2026 by Yvan

Un roman qui ne lâche pas sa proie  !

Max Monnehay - Chiens fousCela faisait longtemps que j’avais envie de m’attaquer à un roman de Max Monnehay et, maintenant que j’ai lu ce thriller judiciaire qui interroge sur la violence, la justice et la part d’ombre qui sommeille en chacun de nous, j’ai de surcroît envie de m’attaquer à tous ses précédents ouvrages.

« Chiens fous » invite à suivre l’ascension professionnelle d’Alano Garcia, avocat pénaliste bordelais, qui voit sa carrière basculer lorsqu’il accepte de défendre Vincent Sauriol, surnommé « le Chien fou », accusé de viols en série d’une brutalité inouïe. Convaincu de l’innocence de son client malgré des preuves accablantes, Alano se lance dans une défense acharnée, quitte à mettre en péril sa vie personnelle. Quelques années plus tard, retiré dans un village andalou, il tente de fuir les fantômes du passé, mais la justice – et la violence – le rattrapent là où il s’y attend le moins. Entre Bordeaux et Malameria, passé et présent s’entrelacent dans une spirale de suspense et de doutes.

Max Monnehay signe ici un thriller judiciaire d’une rare intensité, où la salle d’audience devient un véritable théâtre de tensions morales et de joutes oratoires. La construction narrative, alternant entre le procès en France et l’exil en Espagne, donne au récit un rythme haletant et une profondeur psychologique remarquable.

La dimension judiciaire, centrale, est traitée avec une précision quasi documentaire : les scènes de procès, les stratégies de défense, les interrogatoires et les doutes du jury sont restitués avec une crédibilité et une tension qui happent le lecteur. On sent l’exigence de l’autrice, qui vulgarise sans jamais simplifier et qui interroge sans relâche la notion même de justice : la vérité judiciaire est-elle la vérité ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre un homme que tout accuse ?

Les personnages, en particulier Alano Garcia, sont d’une complexité saisissante. Cynique, ambitieux, parfois antipathique, l’avocat se révèle peu à peu dans ses failles, ses doutes et ses contradictions. Sa relation avec Rose, sa femme, apporte une dimension intime et bouleversante à l’intrigue, tandis que le sort des galgos espagnols, fil rouge animalier et métaphorique, vient renforcer la réflexion sur la violence et la bestialité humaine.

Mais ce qui m’a immédiatement accroché, c’est l’écriture ciselée, nerveuse et parfois mordante de Max Monnehay, qui donne au roman une énergie singulière. Les chapitres courts, les dialogues percutants et les descriptions sans fard créent une atmosphère anxiogène, presque suffocante, qui ne faiblit jamais. L’autrice maîtrise l’art du suspense et des retournements de situation, tout en distillant une réflexion profonde sur la justice, la culpabilité et la rédemption. Une plume qui demeure tranchante et qui ne lâche jamais sa proie… même lorsque la justice vacille !

« Chiens fous » est un roman noir, intelligent et viscéral, qui bouscule autant qu’il captive. Si vous aimez les thrillers judiciaires où la tension ne retombe jamais, où l’écriture vous saisit à la gorge et où chaque page interroge la frontière entre l’humain et la bête, ce livre est fait pour vous. Préparez-vous à être secoué, ému, et à remettre en question vos certitudes sur la justice et la nature humaine.

Me voilà fan !

Chiens fous, Max Monnehay, HarperCollins, 336 p., 20,50 €

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Søren Sveistrup – Cache-cache

Posted in Littérature with tags , on 7 janvier 2026 by Yvan

Une comptine mortellement prenante !

Søren Sveistrup - Cache-cacheAprès le succès retentissant d’ « Octobre », il aura donc fallu attendre 6 ans avant de voir enfin paraître ce deuxième roman de Søren Sveistrup. Ceux qui se demandaient où l’auteur scandinave pouvait bien se planquer, le voient donc réapparaître avec « Cache-cache », un thriller nordique de près de 700 pages qui plonge le lecteur dans les méandres d’une enquête haletante à Copenhague. Entre harcèlement anonyme, comptines enfantines détournées et meurtres sauvages, l’auteur danois confirme son talent pour tisser des intrigues aussi complexes qu’addictives.

