D’une rive l’autre /Dima Abdallah

Dans le cadre du Club de lecture de la librairie La Belle Aventure à Dol-de-Bretagne, je cherchais un roman ayant l’exil pour thème. Mais quel sorte d’exil, celui imposé par des exactions, celui choisi pour découvrir ses origines, celui ressenti tout au long d’une vie.

Alors s’est imposé le roman de Dima Abdallah publié chez Sabine Wespieser. Tous les exils s’y retrouvent en fait. Ce roman raconte l’histoire d’un garçon, aux origines métisses, le narrateur, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Il vit seul, avec sa mère, une femme dont la boiterie est la conséquence de la violence de son géniteur dont il n’a jamais voulu connaître ni le nom, ni le devenir. Dans cet appartement miné de tristesse et de solitude, l’enfant se sent souvent empli de bouffées d’agressivité, sa « mauvaise graine » comme il le pense, pour lui héritage insupportable de ce père inconnu. Alors pour contenir cette violence qui sourd en lui, il se gave de mots en lisant âprement le dictionnaire. Seule échappatoire le trio qu’ils forment Layla, Elias et lui, dans ce quartier de cité où ils jouaient gamins dans le petit parc au centre des immeubles.

Nous allons suivre la vie du narrateur au sein de ce quartier, de son adolescence dans les années 1990 jusqu’en 2018 environ. Au collège il se devine déjà très différent des autres élèves, il a de bonnes notes ce qui est un défaut qui pourrait lui attirer des ennuis avec les autres jeunes. Alors il s’efforce de cacher son envie de réussir des études, mais demeure en lui le rêve de quitter ce quartier avec Layla dont il est éperdument amoureux. Seul Elias le comprend, seul Elias peut passer des heures avec lui à écouter de la musique, à danser dans le secret de la chambre où ils fument des joints. La nuit il s’immerge dans le dictionnaire où les mots dansent pour lui, enrichissent son vocabulaire et le conduiront à fréquenter la médiathèque, jusqu’au jour où ayant découvert la poésie, il se mettra à écrire dans des carnets les poèmes qui lui viennent – « Un mot. Puis un autre. Une phrase. Un vers. Puis toute une strophe ».

Mais toujours il est rongé de timidité et jamais il n’ose proposer à Layla qui lui sourit quand elle passe devant eux, Elias et lui, assis sur leur muret, le soir après les cours, jamais, « d’aller boire un café ». Et puis un jour, Elias lui propose d’écouter des prêches en plus de la musique qui ne les fait plus danser. Alors il se sent en perdition, ce d’autant que la tristesse de sa mère lui devient insoutenable et ses origines lui reviennent de plein fouet à l’esprit ; il va partir sur un coup de tête à Beyrouth, où il tentera de conjurer l’image paternelle, et la lumière de la Méditerranée le fascinera au point que durant sa vie d’adulte il n’aura de cesse de voyager d’une rive l’autre, physiquement et mentalement.

Voici un roman d’une incroyable poésie à la fois sombre et lumineux, où toutes les formes que peut prendre l’Amour s’expriment, que ce soit celui d’un fils pour sa mère, d’un adolescent pour un ami, presque un frère ou celui romantique pour la jeune femme que son amoureuse d’enfance est devenue. C’est l’histoire d’un personnage différent, en marge, que les mots, les phrases, les vers, les poèmes qu’il écrit conduisent à transcender sa vie. Une véritable prouesse d’écriture, où résonne une musique vibrante.

Hors champ / Marie-Hélène Lafon

Tragique, non, pas tout à fait, dramatique oui ! Hors champ, le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon raconte la vie de Gilles et Claire, les deux enfants d’un couple de fermier du Cantal. La ferme est petite, mais possède un joli troupeau de vaches laitières. Le père l’exploite avec l’aide d’un ouvrier agricole, un commis, qui rappelle Joseph, le personnage éponyme du roman de Marie-Hélène Lafon publié en 2014. Gilles est le deuxième enfant du couple, et il reprendra la ferme, c’est décidé de tout temps. Claire, elle, très bonne élève, aura la chance de partir au collège, puis au lycée, puis à l’université. Elle sera « docteur en lettres », pas un vrai docteur.

