Des mots, une histoire : récolte 47

30 Avr

Cette semaine, les mots proposés pour l’atelier d’Olivia sont : tipi – révélation – turlupiner – tranquille – amabié – dormir

Et voici mon texte :

Ce matin-là j’avais eu une révélation : partir ! Ce fut comme une amabié qui serait sortie des eaux et m’aurait révélé ma destinée. Il me faudrait juste trouver une yourte, un tipi, une grotte… n’importe quoi mais aller vivre dans la forêt, loin de toute agitation. Plus aucun problème de boulot (ou autre) ne viendrait me turlupiner et je pourrai enfin dormir tranquille
Et puis le réveil a sonné, puis le téléphone… Je me suis levée, préparée… et je suis partie au boulot retrouver mes collègues relous et les papiers entassés sur mon bureau.

Des mots, une histoire : récolte 45

16 Avr

Cette semaine, les mots proposés pour l’atelier d’Olivia sont : moteur – mots – terrier –  ornithorynque – chapeau – cravate – cabane

Et voici mon texte :

Hubert était venu me chercher, soit-disant pour me montrer « une grande découverte ». J’étais occupé à faire de l’ordre dans la cabane à outils et la perspective d’une petite promenade en auto m’avait séduit. J’ai attrapé un chapeau, l’appareil photo qu’il m’avait demandé de prendre et j’ai sauté dans sa voiture. Sur le trajet, nous avons échangé quelques mots mais il n’avait pas voulu m’en dire plus sur le but de notre voyage. Après quelques minutes, il s’arrêta sur la bas-côté et coupa le moteur.
– C’est là, dit-il.
– Où ça ?
– Dans les hautes herbes, au bord de l’étang.
Nous sortîmes tous deux de la voiture pour nous approcher de l’endroit désigné : un terrier bien caché.
– Tu es sûr que tu veux voir ce qui se cache là-dedans ? lui demandais-je.
– Mais je sais ce qui se trouve à l’intérieur ! Attends. Tu vas voir.
De sa besace, il sortit une sardine, l’accrocha à un fil et la fit pendre au dessus du trou. Il ne fallu que quelques instant pour qu’un ornithorynque pointe le bout de son nez… ou plutôt, de son bec.
– Fichtre ! je n’en avais jamais vu d’aussi  près ! m’écriais-je, surpris.
Pendant que l’animal se délectait de ce repas providentiel, Hubert me demanda de préparer mon appareil photo. Puis d’un geste rapide, il saisit l’animal de telle manière que je puisse immortaliser ce moment.
Depuis ce jour, il ne cesse d’exhiber, à tout bout de champ, cette photographie improbable où on peut le voir, en cravate et le pantalon plein de boue, étreindre cette curieuse bestiole en plein déjeuner.

Des mots, une histoire : récolte 44

9 Avr

Cette semaine, les mots proposés pour l’atelier d’Olivia sont : délétère – terre – extrait – prologue – grotte – ours – guérisseuse – atmosphère – vaticination – marri

Et voici mon texte :

Chacun attendait ce moment, à la fois marri et anxieux. Puis soudain, il apparut à l’écran et prit la parole. En prologue, un état de la situation sanitaire du pays ponctué d’extraits vidéo. Les mots s’entrechoquaient, résonnaient, mais étaient teintés d’irréel. Comment aurait-on pu imaginer en arriver là ? La Terre toute entière, touchée par un virus mortel. Et cette phrase, répétée à l’envi : « Nous sommes en guerre ». Le discours du Président semblait ne plus vouloir s’arrêter et ressemblait presque à une vaticination morbide, présentant ce qui était jusqu’à présent notre quotidien comme un nouveau monde cauchemardesque dont l’atmosphère serait devenue délétère. En attendant de trouver une molécule guérisseuse, la sentence était sans appel : il faudrait rester cloîtrés chez nous, tels des ours dans leurs grottes. Du jour au lendemain tout avait basculé…

Des mots, une histoire : récolte 43

2 Avr

Cette semaine, les mots proposés pour l’atelier d’Olivia sont : hurluberlu – pastiche – s’enliser – épiler – logorrhée – fantasque – purée – soleil – ukulélé – panier

Et voici mon texte :