Cette nouvelle intrigue débute le jour de Saint-Valentin par la disparition mystérieuse de Silje Thomsen, 41 ans. L’inspectrice Naia Thulin, désormais à l’Office nationale contre la cybercriminalité, découvre que la victime était la cible d’un stalker qui lui envoyait des photos volées et des messages inquiétants, inspirés d’une comptine issue de jeux d’enfants. Rapidement, l’enquête révèle des similitudes glaçantes avec une affaire non résolue : le meurtre de Caroline Holst, une lycéenne retrouvée démembrée deux ans plus tôt. Avec son binôme Mark Hess, Thulin se lance dans une course contre la montre afin de stopper ce jeu macabre où chaque comptine annonce une nouvelle victime.

Søren Sveistrup excelle à installer une atmosphère oppressante, jouant habilement sur le contraste entre l’innocence de l’enfance et la noirceur du crime. La comptine, fil rouge du roman, devient un leitmotiv terrifiant qui hante le lecteur à chaque apparition. En proposant des chapitres courts, un rythme soutenu et une tension qui monte crescendo jusqu’à l’apothéose finale, l’auteur démontre une nouvelle fois à quel point il maîtrise l’art du suspense. Les fausses pistes abondent, maintenant le doute et l’adrénaline, même si certains lecteurs aguerris pourront deviner l’identité du tueur avant la révélation.

Les personnages, loin d’être de simples archétypes, gagnent en profondeur. Naia Thulin, partagée entre sa vie de mère et son engagement professionnel, s’impose comme une héroïne attachante et crédible. Mark Hess, fidèle à lui-même, forme avec elle un duo efficace, dont la complicité et les failles enrichissent l’intrigue. Mention spéciale à Marie Holst, mère dévastée, dont la quête de vérité bouleverse inévitablement le lecteur.

Si la longueur du roman pourra en rebuter certains, elle permet à Sveistrup de densifier l’univers, d’explorer les traumatismes et les obsessions de ses personnages, tout en installant une tension quasi permanente qui font que les 700 pages se dévorent à tout allure. Quelques facilités scénaristiques ou longueurs sont relevées, mais elles n’entament donc absolument pas le plaisir de lecture. L’écriture, précise et fluide, rend l’ensemble addictif : une fois plongé dans Cache-cache, difficile d’en sortir indemne.

Cache-cache est un polar nordique redoutablement efficace, à la fois glaçant et bouleversant, qui confirme tout le talent d’un Sveistrup qui manipule avec brio le suspense et les émotions afin de transformer un jeu d’enfant en cauchemar nordique. Une comptine mortelle à dévorer d’une traite, idéal pour les amateurs de thrillers qui aiment frissonner et se perdre dans les méandres de l’âme humaine.

Reste à espérer que l’auteur scandinave ne mettra plus 6 ans à ressortir de sa cachette !

Cache-cache, Søren Sveistrup, Albin Michel, 704 p., 24,90 €

Elles/ils en parlent également : Nath, Nadia, Laurent, Rose, Caro, Mes échappées livresques, Le monde du polar, Cannibal lecteur,

Alessandro Baricco – Soie

Posted in Littérature with tags , on 3 janvier 2026 by Yvan

Soie : le fil invisible de la passion

Alessandro Baricco - SoieSuite à mon immense coup de cœur pour « Novecento : Pianiste », je poursuis donc mon exploration de l’œuvre d’Alessandro Baricco. Dans « Soie », Alessandro Baricco tisse une histoire aussi légère et précieuse que l’étoffe dont elle porte le nom. Ce court roman d’une centaine de pages invite à suivre les voyages de Hervé Joncour, négociant en vers à soie, entre la France et le Japon du XIXe siècle. C’est entre ces deux pays, liés par la soie, qu’Alessandro Baricco tisse le fil invisible de la passion, offrant une méditation poétique sur le désir, le silence et l’infini qui se déploie.

