Petite mise en lumière – Lélia Young sur le site du journal culturel Souffle inédit

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Lélia Young, une poésie au seuil du monde

Lélia Young, une poésie au seuil du monde

Entre rupture intime et horizon collectif, la poésie de Lélia Young explore les zones de passage où le langage résiste, se transforme et ouvre un possible commun. Une écriture de seuil, attentive aux fractures du présent comme aux recommencements fragiles.

Petite mise en lumière – Lélia Young

Par Christophe Condello

La poésie de Lélia Young s’ouvre sur un monde à bout de souffle, là où l’être vacille et où l’espérance semble n’avoir plus que la forme d’un cri. Pourtant, de cette fracture même naît une parole qui rassemble. Le poème y avance comme un rêve éveillé, une traversée nocturne guidée par des constellations intérieures. La rupture, ici, n’est pas seulement douleur ou effondrement : elle est la ligne de fracture par laquelle la lumière peut entrer. Elle se manifeste comme une vibration première, l’ouverture fragile d’un possible commun. Entre obscurité et clarté stellaire, l’auteure dessine une poésie de seuil, attentive aux signes, tendue vers un recommencement qui engage non seulement l’individu, mais le destin partagé de l’humanité.

SANS TITRE

Le mot marche et survit
il se solidifie tangible
et passe la frontière

Il rythme le quotidien
devient chair et voyage

Il se transforme dans l’onde
qui le porte sans bruit
sous les ailes d’un tourtereau

LA RÉVOLUTION POÉTIQUE

L’énergie d’un fleuve
surgit de l’épaule
vers l’ultime rencontre

Racines opaques
quotidien incertain
l’hiver torontois s’est sauvé
vers d’autres brumes

L’homme affairé
ne se soucie de rien
Il a entre les mains
l’arme atomique décuplée
épée de Damoclès
balancier du chantage

Je ne tiens pas à retourner
sur un tapis volant
le crayon à la main

L’épaule est plantée
dans le temps ouvrier

C’est le passage
de la révolution poétique

AVANCÉE VERS LE DÉROULEMENT

Pour ne pas enterrer son os
vivre l’éphémère
et surmonter la peur de perdre

L’essentiel dans la paix des corps
n’approche pas l’œil

À LA RENCONTRE DE SOI

Nul horizon au sein de la chaleur

La tête baissée
les jeunes regardaient le sol
paver leurs pas en avant

Le temps s’abrégeait
seul le présent assemblait
faits et gestes

La poussière emportait hier
et dissimulait demain

HORS DU CHAOS

L’évidence était aveuglante
mais aucun langage n’arrêtait Babel

Le temps s’était figé
dans cette première gargoulette
savoureuse dans la cour de l’enfance

Le passé le présent et le futur rassemblés

Un souffle détecteur savait déjà
que l’histoire se résumerait en un souffle
au creux du regard boisé de l’arbre

LE VOYAGE

Force imaginaire
éternel espoir

Sans fléchir voir les ténèbres
les ignobles lâchetés

L’horizon se couche sur les naissances
nulle crainte n’arpente un refus
l’incohérence est à la frontière

Président et ministres sont présents
Un festin est prêt pour les accueillir

Tout le monde en veston perle l’élégance
mais l’absence règne dans la mondanité

La poétesse 

Poète, essayiste et nouvelliste, Lélia Young est née en Tunisie. Elle a vécu en France, au Québec, au New Jersey, au Massachusetts et réside présentement à Toronto depuis plusieurs décennies. Elle a fait des études de linguistique et de littérature et détient un doctorat. Lélia est professeure au Département d’études françaises de l’Université York de Toronto au premier cycle et aux cycles supérieurs. Elle a collaboré, autant du côté de la critique et de l’étude des textes, que de celui de la création littéraire. Elle est l’auteure de nombreuses publications, dont Rupture et avènement, aux éditions Terre d’Accueil.

Christophe Condello est poète, blogueur (Christophe Condello | « Les arbres sont des êtres qui rêvent » Aristote), chroniqueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.

Lancement du tout dernier numéro de Possibles, dont le volet thématique a pour titre « Féminisme en tous genres »

Message de Jean-Pierre Pelletier et Anatoly Orlovski:

Bonjour à toutes et à tous,

Nous avons le plaisir de vous inviter au lancement du tout dernier numéro de Possibles, dont le volet thématique a pour titre « Féminisme en tous genres », tandis que la section Poésie et création réunit des auteurs et autrices du Québec, du Canada anglais, de France, de Belgique et de l’Irlande, ainsi que des poètes de la Biélorussie et de l’ancienne Prusse-Orientale. Luc Lavallée rend un hommage au poète Yves Préfontaine (1937-2019).

Le lancement aura lieu le mardi 20 janvier à partir de 18h au Café L’Exode du Cégep du Vieux Montréal, situé au 255, rue Ontario Est, salle A3.84 (métro Berri-UQAM).

Un mini-récital de poésie, qui suivra la présentation des autres sections, devrait débuter vers 19h15.

Vous pourrez également participer ou écouter en ligne ; le lien zoom sera communiqué prochainement.

Des exemplaires de la revue seront en vente au lancement, au prix de 20$ pour le public ; comme de coutume, les collaborateurs et collaboratrices se verront offrir un exemplaire.