Alors pourquoi dramatique ; c’est parce que Gilles, qui se sait élève médiocre, n’en a pas moins des rêves qui l’éloigneraient de la vie de paysan. Pourquoi pas chauffeur routier par exemple, tout plutôt que devenir fermier et rester englué dans la ferme natale où il devra vivre entre son père et sa mère. Alors l’autrice déroule l’histoire de cette obligation de reprendre les terres et la ferme, confinant Gilles dans une vie qu’il n’a pas choisie, lui, contrairement à sa soeur devenue professeur à Paris. Surtout, depuis toujours, il a peur de la violence du père, qui lui, n’aime pas son fils qu’il juge incapable. La haine n’est pas loin, la rancoeur devient le ciment des rapports père – fils, tandis que la mère, littéralement enracinée dans la ferme, ne cesse de déplorer l’absence de petits-enfants, ni Gilles, ni Claire ne s’étant mis en couple.

Nous allons traverser dans ce formidable roman, la vie de cette famille, à l’aune de celle de Gilles durant cinquante années qui le verront s’acharner à tenir dans cette ferme, ce travail qu’il se prend à exécrer ; nous le verrons dépérir, s’enfermer dans sa solitude, ne pouvant se laisser aller à parler que chez sa soeur qui l’invite chez elle, dans la maison qu’elle a achetée dans le Cantal, à chacun de ses retours aux vacances scolaires. L’incommunicabilité s’installe et la famille se délite.

Marie-Hélène Lafon nous offre une fois encore un magnifique roman sur la ruralité, la déréliction des petites fermes, la dureté de cette vie sans vacances, sans espoir de réussite où le travail épuise, jour après jour, où la parole disparaît dans la routine quotidienne d’un huis clos étouffant. Une écriture éblouissante de justesse, de sensibilité et d’émotion, où la nature se vit différemment selon qu’il s’agit de Gilles ou de Claire, terrible pour lui, éblouissante pour elle. Un véritable univers que l’oeuvre de Marie-Hélène Lafon. Merci Madame.

Blanc Résine / Audrée Wilhelmy

Terrible ! Voilà le mot qui me vient dès que j’ai refermé ce roman. Terriblement fort, terriblement bien écrit, terribles les conditions de vie dans cette forêt boréale où cohabitent un couvent de femmes réfugiées loin des hommes et une mine de charbon au coeur de Kusoke, la Khole Co, où la vie humaine n’a que peu d’importance.

Deux êtres très différents vont se rencontrer et s’unir. Tout d’abord Daâ, une enfant sauvage que vingt-quatre religieuses de ce couvent improbable dans son fonctionnement vont recueillir. Vingt-quatre mères, toutes d’origines différentes, venues se réfugier au coeur de la forêt boréale où elles ont pu se choisir un nom et une fonction au sein de la communauté. Daâ y sera élevée librement, entourée d’affection, et pourtant toujours attirée par la nature, la forêt, la faune qui y vit. Elle y apprendra à y vivre en sécurité, à se nourrir seule, à parler comprendre la langue des animaux sauvages ; elle parle ainsi la langue d’Ina Maka, la terre mère et la taïga, son pays de montagnes, sera sa grand-mère, Nunak. Et puis il y a Laure, un garçon albinos, dont le père, Joseph, est ouvrier de la mine et dont la mère est morte en lui donnant la vie. Cette mine, située à Bron, au coeur de la forêt boréale, est régulièrement approvisionnée en ouvriers par le Sort Tog, ce train qui transportent depuis la Cité, la ville lointaine, des centaines de familles enrôlées par des rabatteurs qui promettent à ces gens très pauvres une vie plus décente et une vraie maison. La désillusion est grande à leur arrivée et le nombre de décès quotidiens rythme le travail des mineurs. Alors Joseph se jure que son fils « ne crèvera pas ici ». Laure sera pris en charge par le médecin de la mine qui se chargera de faire de lui son futur remplaçant et Laure, adolescent, ira découvrir la Cité où il apprendra son futur métier, seul moyen pour lui de transcender la honte de son état d’albinos.

Dans ce formidable roman, nous allons voir grandir les deux héros, nous allons découvrir leur amour si profond, ils s’uniront, auront des enfants, mais jamais leurs rêves ne se rejoindront. Lui ne pense qu’à se faire accepter dans la société, et elle ne pense qu’à s’émanciper des conventions de cette même société.

Oui leur histoire est terrible, à la fois immense, belle, et dramatique, où l’amour est une force qui peut se heurter à des aspirations opposées. L’écriture d’Audrée Wilhelmy bouleverse, chahute le lecteur, l’emporte dans sa fougue, les phrases qui disent Daâ sont d’une poésie fascinante, celles qui racontent Laure sont d’une détermination à la fois douce et ferme. La nature resplendit dans ce roman et la condition humaine y est dépeinte avec une terrible vérité.

Le destin de Daâ et de Laure restera longtemps gravé dans notre mémoire.