Je m’appelle Benjamin et je suis agent de sécurité au Super U du boulevard Pasteur… alors autant vous dire que des gens, j’en vois passer des centaines par jour : des mémères à chat, des pépères à chien, des parents de famille nombreuse, des bobos convertis au bio… Il n’y a qu’à regarder leurs paniers au passage en caisse pour les cataloguer. Mais des hurluberlus comme lui, j’avoue que ça ne s’oublie pas.
Ce jour-là, j’avais pris mon service à l’ouverture et la journée se déroulait comme à l’ordinaire. Dehors, le soleil brillait et Norbert, notre joueur de ukulélé, s’était installé à l’entrée du magasin pour faire la manche. Par bonheur, il était bon musicien et ses notes accompagnaient une partie de nos journées qui, sans cela, seraient bien monotones.
Soudain, mon attention fut attirée par une légère agitation en caisse numéro 5. Je m’approchais pour contrôler la situation et c’est là que je l’ai vu. Le gars était en train de vider ses courses sur le tapis. Outre sa taille – il devait mesurer près de deux mètres – il arborait une allure complètement fantasque, à mi-chemin entre le clown et le vampire. Mais surtout, il ne pouvait retenir une espèce de logorrhée absolument grotesque et intarissable. Il commentait chaque produit qu’il déposait. Ça allait de la purée en sachets qui faisait des grumeaux, à la cire à épiler qui lui donnait des poils incarnés à des endroits qu’on aurait bien voulu ne pas connaître. Puis je l’entendis dire :
« Je n’ai pas trouvé le pastiche !
– Pardon ? dit la caissière.
– Le pastiche, répéta-t-il. Il n’y avait ni Casanis, ni 51, ni rien. C’est quoi cette histoire ? On est à Marseille ou on est pas à Marseille ? »
Et alors que ma collègue, interloquée, s’enlisait dans une explication sur les livraisons et le délai de mise en rayon qu’il n’écouta même pas, il paya et quitta le magasin en improvisant une chorégraphie improbable devant un Norbert éberlué.

Des mots, une histoire : récolte 42

26 Mar

Cette semaine, les mots proposés pour l’atelier d’Olivia sont : espérance – piano – sécher – courge – feuille – courage – merci – transformer – anamorphose – symphonie – cerisier

Et voici ma contribution :

16h20. J’ouvre les yeux après une longue sieste et, doucement, je reprends contact avec la réalité de la pièce où je me trouve, un grenier transformé en chambre d’amis. Au mur, une photo prise au Cap de Bonne-Espérance et une nature morte représentant ce qui semble être une courge à côté d’une bougie… mais je n’en suis pas sûre ; soit le peintre est très mauvais, soit il a tenté une sorte d’anamorphose qu’il a visiblement ratée…. soit je ne suis pas encore bien réveillée ! J’entends au loin le petit voisin répéter au piano la Symphonie n°5 de Beethoven. Quel courage de s’attaquer à un tel morceau ! Mais je pense qu’il sera bientôt prêt pour l’interpréter à la prochaine fête de l’école. Je me lève et m’approche de la fenêtre ouverte. Le linge sèche près du cerisier, les feuilles des arbres bruissent, à la merci d’un vent léger, et l’été ne va pas tarder à s’installer.

Des mots, une histoire : récolte 3

20 Mar

Les mots récoltés chez Olivia : Ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre.

En ce début d’été, la fin de l’après-midi était en général le moment idéal pour partir faire une balade à vélo. De temps en temps, sans rien dire à personne, j’enfourchais donc mon VTT et partais faire une petite virée en solitaire, loin des cris des enfants et des discussions des grands. Même si de temps à autre je croisais une voiture ou entendais aboyer dans le lointain, mon périple était souvent silencieux.

Je descendais d’abord la petite route goudronnée puis, très vite, bifurquais sur le premier chemin de terre qui se présentait. Les paysages qui s’offraient alors à moi étaient d’immenses champs remplis de coquelicots. Lorsque le vent soufflait, il les balayait et créait une sorte d’onde dont la fluidité rappelait celle d’un vaste océan vert et rouge.

Après quelques centaines de mètres, le chemin plein de poussière et couvert par les chênes commençait à grimper vers la colline. Il fallait redoubler d’efforts pour tenir le rythme et ne pas mettre pied à terre mais je savais qu’arrivée en haut ma peine serait récompensée. Le point de vue était magnifique ! En contrebas le village s’étendait, tout en longueur, et au loin, on pouvait admirer le Massif de Concors et celui des Ubacs. Seules ombres au tableau, les séquelles d’anciens feux de forêt qui avaient dévasté les environs et qu’on remarquait encore çà et là.

Si je restais assez longtemps, je pouvais voir apparaître la première étoile, celle du Berger. C’est à ce moment qu’il était temps d’envisager de rentrer avant qu’il ne fasse nuit et, dans ce cas-là, il fallait attention car dans la demi-obscurité, un geste malheureux dans la descente et c’était la chute assurée.