Au plaisir de vous y voir et de célébrer la parole vive !

Anatoly Orlovsky et Jean-Pierre Pelletier,
responsables de Poésie et création à Possibles

Photo: ©Anatoly Orlovsky, Transpectre, cliché numérique, 2025. 

Aucune description de photo disponible.






Parution « De l’éclair naît la glaise » de François Baril Pelletier – Collection Magma Poésie – Pierre Turcotte Éditeur

Pierre Turcotte Éditeur est fier d’annoncer la publication dans sa Collection Magma Poésie du recueil De l’éclair naît la glaise du poète québécois François Baril Pelletier.

De l’éclair naît la glaise est un voyage poétique où la lumière, la terre et la chair s’entrelacent pour sonder l’origine du geste humain. D’une parole vibrante, traversée de forêts intérieures, de rivières initiatiques et de ciels en mouvance, il s’impose comme un roman de questions qui contiennent toutes des réponses, une série d’énigmes éclairantes, celles qui ont été promises par ce monde même, un jardin pour les pauvres que nous sommes appelés à devenir. Au fil des pages se dessine une quête : retrouver, sous la poussière des masques et des saisons, la voix première — celle qui nomme, qui fouille, qui ravive. Le recueil avance par strates : le bleu des commencements, la glaise des corps, les vergers de l’avenir, l’océan des illusions et la brèche du poème où tout recommence. Les paysages y deviennent miroirs, les animaux messagers, et la nature un immense livre de signes où l’humain cherche sa forme. Entre célébration du vivant et méditation sur la disparition, l’écriture s’ouvre comme une clairière où naissent sens et silence. Ici, l’éclair n’est pas dévastation mais germination : un appel à lire le monde dans ses éclats, et à laisser la glaise des jours devenir lieu de renaissance.

François Baril Pelletier, peintre de formation, s’est depuis 2009 entièrement tourné vers la poésie, publiant une douzaine de livres en une quinzaine d’années. Son œuvre marie esthétique, thèmes universels et visions d’un nouveau réel. Né à Montréal, il réside désormais en Outaouais. Son parcours, riche en expériences, l’a mené à vivre et à étudier à Ottawa, à Montréal, ainsi qu’en France et en Italie. Récompensé à plusieurs reprises pour ses écrits, François Baril Pelletier a notamment été finaliste du prestigieux Prix du Gouverneur général en 2015 pour son troisième recueil, Les trésors tamisés. Depuis ses premières œuvres de jeunesse (1995-2009) jusqu’à ses premiers recueils, l’auteur a exploré un éventail impressionnant de styles et de sujets, écrivant près d’une quarantaine de livres. Pierre Turcotte Éditeur publie ses onzième et douzième recueils de poésie.

On peut acheter le livre numérique au format EPUB dans notre boutique au coût de 9,99€ (la version papier est en vente sur Amazon) :

BARIL PELLETIER, François. De l’éclair naît la glaise. Montréal : Pierre Turcotte Éditeur, Collection Magma Poésie, 2026, 107 p.

Ebook 👉 https://www.pierreturcotte.com/product-page/baril-pelletier-de-l-éclair-naît-la-glaise

Papier 👉 https://amzn.eu/d/aD9hmxO

Collection Magma Poésie

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Mariana Thiériot, L’abattoir – un feu couve à Venise, La Roseraie des Philosophes, Montréal, 2025 – Chronique parue dans la revue belge Cosmopolis – Décembre 2025

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L’Abattoir – Un feu couve à Venise s’ouvre dans l’entre-deux du témoignage et de la poésie, dans cet espace tremblant où les genres se dissolvent pour laisser paraître l’expérience à vif. Confession, chronique de fin de vie, chant d’amour et méditation sur la perte : le texte avance sur un fil, traçant un seuil entre la vie et la mort, la lucidité et l’absence. La fragilité du monde, la puissance du verbe et la délicatesse des liens conjugaux forment la matière de cette œuvre où chaque mot devient geste, chaque silence, respiration.

Hier elle a débranché
tous ses réseaux
pour le sentir vivre.
Plantée là,
muette de sa douleur,
les larmes coulaient
sur sa tenue d’hôpital.

L’écriture, mouvante, entropique, semble chercher son propre équilibre dans l’effondrement. Le soin se transforme en acte d’amour extrême : il habite les couloirs hospitaliers, les gestes nocturnes, les chuchotements traversés par l’ombre. Les métaphores de l’eau, omniprésentes, tissent une coulée continue dans le récit : fleuves, marées, flux, autant de passages qui disent l’irréversibilité et la douceur, autant de courants qui accompagnent la mort sans jamais la dramatiser. L’agonie et le deuil apparaissent dépouillés, offerts dans une vérité qui fait de la présence et de la mémoire le dernier lieu du souffle.

Ce matin de soleil triste
où ils comparent, pensifs,
avec ce grand chirurgien,
l’hôpital au monde carcéral.
Et il lui répond :
« Oui, mais ici
nous sommes tous innocents ».
L’impossibilité de se voir
à cause de la pandémie,
le téléphone, seul fil de vie.