Finistère / Anne Berest

Après « La Carte postale » Anne Berest reprend le genre biographique pour retracer cette fois l’histoire de la famille de son père. En 2021 elle apprend qu’on vient de lui diagnostiquer une maladie grave alors elle choisit de se rapprocher de lui, cet homme silencieux, pour essayer de remonter le fil de la lignée paternelle.

Et nous allons nous retrouver en Bretagne, au début du XXème siècle, dans le Finistère, à Saint-Pol-de-Léon. Et nous découvrons l’arrière-grand-père de Anne, Eugène, qui propose une petite révolution qui aboutira à la création de la première coopérative agricole bretonne.

Puis il se mariera avec une Anglaise, Thérésa, rencontrée lorsqu’il accompagna les Johnnies lors de leur tournée en Angleterre pour vendre leurs chapelets d’oignons de Roscoff. Un mariage traditionnel, et bientôt un enfant, une fille, puis une autre et enfin un fils. Reprendrait-il la coopérative paternelle qui s’était bien développée depuis sa création ? En fait ce deuxième Eugène se dirigera plutôt vers des études littéraires très poussées, encouragé qu’il le fut par ses enseignants bretons, et pour ce faire il dut se rendre à Paris, au lycée Henri IV où le jeune provincial se verra obligé de travailler comme un forcené non seulement pour maintenir le niveau mais aussi pour assimiler les codes de cette élite assez fermée. La guerre de 14 introduira une parenthèse qui n’atteindra pas Eugène fils, trop jeune pour être mobilisé.

Nous allons suivre ainsi en parallèle des relations de l’autrice avec son père dont la maladie se développe, la carrière d’Eugène fils, qui deviendra professeur de lettres classiques. Il était né en 1922 et aurait dû partir au STO, mais il choisit la clandestinité.

Et cette biographie romancée de se poursuivre au fil des générations pour traverser ce XXème siècle qui connut trois guerres, le changement de constitution, une révolution et un profond changement de la société.

Grâce à cette biographie nous revivons ces différentes époques de manière quasi personnelle, tant il est facile de retrouver des similitudes dans la vie de chacun de nous. On passe ainsi de la vie de province, en Bretagne, durant la première moitié du XXème siècle à la vie plus citadine de la troisième génération avec le fils d’Eugène, Pierre, qui sera père de Anne, polytechnicien, devenu chercheur et militant de gauche.

La troisième partie de ce roman biographique raconte alors l’enfance de Anne et ses deux sœurs, les engagements de leur père et les leurs, jusqu’à nos jours. Un roman de la légende familiale, où règne la tendresse et la sincérité de l’autrice.

L’homme sous l’orage / Gaëlle Nohant

Là encore il s’agit de la première guerre mondiale, mais cette fois nous sommes en 1917.

Cela fait trop longtemps que les hommes se battent dans les tranchées, avec ces assauts sans cesse renouvelés pour gagner un tout petit bout de terrain qui sera repris les jours suivant. Une guerre d’attrition disons-nous maintenant, avec des conditions de vie insoutenables entre la boue, les rats, les poux, le froid, et les bombardements incessants où les soldats tombent comme des mouches des deux côtés du front.

C’en est trop pour le jeune homme qui arrive un soir d’orage au château d’Esparre dans les Pyrénées Orientales. C’est un domaine viticole et Théodore y a été reçu avant-guerre en qualité d’artiste peintre. Il a d’ailleurs réalisé le portrait d’Isaure la maîtresse des lieux. Il est déserteur et vient demander refuge au château. Mais le mari d’Isaure et son fils sont au front et la châtelaine le chasse avec mépris.

Mais c’est sans compter sa fille Rosalie, toute jeune encore, 18 ans presque 19, qui découvre dans la nuit la silhouette de ce déserteur à qui sa mère a refusé l’hospitalité. L’orage est intense et Rosalie prend le risque de lui trouver un refuge au grenier. Théodore va s’y installer, bouleversant ainsi fortement la vie de Rosalie qui va découvrir son talent de peintre et accepter de poser pour lui. Bien sûr elle tombera amoureuse, bien sûr la cachette sera découverte par Marthe, la petite bonne de la maison, et l’étau des conventions de classe se refermera sur Rosalie.

Gaëlle Nohant joue à merveille de la psychologie de ses personnages et que ce soit les valeurs de la mère de Rosalie qui s’émancipe en s’occupant du vignoble puisque son mari est absent, mais reste cependant confinée dans ses préjugés de classe, ou l’attitude de Marthe désireuse de sortir de sa pauvreté et de sa condition de domestique en profitant de la faute de Rosalie, toute une époque est évoquée dans ce roman où l’art et la guerre se répondent tandis que la fin de la guerre apporte des changements profonds dans cette société si patriarcale.