« C’était du reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. »

Hervé Joncour, trentenaire installé dans le Vivarais avec sa femme Hélène, voit son métier menacé par une épidémie décimant les vers à soie. Sur les conseils du fantasque Baldabiou, il entreprend quatre périples vers le Japon, pays mystérieux et fermé, pour y acheter des œufs sains. Là-bas, il rencontre Hara Kei, seigneur local, et surtout une jeune femme énigmatique au regard occidental. Entre voyages et silences, Hervé Joncour se laisse emporter par une passion muette…

« Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille. »

Baricco, maître du style épuré, propose ici un texte à la frontière du roman, de la nouvelle et du poème. L’intrigue, minimaliste, laisse la part belle aux silences, aux non-dits et à la sensualité. Les personnages, esquissés à grands traits, semblent évoluer dans une brume poétique : Hervé Joncour, spectateur de sa propre vie, Hélène, épouse discrète et aimante, Baldabiou, mentor fantasque, et la mystérieuse Japonaise, incarnation du désir inaccessible.

« Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais. »

La force du roman réside dans sa capacité à suggérer plutôt qu’à décrire. Les paysages, les émotions, les gestes sont à peine évoqués, invitant le lecteur à combler les vides par son imagination. Certains y voient une froideur, voire une distance, tandis que d’autres y verront une invitation à la rêverie et à la contemplation. L’écriture, tout en retenue, fait de « Soie » une expérience sensorielle, où la lenteur et la répétition deviennent des vertus.

Si « Soie » maîtrise à merveille l’art du silence et du désir, tout en déployant la poésie d’un amour suspendu, sa simplicité et son minimalisme font que j’ai préféré la musicalité enivrante de « Novecento : Pianiste » ou l’intrigue plus foisonnante de « Océan mer ».

« Soie » est un voyage immobile, une rêverie suspendue entre deux mondes. C’est un livre à lire lentement, à savourer comme une tasse de thé au jasmin, en laissant les mots glisser comme la soie entre les doigts. Si vous aimez les romans qui suggèrent plus qu’ils ne racontent, qui font la part belle à la poésie et à la musicalité intérieure, laissez-vous tenter par cette caresse sensuelle de mots, tout en finesse et en retenue.

Soie, Alessandro Baricco, Folio, 114 p., 8€

Maxime Chattam – 8,2 secondes

Posted in Littérature with tags on 27 décembre 2025 by Yvan

Un thriller à deux voix : 8,2 secondes pour comprendre !

Maxime Chattam - 8,2 secondesAvec « 8,2 secondes », Maxime Chattam, le maître du thriller psychologique, passe de l’angoisse à l’intime car les 8,2 secondes sont le temps qu’il faut pour tomber amoureux et n’ont donc rien d’un compte à rebours mortellement haletant. Entre New York et les grands lacs de la frontière canadienne, l’auteur nous entraîne dans une double intrigue, portée par deux héroïnes que tout oppose… ou presque.

La première, Constance, scénariste meurtrie par un drame familial, s’isole dans le chalet de son enfance pour affronter ses démons et décider de son avenir. La seconde, May, inspectrice new-yorkaise, est lancée sur la piste d’un tueur en série surnommé « le Grand Méchant Loup », tout en luttant contre ses propres blessures. Deux trajectoires parallèles, deux femmes en quête de sens, un fil invisible qui les relie et les menace. Le roman alterne entre leurs voix, leurs doutes, leurs peurs, jusqu’à ce que le destin les rattrape.

Ce qui frappe d’emblée dans « 8,2 secondes », c’est la construction narrative. Chattam orchestre une alternance subtile entre les chapitres consacrés à Constance et ceux dédiés à May. Ce montage parallèle, presque cinématographique, crée un rythme singulier : l’ambiance feutrée et introspective du chalet contraste avec la tension urbaine et nerveuse de New York. L’auteur joue habilement sur les temporalités, les ruptures de ton et installe une mécanique de suspense qui ne cesse de monter en intensité.

Je trouve cependant que la partie centrée sur le chalet, malgré son atmosphère pesante et introspective, s’étire parfois en longueur. Chattam y privilégie l’introspection, la lenteur et dissèque la douleur du deuil avec une minutie parfois pesante. Si cette plongée dans les abîmes de la solitude fascine par moments, elle peut aussi laisser le lecteur sur la réserve, tant l’action semble suspendue, en attente d’un événement qui tarde à venir. L’intensité y faiblit, la tension s’effiloche et l’on se surprend à attendre le fameux twist qui viendra tout relancer. Ce choix, assumé par Chattam, pourra dérouter les amateurs de thrillers plus nerveux car la dimension « page-turner » s’efface au profit d’une lenteur presque contemplative, où l’on scrute davantage les états d’âme que les indices.