Peu à peu surgit la reconstruction, fragile, patiente, dans un mouvement qui épouse la régénération de la nature et rappelle que la poésie demeure un espace de renaissance. Les fractures du monde contemporain, pandémiques, politiques, intimes, deviennent un contrepoint au deuil, intégrant l’expérience personnelle dans un horizon plus vaste. La correspondance avec Anne-Lise, espace de sororité et de partage, ouvre une zone d’écoute où les vivants et les morts se tiennent sous la même lumière.

Puis Venise s’impose : matrice, destin, miroir spirituel. Ville-corps, ville-palimpseste, elle apparaît vulnérable et invincible tout à la fois, reflet de la lutte intérieure de la narratrice. Le lion ailé, présence récurrente, incarne les tensions, les métamorphoses, le passage d’un état à un autre ; il veille dans un monde instable, tel un double mythique chargé de mémoire. L’histoire familiale nourrit cette sensibilité morale où la croyance devient éthique du soin, et la philosophie, une forme de résistance.

Paisible
à la paume
des flots,
elle lève les yeux,
éveillée brutalement
par des bras de marbre,
un visage de fauve,
un lion saint,
féroce et beau,
qui annonce
nos métamorphoses
sur les marches
du palais des Doges.

Le texte prend une dimension mystique et méditative, affirmant que la vie n’est pas à maîtriser, mais à accompagner. Il déploie une poétique de l’intervalle, où l’esprit, le silence et la subjectivité s’opposent à la froideur des institutions et à la rationalité instrumentale. Le récit s’organise en palimpseste, laissant affleurer l’allégorie personnelle et la critique sociale, comme si chaque strate de Venise révélait une vérité enfouie du monde contemporain. Dans cette ville-scène, traversée de lumière et d’effritement, la poésie demeure, fragile et incandescente, un chemin vers la liberté intérieure.

L’Abattoir – Un feu couve à Venise devient ainsi un itinéraire du deuil et de la tendresse, un rite où l’amour et la mémoire s’obstinent à résister à l’effacement. Mariana Thieriot signe une œuvre subtile, lucide, profondément humaine, où la beauté se gagne au prix de la lutte et où la littérature, toujours, ouvre un refuge, une résistance, une manière de continuer à vivre.

Un livre rare. Il suffit de suivre le fil de l’eau, de se laisser gagner par la lente incandescence. L’Abattoir mène là où la littérature devient lumière, présence, et feu qui couve encore.

Christophe Condello
10 décembre 2025

Mariana Thieriot Loisel est une philosophe, poète et peintre d’origine franco-brésilienne, vivant au Canada depuis 2006.
Elle est membre du Centre de Transmission de Yoga le CTY à Montreal, de l’UNEQ à Montreal, du Centre International de Recherches transdisciplinaires le CIRET à Paris, de l’IP&M, l’institut de Psychanalyse et management à Paris.
Depuis Octobre 2024 elle a assumé un poste de bénévolat en soins palliatifs et fin de vie.
LA CONSCIENCE DU NON INTENTIONNEL
Tous ses travaux se concentrent dans l’effort de délimiter les contours d’une conscience du « non intentionnel »: Une conscience que nous sommes agis inconsciemment par nos émotions et notre énergie et que nous devons composer avec cela grâce aux objets culturels, objets transitionnels, flottants qui circulent entre nous. En effet nous pouvons nous positionner et composer avec ce qui nous arrive, non intentionnellement. Nous le pouvons et parfois nous le devons. Nous sommes ce que nous faisons avec ce que la vie et les autres font de nous.
Elle vit à Montréal et se partage entre la poésie, la peinture et la philosophie où elle tente de comprendre l’interaction entre nos émotions et notre énergie et finalise un nouveau projet : relier
le non intentionnel et la conscience. Gros défi!
Docteure et Post docteure dans les domaines de la philosophie et l’éducation, pour pouvoir gravir les pentes de la connaissance, elle a développé une étude sur la place du yoga et de la méditation pour la canalisation des émotions humaines grâce à une régulation de notre énergie, lorsque nous sommes confrontés à des douleurs et à des crises. C’est à dire à chaque jour!

Revue Cosmopolis:
Classiquement conçue à l’horizon d’une humanité régie par des valeurs universelles au sein d’un ordre juridique et politique cohérent, l’idée cosmopolitique se présente aujourd’hui, sous la pression des transformations sociales, politiques et écologiques de la Planète, comme un impératif pratique qui conditionne la survie de l’humanité. Loin du mythe des Anciens, elle se conçoit comme la construction d’un espace public mondial à l’horizon d’un ordonnancement complexe et pluriel, qui concilie la communauté de destin de l’humanité et la diversité des cultures, des sociétés et des États. Le complexe humain se doit dans ce but de confronter les modèles sociaux, politiques et culturels qui prétendent à la légitimité universelle.

Revue semestrielle créée en 2007, Cosmopolis s’appuie sur un Conseil éditorial international de spécialistes de divers domaines, dont l’objectif est d’aborder sous un jour neuf le projet cosmopolitique. La revue publie des articles commandés, des articles acceptés par le Comité de lecture, des recensions, opinions et commentaires relatifs aux conceptions de ce que pourrait ou devrait être un ordre mondial au départ des institutions internationales actuelles ou réformées, des propositions de la société civile inter/transnationale, des rapports entre les communautés culturelles et de toute visée originale d’un avenir humain qui reste incertain.

Un grand merci au professeur, rédacteur et éditeur Paul Ghils.