A mon retour à la maison, c’était invariablement la même chose. Tout le monde s’était demandé où j’avais bien pu passer et me reprochait d’avoir laissé mon téléphone portable éteint.

Des mots, une histoire : récolte 2

5 Mar

Voici les mots récoltés chez Olivia : poulpe – lys – insomnie – fromage – superflu – désolé.e – crustacé – émotion

Et voici mon texte :

Jeudi, 3h37

Encore une nuit d’insomnie. Je suis assisse dans notre lit, le dos contre l’oreiller, à essayer de mettre de l’ordre dans mes émotions. Tu es étendu à côté de moi et tu dors, toi ! Tu ronfles même ! Tu en écrases comme un bienheureux alors que depuis lundi nous avons passé nos soirées à nous engueuler.

Mais qu’est-ce que tu croyais espèce de figure de poulpe ? Que ton bouquet de lys tigrés, ton plateau de crustacés et ton air désolé allaient changer quelque chose ? Que tes énièmes excuses à 2 balles me feraient flancher ?

J’en viens même à me demander pourquoi tu as fait tout ça, tous ces « efforts » alors que finalement, comme tu me le fais si bien sentir, je ne suis que du superflu dans ta vie, ce petit détail anodin que tu trimballes un peu partout.

Eh oui… tu vas encore dire que j’en fait tout un fromage, que tout ça n’est rien, que je me fais des idées. Mais maintenant j’en suis sûre, les choses ne peuvent pas continuer comme ça, je ne veux plus être uniquement la spectatrice de ta vie si remplie de toutes ces activités plus intéressantes que moi.

Dans quelques heures tu trouveras cette lettre et je ne sais pas du tout ce que tu en feras. Moi je serai partie.

Des mots, une histoire : récolte du 16 février 2019

20 Fév

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que je rouvre ce blog suite à la reprise de l’atelier « Des mots, une histoire » d’Olivia Billington.

Voici la récolte de mots du 16 février 2019 : Activité – Soleil – Nouvelle – Jardin – Souvenir – Sacré – Broderie – Pain – Collision – Printemps – Souffle – Rêver.

Et voici mon texte :

Le trajet en voiture s’est passé sans encombres et nous voici enfin installés pour quelques jours dans la maison de campagne familiale. Il y a encore quelques bagages à droite, à gauche mais la plupart des affaires ont trouvé leur place et chacun vaque déjà à ses activités. Le printemps est là depuis peu et c’est agréable de voir le jardin refleurir, même si les mauvaises herbes l’envahissent après qu’il soit resté plusieurs mois à l’abandon. Étendue sur une chaise-longue, je savoure le plaisir de ressentir à nouveau la chaleur du soleil et le souffle du vent sur ma peau. Tout est si calme … à l’exception de mon neveu qui, assis à côté de moi, s’amuse à faire entrer en collision ses nouvelles petites voitures à friction avec les murs en LEGO qu’il vient tout juste de construire… sacré petit monstre !

Mon regard posé sur cette vieille maison aux rideaux en broderie jaunis, les souvenirs de mon enfance me reviennent en mémoire : l’odeur du pain grillé et du café le matin, les parties de cartes interminables lorsque les après-midi étaient trop chauds, les batailles au pistolets à eau, les soirées à observer les étoiles… Puis, doucement, je ferme les yeux et finis rêver que je suis à nouveau cette petite fille insouciante, aux genoux écorchés, grimpant dans les arbres et fonçant sur les chemins poussiéreux avec son vélo…

Des mots, une histoire 71

1 Juil

Après 2 semaines d’absence, me voici de retour pour l’atelier d’écriture d’Olivia.
Les mots récoltés pour cette dernière édition de la saison sont : girouette – ennuyer – s’escamper – manoir – hiver – enluminure – canicule – pugilat – clochette – abeille – palmier – persévérant – zinc – champs – essoufflé – musicien – glace – grivoiserie – étang…

Et voici ma modeste contribution…

Il doit être dans les 4 heures de l’après midi, et avec Josette, on est toujours allongées sur nos chaises longues à l’ombre du mûrier. Faut dire qu’avec cette canicule, ça ne donne pas envie d’avoir une quelconque activité physique. Les hommes et les enfants, quant à eux, font la sieste dans le cabanon. Tout est calme… seul le carillon éolien accroché non loin de là à une branche nous berce de son doux chant semblable à celui de milliers de clochettes.