D’un autre côté, c’est précisément cette attente qui prépare le terrain pour la bascule narrative. À mesure que l’intrigue progresse, la tension s’accumule et l’alternance avec les chapitres consacrés à May, plus rythmés et ancrés dans la réalité policière new-yorkaise, vient relancer l’intérêt. Lorsque le twist survient enfin, il agit comme un électrochoc : tout ce qui paraissait figé prend soudain une nouvelle dimension et le roman retrouve l’énergie et la densité émotionnelle qui font la marque de Chattam.

Si certains lecteurs regretteront une tension moins frontale que dans les précédents Chattam, la sobriété et la maturité de l’écriture apportent une densité nouvelle. Loin des artifices, l’auteur privilégie l’intime, le doute et la perception, pour un thriller qui interroge autant qu’il captive. La psychologie des personnages est d’ailleurs disséquée avec finesse : Constance, suspendue entre vie et mort, affronte le deuil et la solitude dans une atmosphère pesante, tandis que May, animée par la justice et la peur, se débat dans une enquête où chaque détail compte. Chattam explore la fragilité humaine, la résilience et la manière dont le passé façonne le présent.

De plus, il faut le dire, la dimension « thriller » s’efface régulièrement derrière l’histoire d’amour qui s’invite dans le récit. Ce choix, qui apporte une touche d’humanité et de douceur, pourra séduire ou frustrer selon les attentes : l’enquête et la traque du Grand Méchant Loup passent au second plan, reléguées derrière les tourments intérieurs et les élans du cœur. Un parti pris qui distingue ce roman des précédents opus de l’auteur, mais qui n’emportera pas forcément l’adhésion de tous les lecteurs.

D’ailleurs, si l’on attendait une révolution du genre, il faudra tempérer ses espoirs : « 8,2 secondes » reste un thriller classique dans sa structure, parfois prévisible dans ses ressorts et ne bouleverse pas non plus les codes du suspense psychologique. Chattam maîtrise son art, certes, mais ne le réinvente pas… il s’appuie sur des ficelles éprouvées, préférant la solidité à l’audace.

Reste néanmoins le twist narratif qui, sans rien révéler, demeure un véritable tour de force. L’auteur distille les indices avec parcimonie, manipule les attentes du lecteur et réserve une révélation qui recontextualise l’ensemble du roman. Ce retournement, loin d’être gratuit, donne tout son sens au titre et à la structure du récit. On referme le livre avec le sentiment d’avoir été pris à contre-pied, bouleversé par la maîtrise du suspense et la profondeur émotionnelle.

8,2 secondes, Maxime Chattam, Albin Michel, 399 p., 22,90 €

Elles/ils en parlent également : Aude, Amandine, Sonia, Nadia, Nath, Marie, Le parfum des mots, Ma voix au chapitre, Culture VSNews, Tout ce que je lis, Le monde du polar

Romans : Le Bilan de 2025

Posted in DIVERS, Littérature with tags , , on 20 décembre 2025 by Yvan

Coups de cœur 2025Après une nouvelle année assez riche en lectures, le moment est venu de faire un petit bilan sur mes lectures de 2025… et de peut-être vous donner quelques idées de cadeaux à mettre sous le sapin, voire quelques lectures à rattraper avant la rentrée littéraire.

Je tiens d’ailleurs à remercier tous les blogueurs et tous les lecteurs Babelio qui m’ont permis de découvrir toutes ces pépites.

Si je devais résumer cette année de lecture en 6 points, ce seraient les suivants :