La Petite Bonne / Bérénice Pichat

Le bandeau de couverture nous prévient : « Un livre qui va vous marquer » et il ne ment pas ! Ce roman nous confronte aux répercussions dans les familles de la Grande Guerre, cette première guerre mondiale si dévastatrice pour toute une génération d’hommes.

C’est l’histoire des « gueules cassées » qui se raconte ici au travers de l’histoire d’un couple dont le mari, Blaise, est revenu extrêmement défiguré et invalide de la bataille de la Somme. Son épouse a choisi de se dévouer à son mari, se laissant enfermer volontairement dans une vie de soins constants apportés à celui qui ne peut plus être son mari. Il était pianiste, il était beau, il était l’homme de sa vie, et désormais il est enfermé dans un quotidien terrible où il faut le laver, le nourrir à la cuiller, le faire boire à la paille et pire encore pour son épouse, le voir s’enfoncer dans un désespoir sans fond.

Les amies de Madame ont réussi à la convaincre d’aller passer le temps d’un week-end chez des amis à la campagne et il lui faut confier son mari, après mult recommandations à la petite bonne, Alexandrine. Madame n’est pas tranquille mais elle a tellement besoin de se changer d’air, ne serait-ce que deux jours.

Alors une autre cohabitation va s’instaurer, entre Blaise et Alexandrine dont la patience va d’abord être mise à rude épreuve devant la violence sourde de Blaise rongé d’amertume. Un modus vivendi s’élabore cependant, jusqu’à ce que Blaise envisage un projet sidérant.

Le roman raconte les conséquences de cette drôle de guerre, l’impossibilité de raconter quand on en est revenu ce que l’on a vécu. Il raconte aussi les différences de conditions sociales, le sort des domestiques en ce début de vingtième siècle, et dans ce huis clos bouleversant le destin de ces deux êtres que tout oppose se manifeste en une alternance de vers libres et de prose, sans que jamais le lecteur ne se perde. Une véritable prouesse d’écriture et un suspense passionnant.

Jacaranda / Gaël Faye

Tout le monde, a entendu parler ou lu le précédent opus de Gaël Faye, « Petit pays », roman qui est étudié maintenant au lycée. Cette fois Gaël Faye nous raconte l’après, et aussi l’avant, c’est-à-dire l’histoire terrible d’un pays qui essaye tant bien que mal de panser ses plaies, de rouvrir le dialogue, de pardonner les pires exactions sans bien sûr les oublier.

L’auteur nous conte l’histoire de ce Rwanda, le pays de sa mère. Il choisit un héros, Milan, dont les origines sont les mêmes que les siennes : mère rwandaise et père français, faisant de lui un binational. Milan vit en France, sans vraiment se préoccuper de l’histoire de sa mère qui d’ailleurs est mutique sur le sujet du Rwanda. Un jour pourtant arrive un enfant rwandais, réfugié, que ses parents vont héberger et dont Milan va essayer de faire son frère, lui qui est fils unique.

Milan s’interroge sur le silence maternel, ce d’autant qu’un jour sa mère l’emmène pendant les vacances d’été au Rwanda où elle doit faire des démarches administratives dit-elle. Milan va ainsi découvrir un pays où il est traité comme un blanc, un muzungu, en dépit de son métissage. Il sera hébergé chez sa grand-mère et il va découvrir ainsi peu à peu un environnement fait de pauvreté, d’insalubrité dans lequel il rencontre ceux qui deviendront ses amis, lors de soirées de beuveries, de discussions passionnées sur le Rwanda, au cours desquelles il retrouvera celui qu’il avait considéré comme son petit frère ! il va aussi découvrir une amie de sa mère dont la fille Stella deviendra une amie précieuse.

Milan reviendra plusieurs fois au Rwanda, jusqu’à s’interroger sur le fait de s’y installer. Et nous allons suivre l’évolution du post-génocide qui permet au lecteur de se faire une vision bien plus réaliste et exacte de la reconstruction de ce pays. Un roman facile lire sur un sujet extrêmement sensible qui nous fait reconsidérer nos responsabilités occidentales dans le mécanisme de la décolonisation.

Sous leurs pas, les années / Camille Bordenet

Une histoire de sœurs qui ne sont pas des sœurs mais se sont construites comme sœurs pendant leurs dix-huit premières années. Elles sont très différentes, mais toutes deux ont habité Valfroid, un bourg d’Isère en moyenne montagne, où elles ont chaque jour pris le car pour aller faire leurs études à la ville voisine et ce jusqu’au bac. Une adolescence complice, des joies et des découvertes partagées, une grand-mère en commun (celle de l’une d’entre elles), une amitié qui semblait indéfectible. Et puis à dix-huit ans l’une d’elles, Constance, s’en va à Paris, sans aucune explication, sans donner signe de vie pendant presque vingt ans, et Jess, qui reste, elle, à Valfroid blessée par l’incompréhension de l’attitude de son amie, va continuer sa vie dans sa province, sans aucune nouvelle de la nouvelle parisienne.