Peut être une image de ‎texte : « ‎L'ABATTOIR UNFEU οι OUVEAVENISE MARIANA THIERIOT DE HUBERT Pendant monde COVIDE Montre drame silencieux de L'ABATTOIR UN FEU COUVE À VENISE comme partout dans vivant oubl ettes .Cet soigr MARIANA THIERIOT debordees cause dola ucoun sensible raco du sont โอ eux, vieet force Née nort Labsurdte son cot damaur rosistance Bresil elevee France Mariana Thieriot prolesseur en انور rapport ontrola endant Osasco, silué Guébec Montroal otla tlosn ratique aussi yoga. Beaux -Arts 25$ CANADA 160 EUROPE La Roser e des Phil ilosophes 兰 UN어)/봉-지영3~이 I ٤ 9782925511052" 聖‎ »‎

Les éditions de la Roseraie des Philosophes

Petite mise en lumière – Pierre Turcotte sur le site du journal culturel Souffle inédit

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Accueil – Pierre Turcotte : fragments d’amour et de présence

Pierre Turcotte : fragments d’amour et de présence

10 décembre 2025

Poésie

Lecture de 3 min

Pierre Turcotte : fragments d’amour et de présence

@ Pierre Turcotte

Un regard sur Là où je t’inviterai de Pierre Turcotte : une poésie d’intimité et de vie quotidienne, commentée par Christophe Condello.

Petite mise en lumière – Pierre Turcotte

par Christophe Condello

Là où je t’inviterai est le neuvième recueil de poésie de Pierre Turcotte. Dans sa démarche poétique, il cherche à identifier la trajectoire humaine dans l’univers des choses ordinaires et courantes, ainsi que les sensations qui font de l’homme un être perméable et créatif. Une poésie d’intimité et de vie quotidienne où l’espace de vie est fragmenté et ouvre des dialogues avec des dépendances amoureuses.

Poèmes choisis

***

Tu t’en iras bouche ouverte
paupière close

dans une course d’usure
dans une asthénie

tu ne jetteras pas en arrière
un regard mielleux
estomaqué

tu inséreras ton doigt dans d’autres oreilles
souffleras sur d’autres yeux

le vent restera stupide
tu éplucheras d’autres lèvres muettes

c’est ce que tu feras
si tu as pitié de moi

t’aimer dévore le vide
jusqu’à n’être plus rien

te laisser partir
brûlure antarctique
impossible à contenir

***

Où vont ces famines
réductions conquêtes égratignures

vers des peines d’amour
qui ravagent le cœur en l’instruisant
pauvre chose toujours prête à courir

je regarde au loin
l’allégresse passe
rétablissant
toujours nouvelle
sa propre durée

mon cœur apprend
de sa propre horloge

***

Tu attireras l’offrande
enflammeras ma jalousie
divinité incendiaire entre mes doigts

je m’élancerai vers toi
en consumant ma vie

je sentirai ta présence incandescente
sur ma peau rougie et sensible
celle du scorpion
brûlé par le soleil

j’aurai envie de t’agiter en l’air
comme un éventail
en criant ma joie
ma foi

***

Je me laisse prendre
au ravissement
comme un chat
à sa pelote de laine

une lumière bienfaisante
émane du cœur blessé
laisse une cicatrice d’amour

tous les astres te demandent
d’orner mon ciel de nuit

***

Je vais me suspendre
malgré ma peur
à un de tes cils
par désir d’être secoué

la lisière
des champs
marque la première
lumière

je souhaite
te construire
une ville

il ne restera plus
d’impénétrables
sentiments
serrés contre toi

un pas de deux
sous un horizon
de sourcils

Le poète

Pierre Turcotte, d’origine canadienne, vit à Málaga (Espagne) depuis 2016, a complété une maîtrise en Études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM, 1999). Fondateur de la maison d’édition digitale et multilingue Pierre Turcotte Éditeur. Auteur de neuf recueils de poésie. Publié au Canada, en France, en République Démocratique du Congo et au Mali. Sa pièce de théâtre Les mandés (Finaliste du Prix MILA du Livre Francophone 2022) et son recueil Étoiles d’ombre ont été traduits en russe. A aussi publié des poèmes, nouvelles, essais et articles, en français, en espagnol et en anglais, dans des revues et anthologies canadiennes, françaises, belges, suisses, espagnoles, argentines, péruviennes, colombiennes, mexicaines, britanniques et américaines.

Christophe Condello est poète, blogueur (Christophe Condello | « Les arbres sont des êtres qui rêvent » Aristote), chroniqueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.

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« Prologues » de Blaise Gaulin – Collection Magma Poésie – Pierre Turcotte Éditeur

Pierre Turcotte Éditeur est fier d’annoncer la publication dans sa Collection Magma Poésie du recueil Prologues du poète québécois Blaise Gaulin.

nous n’avons plus que ce fleuve
qui prend des proportions de mer

qu’une langue brisée
gardant l’empreinte confuse de la source
et l’intuition du large

nous voici au premier jour
tandis que l’horizon s’achève
et que personne n’entend

qui donc viendra voguer sur notre peau

Blaise Gaulin est originaire de Rimouski. Il détient une maîtrise en études littéraires de l’Université Laval. Il demeure désormais à Verdun et enseigne la littérature au cégep André-Laurendeau. Son activité créatrice se partage entre la musique et la poésie. Cette dernière constitue pour lui un acte de présence au quotidien, un moyen de rester près de l’essentiel. Prologues est son premier recueil de poèmes.