  • Après une véritable pépite nommée « Duchess », Chris Whitaker frappe encore plus fort avec le merveilleux « Toutes les nuances de la nuit », qui est de loin mon plus gros coup de cœur de 2025 !
  • Au rayon « roman noir », Sonatine, ce n’est pas seulement cette nouvelle pépite signée Chris Whitaker, mais c’est également deux véritables maîtres du genre nommés R.J. Ellory, avec « Everglades », et S.A. Cosby, avec « Le Roi des cendres ». Sans oublier les excellents « La maison aux neuf serrures » de Philip Gray, « Taxi de nuit » de Jack Clark, « Tous des animaux » de Morgan Greene et « Chiens des Ozarks » d’Eli Cranor.
  • Au rayon « nouveaux venus », ne passez pas à côté de « Un éclat rouge » de Clémentine Biano, qui livre un premier roman merveilleux, plein de tendresse et d’émotions. Je vous invite également à découvrir le style particulièrement séduisant d’Ambre Chalumeau, qui entre dans le monde du cinquième art par la grande porte avec ce premier roman intitulé « Les Vivants »
  • Au rayon « Anciennes pépites » qu’il faut absolument sortir de la poussière, j’ai découvert la superbe plume d’Alessandro Baricco avec ce petit bijou intitulé « Novecento : pianiste », puis j’ai enchaîné avec deux autres de ses romans. Je vous invite également à (re)lire « La vie devant soi », le chef-d’œuvre de Romain Gary, ainsi que le plus récent « Les faibles et les forts » de Judith Perrignon.
  • Au rayon des « prix littéraires », je vous invite surtout à lire l’excellent « James » de Percival Everett, qui propose une revisite intelligente du chef-d’œuvre de Mark Twain, « Les Aventures de Huckleberry Finn ».
  • Au rayon « Feel Good », 2 valeurs sûres : « Les Heures fragiles », de Virginie Grimaldi, qui est probablement son meilleur depuis 2022, et « À nos cœurs battants » d’Emma Green, qui est un spin-off de « Ce qui nous rend vivants »

Mes coups de cœur de 2025 :

Franck Thilliez – À retardement Chris Whitaker – Toutes les nuances de la nuit Philippe Besson – Vous parler de mon fils
Clémentine Biano – Un éclat rouge R.J. Ellory – Everglades Ambre Chalumeau – Les Vivants
Bernard Minier – H Jack Clark – Taxi de nuit Percival Everett – James
Franck Bouysse – Entre toutes S.A. Cosby – Le Roi des cendres Barbara Abel – Ici s’arrête le monde
Virginie Grimaldi – Les Heures fragiles Stephen King – Holly Emma Green – À nos cœurs battants
 width= Gwenaëlle Lenoir – Camera obscura Andrea Mara – Toutes ses fautes

Les autres très bonnes lectures :

Garance Solveg – Les Cerisiers fleurissent aussi la nuit Véronique Mougin – À propos d’un village oublié Sébastien Spitzer – Et nous danserons encore
Gilles Marchand – Les Promesses orphelines Amélie Nothomb – Tant mieux Séverine Cressan – Nourrices
Raphaël Quenard – Clamser à Tataouine Philip Gray – La maison aux neuf serrures Ramsès Kefi – Quatre jours sans ma mère
Jacky Schwartzmann – Bastion Mickaëlle Paty et Emilie Frèche – Le Cours de monsieur Paty Mathilde Beaussault – Les Saules
Salomé Saqué – Résister Jean-Claude Grumberg – Quand la terre était plate Liz Moore – Le Dieu des Bois
Eli Cranor – Chiens des Ozarks Nicolas Demorand – Intérieur nuit Sophie Astrabie – Le secret de Jeanne
Asya Djoulaït – Ibn Jean-Christophe Grangé – Je suis né du diable Mathieu Menegaux – Impardonnable
Michel Bussi – Les Ombres du monde Cynthia Kafka – Au train où va la vie Sorj Chalandon – Le Livre de Kells
Brittainy C. Cherry – The problem with dating Maxime Chattam - 8,2 secondes Philibert Humm – Roman policier

Excellent, mais découvert sur le tard :

Alessandro Baricco – Novecento : pianiste Romain Gary – La vie devant soi Bernhard Schlink – Le liseur
Zineb Mekouar – La Poule et son Cumin Sherman Alexie – Le premier qui pleure a perdu Chinua Achebe – Le monde s’effondre (Tout s’effondre)
Judith Perrignon – Les faibles et les forts Sylvia Plath – La Cloche de détresse Alessandro Baricco – Océan mer

Encore une dose de bons polars pour les amateurs :

Anouk Shutterberg – In Extremis M. J. Arlidge – Œil pour œil Johana Gustawsson – Les Morsures du silence
Antoine Renand – La Fille de Jonathan Becker Morgan Greene – Tous des animaux Pétronille Rostagnat – Sur leurs traces
Rose Mallai – Et ensuite, le silence Freida McFadden – La Prof Franck Thilliez – Le Roman maudit

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2024 !

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2023 !

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