Nous on papote, on parle du bon vieux temps, de nos maris bougons et de nos petits enfants remuants, Lucas et Julien. Leurs parents nous les ont confiés pour les vacances, le temps d’aller prendre quelques jours de congés sous les palmiers dans je ne sais plus trop quelle île du Pacifique. Ces deux gamins ne restent pas en place : ils commencent à peine une activité qu’ils ont déjà une autre idée de jeu en tête, de vraies girouettes ! Du coup, pour nous les mamies, pas le temps de nous ennuyer et si on n’était pas là, ça se terminerait souvent en pugilat tellement il sont aussi mauvais perdants l’un que l’autre. Mais ça fait plaisir de les avoir ces gamins, même s’il faut toujours surveiller qu’ils ne s’escampent pas dès que l’on a le dos tourné. Puis il faut bien avouer que leur présence met un peu de gaieté dans nos vies de retraités.

En général, le matin, je supervise les exercices au violon de Julien. Ce petit prodige s’est mis dans la tête de devenir musicien et s’entraîne tous les jours, persévérant, devant la glace de la salle de bains. Quant à Lucas, il passe des heures à observer son grand père s’occuper des abeilles avec son vieil enfumoir en zinc afin de préparer les ruches pour l’hiver.

Parfois, vers la fin de l’après midi, lorsqu’il commence à faire un peu moins chaud, on part tous se baigner à l’étang histoire de se rafraîchir puis on rentre en coupant à travers champs pour raccourcir un peu la route. Les petits arrivent toujours essoufflés de la promenade tant ils ne peuvent pas s’empêcher de courir à droite et à gauche.

Le soir, après le souper, chacun vaque à des occupations plus calmes : les garçons explorent la vieille bibliothèque et feuillettent ces vieux bouquins plein d’enluminures qui ont appartenu à nos aïeux. Ils inventent des tas d’histoires et notre maisonnette devient alors un manoir où ils vont pouvoir laisser libre cours à leur imagination.

Quant aux papys, on ne les entend presque pas, mais à les voir étouffer quelques rires, on imagine, Josette et moi, qu’ils se racontent leurs grivoiseries d’antan !

Bon allez, c’est pas tout ça mais va bien falloir trouver un peu de courage pour aller préparer les goûters des garçons. Surtout que des ronflements provenant d’à côté m’indiquent que Josette vient de s’endormir…

Des mots, une histoire 68

7 Juin

Voici la 68ème récolte, chez Olivia, pour Des mots, une histoire : mort – jouer – presqu’île – brin – frère – médiation – mélanique – normal – expert – orchestre – éloigné – acclamation – plausible – espérance – maladie – déménagement – incrustation

ainsi que ma participation malheureusement très peu inspirée… :

Ça commençait toujours comme ça : un corps était amené dans la salle et l’examen pouvait débuter.

L’histoire n’était jamais la même mais elle se terminait irrémédiablement de la même manière. Qu’importe qu’on l’ait trouvé dérivant vers la presqu’île ou ayant succombé à la maladie dans son lit, c’était toujours mort qu’il arrivait sur ma table et il y avait toujours une mère, un frère, une épouse qui le pleurait quelque part et avec qui il faudrait envisager une médiation ou même parfois un parent éloigné dans l’espérance d’un héritage conséquent.

Les mains gantées de latex et l’assistante à mes côtés, je procédais de manière méthodique. Je me suis toujours dit que vu de derrière, avec mes gestes précis et ma batterie de bistouris, pinces et scies en tout genre, on aurait pu me prendre, non pas pour un expert en médecine légiste mais pour ce chef d’orchestre que j’avais toujours rêvé d’être, dirigeant ses musiciens et donnant tout ce qu’il avait en attendant l’acclamation finale du public entièrement sous le charme de cet ensemble symphonique. Mais j’ étais bien loin de ça. Je jouais de mes instruments mais plutôt pour découvrir une tumeur mélanique, un brin d’herbe sous un ongle, l’incrustation d’une minuscule pierre dans une partie charnue, bref, un quelconque élément qui pourrait servir à préciser les raisons et les circonstances plausibles d’un décès qu’on ne supposait pas « normal ». Dans certains cas, on prélevait même certains organes qu’on stockait dans des glacières en attendant leur déménagement dans les grands congélateurs de l’Institut Médico Légal.

Mais ça finissait toujours comme ça : un corps à recoudre, la salle et les ustensiles à nettoyer, le rapport à taper… bien loin désormais de ces salles de concerts illuminées dans lesquelles je rêvais, gamin, d’exercer mon art.

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