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GAULIN, Blaise. Prologues. Montréal : Pierre Turcotte Éditeur, Collection Magma Poésie, 2025, 69 p.

Collection Magma Poésie

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3e marché de la poésie de Lille

 3e MARCHÉ DE LA POÉSIE DE LILLE  .  LE TRIPOSTAL  .  12>13>14 DÉCEMBRE 2025

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Le 3e Marché de la Poésie de Lille – co-organisé par le Centre littéraire Escales des lettres et l’association c/i/r/c/é (Marché de la Poésie de Paris) – vous donne rendez-vous les 12, 13 et 14 décembre 2025 au Tripostal, précédé des Escales du Marché, une série de rencontres poétiques qui ouvrira les festivités dans de nombreuses villes de la Métropole Européenne de Lille du 26 novembre au 11 décembre.

Plus de 300 maisons d’édition, revues et poètes venus de la Région, de la France entière et de l’étranger… Plus de 2.000 m2 d’une étonnante effervescence accueillant les nombreux stands des éditeurs… Des rencontres, des débats, des animations, une exposition, des ateliers et des lectures… Cette année encore Lille sera au rendez-vous de la poésie avec son Marché de la Poésie, devenu en deux années le plus important salon du livre de la capitale des Flandres.

Lecteurs passionnés ou occasionnels, visiteurs érudits, connaisseurs ou tout simplement curieux, venez pousser les portes de cette 3e édition aux allures de Marché de Noël de la Poésie. Des allées foisonnantes du Marché aux échanges, débats et lectures de la Scène poétique, laissez-vous guider pendant trois jours par votre soif de découvertes littéraires, par votre gourmandise poétique et par le hasard des rencontres avec les éditeurs et les auteurs.

Bon Marché de la Poésie de Lille à toutes et à tous !​

Ludovic Degroote et Ludovic Paszkowiak              Yves Boudier et Vincent Gimeno-Pons
Président et Directeur d’Escales des lettres            Président et Délégué général de c/i/r/c/é

Petite mise en lumière – Mimoza Ahmeti sur le site du journal culturel Souffle inédit

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Mimoza Ahmeti : une poésie aux frontières du visible

26 novembre 2025

Poésie

Petite mise en lumière - Mimoza Ahmeti

Dans cette sélection présentée par Christophe Condello, la poésie de Mimoza Ahmeti déploie ses zones vibrantes, entre solitude, clarté intérieure et visions métaphysiques.

Petite mise en lumière – Mimoza Ahmeti

Par Christophe Condello

La poésie de Mimoza Ahmeti explore les zones instables de la conscience, là où solitude, perception et métaphysique se croisent. Dans ces textes, l’être traverse des espaces intermédiaires, entre lucidité tranchante et visions presque cosmiques. Ses poèmes interrogent la cohésion du moi, ses illusions, ses retours, ses éclats. L’humain y apparaît en mouvement constant, toujours menacé par la perte, toujours aimanté par la lumière. Une voix qui scrute l’invisible pour révéler les tensions secrètes du réel.

Petite mise en lumière - Mimoza Ahmeti

Pauvres notions

Pauvres notions,
de la solitude spatiale que vous composez,
je passe par inertie en même temps que vous
dans mon espace ne comprenant que moi,
comme dans une ville
soudain abandonnée de tous
avec un sentiment absolu de non-retour
(ce qui, je sais, ne peut se produire).

Pauvres notions,
restées en l’air, étrangères à toute relation,
parce que, misère et splendeur à la fois,
je ne sens plus rien.

Le principe discret

J’appartiens au principe discret
sans nom, sans forme, sans culpabilité.
Il agit comme « intermédium ».
Il vient comme un rêve vert en mai
avec un sourire spin.

Cette matrice de totalité
secoue les murs du tout
d’une balade soufflée.

Je vais, reviens et retourne dans mon moi,
Je me sens comme un œil clair azur,
qui centre et disperse
la clarté.

Et je m’en remets à chaque folie
parce que la vérité n’est jamais là,
mais l’espace et la grâce figurant le moi,
qui croit en son petit ciel, immensément,
Et toute la foi enracinée dans l’illusion,
illusion après illusion, jusqu’à la cohésion.

Le principe discret agit sans arrêt
Un bras dans le maintenant et l’autre dans l’éternité
avec fatal retard
chaque douleur – allumée!

Il y aura des surprises

Quand tous nos plans seront étroitement nivelés
Quand tous les angles tomberont dans un plan
Quand le cœur des perles coulera du coin des yeux
Et apparaitra l’invisible qui éclaircit le plus évident.

Alors adviendra l’adieu aux sens
Le cerveau sentira sans toucher
Notre appétit des sens s’étiolera lentement,

Mais restera une blessure sanglante
Où donc s’en va cette créature absolue
En perdant le sens de la solitude
Est-ce que l’UNIQUE est suffisant ?

Le secret du secret était si simple :
La vie de la balle dans la visée de l’objectif orientée par
la direction.

Où donc pars-tu, étoile, homme réuni,
Avec ton cyber sourire ?