Constance a semble-t-il réussi une carrière de journaliste à Paris, où elle est très connue, tandis que Jess a poursuivi la tradition familiale en devenant conductrice du car scolaire et monitrice d’auto-école.

Et puis un jour Constance revient, pour régler la succession de sa grand-mère, et la rencontre entre les deux anciennes presque sœurs est inéluctable.

L’autrice nous captive par l’analyse des émotions ressenties par les deux femmes, tout en mettant en évidence une France à deux vitesses : celle des grandes villes et notamment la capitale et la France rurale, celle qui a vu l’émergence des gilets jaunes. Un premier roman parfaitement maîtrisé, une écriture alerte et une histoire d’une actualité prégnante. Un excellent moment de lecture.

Ravage / Ian Manook

Une course poursuite complètement folle et forcenée dans le Grand Nord canadien. Cette histoire dantesque est inspirée d’un fait réel, nous sommes en 1911 et un homme à lui seul va mettre en déroute toute une escouade de gendarmes aguerris de la Gendarmerie Royale. Des chiens de traîneau extrêmement résistants, les températures absolument démentielles – jusqu’à – 50°C -, le blizzard, le manque de vivres, le brouillard, tout se conjugue pour que le fuyard soit rattrapé au plus vite. Et pourtant rien ne va se dérouler comme l’espère les habitants de Red Artic, poste de police avancé.

Un trappeur inconnu s’est installé dans le comté de Fort Mc Pherson sur la Rat River. Howard Walker, inspecteur de police, a chargé Harry Bauwen, le constable de Red Artic, d’aller interroger ce nouvel arrivant qui a désarmé les pièges posés par les Loucheux (ce sont les descendants des autochtones). Une querelle de territoire de chasse ancestral semble-t-il. Qui du trappeur ou des Loucheux a raison, Bauwen va enquêter ; le trappeur est taiseux, et il semblerait qu’il n’ait pas été chercher un permis de trapper. C’est alors que le motif de la chasse à l’homme va s’enclencher. Deux gendarmes sous les ordres de Bauwen sont dépêchés pour questionner le trappeur dont l’identité est maintenant connue – il s’appelle Jones – et l’un d’eux sera victime d’un tir de Jones.

Alors tout va s’enchaîner, Walker va constituer des équipes dont celle de Bauwen, et la poursuite de Jones s’organise mais l’homme est résistant, inventif et cette traque contre un seul homme va mettre les forces de l’ordre à rude épreuve. Une histoire incroyable, d’autant plus qu’elle se base sur des faits réels, et qui embarque le lecteur dans ce Grand Nord canadien tellement inhospitalier qu’il met les hommes face à eux-mêmes.

La nature, la faune, la flore, sont des personnages à part entière dans cette histoire haletante et obsédante.

La police des fleurs, des arbres et des forêts /Romain Puértolas

Un auteur découvert grâce à une bénévole de la bibliothèque de Bonnemain, qui m’a recommandé ce roman en me précisant vivement de ne surtout pas aller à la dernière page. Pari tenu, et surprise garantie.

Romain Puértolas a écrit un roman policier rural, déroutant, amusant, intrigant. Son inspecteur est un jeune-homme frais émoulu de l’école de police, inspecteur de son état, détaché par madame la procureur de la République de M. à la demande du maire de la petite commune de P. où un crime abominable a été commis.

Nous sommes en 1961, sous le Général De Gaulle, et même s’il est possible d’examiner des indices grâce à police scientifique, tout prend du temps, et comble de malchance, les liaisons téléphoniques ont été coupées à cause d’un orage monstrueux survenu dans la nuit du meurtre.

Notre jeune inspecteur va donc rendre compte de son enquête par courrier (car la poste fonctionne très bien à cette époque et il y a encore deux levées par jour) et le style des lettres et des annexes que ce jeune officier écrit est savoureux, respectueux mais émaillé de détails personnels qui raviront le lecteur.

Une histoire attachante, étonnante, où la campagne de l’époque est évoquée avec malice, tandis que les indices s’accumulent sans que la lecteur arrive à les décrypter complètement. Cette enquête est décidément jubilatoire et le lecteur se surprend à échafauder nombre de théories sans se douter un seul instant de l’issue du roman.