Souviens-toi que tout bouge tandis que tu bouges
L’objectif est décevant, car il se déplace.

La Perte vient avec le Temps
La Victoire avec l’Espace

Mais tout sera avalé, digéré jusqu’à disparition et renaîtra.
Le Désir existe au-delà
Tout comme Dieu.

Victoire

S’il avait mis la victoire dans un lieu secret,
afin que personne ne
la voie,

afin que personne ne le
sache…

C’était le plus grand mal
qui lui soit jamais arrivé…

Quelqu’un s’est perdu,
pour qu’il puisse vaincre,
fut mortellement blessé par sa victoire,
diminué, défiguré…

Il a fui la victoire,
quand elle l’a attrapé,
Il l’a cachée dans le plus vieux coffre
comme le plus nouveau danger…

Mimoza Ahmeti
Crédit photo : Ornela Vorpsi

La poétesse

Mimoza Ahmeti est une écrivaine et poétesse albanaise.
Elle fait des études de lettres à l’Université de Tirana. Elle obtient un MBA, à l’Institut universitaire Kurt Bosch, de Sion, en Suisse et un PhD à l’université Sigmund Freud de Vienne, ainsi qu’un post-doctorat à la SFU de Paris. Elle travaille comme enseignante-chercheuse à l’université dans différents domaines.

Sa poésie a reçu la palme d’or au Festival de poésie de San Remo en 1998, remise entre ses mains par le grand poète Adonis. Depuis 2019, elle anime, à la télévision nationale, à Tirana, une émission culturelle. Elle est qualifiée d’enfant terrible par l’Albanologue Robert Elsie.

Christophe Condello est poète, blogueur (Christophe Condello | « Les arbres sont des êtres qui rêvent » Aristote), chroniqueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.

Lancement – Les éditions de la Roseraie des Philosophes 

Peut être une image de texte : « LES ÉDITIONS LA ROSERAIE DES PHILOSOPHES VOUS INVITENT AU AU LANCEMENT DE DE L'ABATTOIR UN RECIT POÉTIQUE DE MARIANA THIERIOT Sur l'amour, les soins palliatifs et la mort en temps de pandémie Le 4 décembre, 17h-21h, au Bistro Sofia 6701 de Chateaubriand, métro Beaubien »

Les éditions de la Roseraie des Philosophes

Questionnaire de P(oés)I(e) : Laura Bari sur le site du journal culturel La Métropole

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Questionnaire de P(oés)I(e) : Laura Bari

Christophe Condello

par Christophe Condello

24 novembre 2025

Laura Bari

Laura Bari

Bonjour,

Nous avons le grand plaisir de recevoir aujourd’hui au questionnaire de P(oés)I(e), l’artiste multidisciplinaire Laura Bari.

Présentation :

Née en Argentine, Laura Bari est une artiste multidisciplinaire qui vit à Montréal. Elle choisit film, écriture, peinture et installations pour réunir les Arts, la culture et la santé mentale dans ses projets.

1 – Qu’est-ce qui vous a amené à la poésie ?

La poésie est dedans nous, elle nous mène. Il s’agît d’une pulsion qui se loge entre celles de la vie et de la mort. Elle est propre aux battements et au souffle, peu importe la langue dans laquelle elle s’incarne. La poésie est peau, terre et musique. Mes parents lisaient et chantaient tout le temps. Ma mère – qui avait une magnifique plume – enseignait en philo et lettres et mon père travaillait en sciences. Pour moi, autre les restrictions économiques qui ont su activer mon imaginaire durant l’enfance et l’adolescence, à Mendoza, Argentine, une des sources de ma création poétique est l’impact déterminant de mes lectures. À la maison, on lisait du matin au soir. J’avais découvert une cachette contenant certains livres interdits par la dictature, Parmi les auteurs Argentins interdits, je pouvais y trouver : Bornerman, Devetach, Gambaro, Puig, Saer, Quiroga, Arlt, Walsh, Copi, Piglia, Cortázar ; pour ne nommer que quelques-uns. Et parmi les auteurs étrangers interdits, j’y trouvais : Baudelaire, Mao Tsé-Toung, Carrol, Ovid, Shakeaspeare, Wiltman, Burgess, Burroughs ; comme tant d’autres.

Ces lectures m’ont ouvert l’esprit, le cœur et le corps, m’offrant une base archétypale pour développer ma perception du monde et à la vision de l’artiste que j’allais devenir. Ainsi l’invisible, l’interdit, le contexte géographique et le temporel, la violence sociale, l’ambiguïté ontologique et l’image poétique, seront pour moi à partir de là et pour toujours, non seulement matière à création, soit cinématographique, littéraire ou picturale, mais matière à penser et à agir; une manière de vivre, d’être, de créer

2 – Pouvez-vous nous indiquer un livre que vous aimez particulièrement ?

Ay ay ay. Choisir est renoncer. Ma maison à Montréal s’est inondée cet hiver. Deux mille livres mouillés. J’ai fait le tour de chacun, les touchant avec la lenteur de l’adieu. Lequel choisir maintenant? Celui de l’enfance, celui de l’adolescence ou encore ceux de l’âge adulte; en espagnol ou en français ? Alors je pourrais dire Alice au pays de merveilles, de Lewis Carrol; et « Historia universal de la infamia », de Jorge Luis Borges ; ou encore l’œuvre réunie de Alejandra Pizarnik.

3 – Pouvez-vous nous dévoiler un ou deux de vos poètes préférés et pourquoi ?

Il m’est difficile de répondre à cette question, car je dirais que c’est celui que je suis en train de lire maintenant. Il y a eu des poètes en espagnol pour mes premiers vingt ans, puis Borges a su influencer ma façon de réfléchir, car je restais attrapée par sa prose poétique, par sa maitrise intellectuelle et par sa vaste culture cosmopolite. Son écriture brève et concise de tracer l’imaginaire. Ce sont sa métafiction et sa façon érudite d’inventer des énigmes, profonds et motivants pour moi et pour mon ignorance toujours assoiffée. J’allais chercher le sens étymologique, géographique et généalogique de ses citations, je comprenais qu’il inventait mais pas autant. Sa capacité aiguë pour inclure philosophie, métaphore et métaphysique me provoquaient un rang des vécus fébriles complet. Mais je n’aimais pas la personnalité de l’homme ni sa pensée politique. Voilà un défi pour l’adolescente que j’étais et pour l’adulte que je suis devenue. Son érudition et sa façon de lire, tout comme son œuvre ont certainement configuré des préoccupations interdisciplinaires chez moi.

Emily Dickinson touche mes cordes les plus intimes, non seulement par son œuvre monumentale sinon parce qu’elle s’isole pour écrire, soit pour crier la liberté depuis ses poèmes, soit par sa passion qui nous fait voguer entre le concret et l’abstrait avec une fluidité et une synthèse uniques. J’aime sa ponctuation non conventionnelle, sa profondeur intellectuelle, son amour pour la nature et par l’exceptionnelle de son œuvre considérant l’époque dans laquelle elle a vécu. De l’œil à l’âme, à la poursuite du « Fini — doté / De l’Infini —

J’aime profondément la poésie de Martina Tsvetaeva, tout comme son esprit libre et rebelle. Elle dédie sa vie à écrire, à résister à l’exil et aux persécutions politiques. Elle manque de reconnaissance, de mérité, et d’amis, mais elle change assurément la vie de ses lecteurs. « Tout poète est par son essence un émigré », chassé de son pays d’artistes. « — L’existence elle-même exile »

4 – Quelle est votre dynamique d’écriture ?

La poésie se présente et elle demande d’être écrite comme une façon de maintenir l’intériorité éveillée, comme si écrire me faisait intégrer le flux de la conscience, je me laisse aller sans m’arrêter. J’écris constamment, partout, avec une plume d’encre sur différents carnets, sinon sur de bouts de papier et de carton trouvés, sur les marges et les bas de pages, sur mon avant-bras et par la suite, je passe à l’ordinateur pour transcriptions et corrections.

J’écris comme ma pensée circule, soit en français, en espagnol ou en anglais. Tout comme pour mes films, mes tableaux ou mes écrits, il existe un moment ou l’œuvre dans sa trajectoire de création apparait avec clarté, tout comme son âme, ses aspects et sa structure. Une fois que la structure de l’œuvre apparaît, je m’enferme jour et nuit et organise l’ensemble jusqu’à arriver à une solide première version.

Par la suite, quelques temps après je reprends l’ensemble des écrits, comme s’il s’agissait d’un acte qui voudrait honorer la vie durant une période de destruction mais tout en recréant un contexte fertile pour entendre la diversité des voix et des perspectives que s’y sont présentés. Ainsi j’ose laisser les mots et les concepts me guider dans la construction. J’ai choisi la poésie en tant que genre littéraire car elle possède un pouvoir particulier pour la construction de la subjectivité. Ce travail fut fabuleux et définitif pour signer mon premier recueil de poésie, lequel soutenue par le Conseil des Arts du Québec, se termine avec la révision d’une fantastique collègue qui me coach, Geneviève Letarte, et par la merveilleuse Melissa Labonté, mon éditrice des éditions du Noroît.

5 – Pouvez-vous nous présenter votre dernier recueil, sa naissance, son thème, ses inspirations ?

Mon premier livre, Le corps est une maison sans grands-parents, est le résultat d’un long parcours, à la fois conscient et inconscient, qui m’a permis d’habiter pleinement cette quête poétique et de plonger dans les méandres de l’identité.

Dans un village d’Argentine, la maison familiale est mourante. On y entre comme on entre dans le corps de l’enfance, chargé d’un passé dense. Maison et corps, lieux évidés, adultes et enfants du passé se fondent dans la mémoire de celle qui narre et y survivent. Les faits ont eu lieu à une époque où la démocratie et la liberté ont été abruptement mises à mal par la plus longue dictature de ce pays. Dans un processus qui tient de l’étrangeté, les voix absentes de ce lieu retrouveront leurs souffles. Le corps de celle qui passe et dit, se transformera en maison qui meurt, et cette maison se transformera en corps qui transcende

Malgré le fait que l’espagnol est ma langue maternelle, le français fut ma langue de choix. Ce recueil fut écrit totalement en français, comme si une deuxième langue pouvait donner place à l’altérité d’une psyché encore craintive, cachée minutieusement par ses expériences marquantes, hâtives et lourdes. Ce recueil propose un séjour dans un monde qui synchronise passé et présent, autre que pour le questionner ce serait pour faire face aux fluctuations de l’expérience humaine à travers le temps, l’espace et la mémoire: un univers vertigineusement irréel qui trouve un sens dans le monde réel. Évoquer ainsi les expériences vécues par un enfant de classe moyenne-éduquée, soit en démocratie ou en hégémonie, donne un sens à mes choix, à nos choix; car leur réalité – voir la nôtre a très peu changé, voir elle a empiré avec le temps.

6 – Pouvez-vous nous en offrir un ou deux extraits ?   (TU PEUX CHOISIR si tu veux moins ! )

vivre n’est pas obligatoire

à peine terminées les retrouvailles

je ne sais d’où te regarder

sinon depuis ce gouffre

qui m’accompagne

ma poitrine a cessé d’écouter

les ordres et les discours

mon avidité reste entière

va à ta recherche

et dit toujours sa vérité

tout comme le bois

de ma tête fendue

les arbres sans fleurs nous parfument

et me font des trous dans la tête

appelée par leurs cris

je sors de mon corps

et bouge plus vite que les adultes

la voilà encore enfuie

cette marimacho sans remède

disent-ils

et moi je cours

avec les chiens porteurs de rage

jusqu’à nous emparer

de tous les terrains vagues

du quartier

la poussière dans ma gorge

avale une crainte après l’autre

il existe toujours

ce coin du jardin

où les livres furent brûlés

à trois heures du matin

je sors

hurle

cours

et fais déborder le massacre

qu’elle se recouche toute de suite

— dit mon père sans élever la voix —

lui qui aimait plutôt lever la main

ils subsistent encore des coins

où habitent les mensonges

on les évite

on les tait

on s’exile

je te casse les oreilles chère maison

quand je me prends les doigts

dans tes croisillons peu avenants

mue par un désir curieux

je gratte les abeilles desséchées

sur le mur de briques

ici et là

tes secrets sont restés pris

depuis le temps d’avant mon temps

comme dans le cimetière vertical

qu’un jour mes mains moins ignorantes

parcourront

prénom par prénom

de ce gigantesque hommage

aux trente mille personnes torturées

assassinées disparues

durant mon adolescence

tu rejaillis par ma mâchoire

et prononces les paroles

d’une chanson sans passé

tu me hantes et me demandes

tout haut ou tout bas

pourquoi je vomis

ce que tu vomis

il existe dans mes artères

un modeste éclat

issu des nuits archaïques

quand la bougie est consumée

je me relève

et me pare de tes draps

feux de joie

s’entremêlent à ma gêne

j’étreins ta lumière affaiblie

comme je prononce

le mot embrasser

7 – Y a-t-il un site de poésie que vous nous recommanderiez et pourquoi ?

En général je fais de recherches sur les auteurs ou sur les maisons d’édition. j’aime leurs choix, leur analyse et la pluralité des poètes du monde qu’y sont présentés

9 – Y a-t-il une revue de poésie que vous nous recommanderiez et pourquoi ?

J’aime la revue culturelle L’INCONVENIENT par leur approche, qualité critique et choix éditoriaux. J’aime bien recevoir la revue LES LIBRAIRES pour me garder connecté un peu tout finalement, j’aime aussi lire la revue EXIT, car celles-ci me permettent de voguer, de comprendre, de m’inspirer mais aussi d’apprendre tout en restant traversée par les enjeux socioculturels et personnels. Ma voix prend souffle de la leur.

10 – Le mot de la fin

Merci pour cette invitation et merci pour faire vivre cet espace.

La poésie comme langage n’a pas seulement affecté mon intelligence, mais tout mon être, ma chair et mon sang, car celle-ci dans ma famille, n’était pas seulement un moyen de communication, mais aussi une passion, un plaisir et une forme de se soulever.

D’une certaine manière, la poésie ainsi vécue pourrait nous relier à un plan sensible qui va au-delà de la raison arbitraire du langage. Elle nous obligerait à plonger dans l’enchantement de l’intériorité, c’est-à-dire, dans la recherche du silence que les mots provoquent.

une fois dans l’averse

euphorique

je fuis les cyclones

qui s’abattent sur toi

au fond de la nuit

je sais franchir le ruisseau

les flaques

et les lignes précipitées de tes mains

qui tremblent

Voilà, un très grand merci chère Laura d’avoir joué le jeu du Questionnaire de P(oés)I(e), et pour ces réponses qui nous permettent un instant d’entrer dans votre riche univers. Je vous souhaite tout le succès que vous méritez amplement.

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Biographie

Originaire de l’Argentine, Laura Bari habite à Montréal depuis plusieurs années. Par le cinéma, l’écriture et le dessin, elle réunit dans son art : identité, santé mentale et éducation. Son approche interdisciplinaire lui permet d’ancrer et de libérer le visible et l’invisible dans un mouvement continuel vers l’autre. Réalisatrice d’une trilogie de longs métrages d’auteure, Antoine (2009) Ariel (2013) et Primas (2017), elle a vu ses films être largement diffusés et primés dans des festivals à travers le monde.

le corps est une maison sans grands-parents est son premier recueil de poésie.

Christophe Condello

Christophe Condello est poète, blogueur et directeur littéraire de la collection Magma Poésie chez Pierre Turcotte Éditeur.

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