Entre rupture intime et horizon collectif, la poésie de Lélia Young explore les zones de passage où le langage résiste, se transforme et ouvre un possible commun. Une écriture de seuil, attentive aux fractures du présent comme aux recommencements fragiles.
Petite mise en lumière – Lélia Young
Par Christophe Condello
La poésie de Lélia Young s’ouvre sur un monde à bout de souffle, là où l’être vacille et où l’espérance semble n’avoir plus que la forme d’un cri. Pourtant, de cette fracture même naît une parole qui rassemble. Le poème y avance comme un rêve éveillé, une traversée nocturne guidée par des constellations intérieures. La rupture, ici, n’est pas seulement douleur ou effondrement : elle est la ligne de fracture par laquelle la lumière peut entrer. Elle se manifeste comme une vibration première, l’ouverture fragile d’un possible commun. Entre obscurité et clarté stellaire, l’auteure dessine une poésie de seuil, attentive aux signes, tendue vers un recommencement qui engage non seulement l’individu, mais le destin partagé de l’humanité.
SANS TITRE
Le mot marche et survit il se solidifie tangible et passe la frontière
Il rythme le quotidien devient chair et voyage
Il se transforme dans l’onde qui le porte sans bruit sous les ailes d’un tourtereau
LA RÉVOLUTION POÉTIQUE
L’énergie d’un fleuve surgit de l’épaule vers l’ultime rencontre
L’homme affairé ne se soucie de rien Il a entre les mains l’arme atomique décuplée épée de Damoclès balancier du chantage
Je ne tiens pas à retourner sur un tapis volant le crayon à la main
L’épaule est plantée dans le temps ouvrier
C’est le passage de la révolution poétique
AVANCÉE VERS LE DÉROULEMENT
Pour ne pas enterrer son os vivre l’éphémère et surmonter la peur de perdre
L’essentiel dans la paix des corps n’approche pas l’œil
À LA RENCONTRE DE SOI
Nul horizon au sein de la chaleur
La tête baissée les jeunes regardaient le sol paver leurs pas en avant
Le temps s’abrégeait seul le présent assemblait faits et gestes
La poussière emportait hier et dissimulait demain
HORS DU CHAOS
L’évidence était aveuglante mais aucun langage n’arrêtait Babel
Le temps s’était figé dans cette première gargoulette savoureuse dans la cour de l’enfance
Le passé le présent et le futur rassemblés
Un souffle détecteur savait déjà que l’histoire se résumerait en un souffle au creux du regard boisé de l’arbre
LE VOYAGE
Force imaginaire éternel espoir
Sans fléchir voir les ténèbres les ignobles lâchetés
L’horizon se couche sur les naissances nulle crainte n’arpente un refus l’incohérence est à la frontière
Président et ministres sont présents Un festin est prêt pour les accueillir
Tout le monde en veston perle l’élégance mais l’absence règne dans la mondanité
La poétesse
Poète, essayiste et nouvelliste, Lélia Young est née en Tunisie. Elle a vécu en France, au Québec, au New Jersey, au Massachusetts et réside présentement à Toronto depuis plusieurs décennies. Elle a fait des études de linguistique et de littérature et détient un doctorat. Lélia est professeure au Département d’études françaises de l’Université York de Toronto au premier cycle et aux cycles supérieurs. Elle a collaboré, autant du côté de la critique et de l’étude des textes, que de celui de la création littéraire. Elle est l’auteure de nombreuses publications, dont Rupture et avènement, aux éditions Terre d’Accueil.
Message de Jean-Pierre Pelletier et Anatoly Orlovski:
Bonjour à toutes et à tous,
Nous avons le plaisir de vous inviter au lancement du tout dernier numéro de Possibles, dont le volet thématique a pour titre « Féminisme en tous genres », tandis que la section Poésie et création réunit des auteurs et autrices du Québec, du Canada anglais, de France, de Belgique et de l’Irlande, ainsi que des poètes de la Biélorussie et de l’ancienne Prusse-Orientale. Luc Lavallée rend un hommage au poète Yves Préfontaine (1937-2019).
Le lancement aura lieu le mardi 20 janvier à partir de 18h au Café L’Exode du Cégep du Vieux Montréal, situé au 255, rue Ontario Est, salle A3.84 (métro Berri-UQAM).
Un mini-récital de poésie, qui suivra la présentation des autres sections, devrait débuter vers 19h15.
Vous pourrez également participer ou écouter en ligne ; le lien zoom sera communiqué prochainement.
Des exemplaires de la revue seront en vente au lancement, au prix de 20$ pour le public ; comme de coutume, les collaborateurs et collaboratrices se verront offrir un exemplaire.
Au plaisir de vous y voir et de célébrer la parole vive !
Anatoly Orlovsky et Jean-Pierre Pelletier, responsables de Poésie et création à Possibles
Pierre Turcotte Éditeur est fier d’annoncer la publication dans sa Collection Magma Poésie du recueil De l’éclair naît la glaisedu poète québécois François Baril Pelletier.
De l’éclair naît la glaise est un voyage poétique où la lumière, la terre et la chair s’entrelacent pour sonder l’origine du geste humain. D’une parole vibrante, traversée de forêts intérieures, de rivières initiatiques et de ciels en mouvance, il s’impose comme un roman de questions qui contiennent toutes des réponses, une série d’énigmes éclairantes, celles qui ont été promises par ce monde même, un jardin pour les pauvres que nous sommes appelés à devenir. Au fil des pages se dessine une quête : retrouver, sous la poussière des masques et des saisons, la voix première — celle qui nomme, qui fouille, qui ravive. Le recueil avance par strates : le bleu des commencements, la glaise des corps, les vergers de l’avenir, l’océan des illusions et la brèche du poème où tout recommence. Les paysages y deviennent miroirs, les animaux messagers, et la nature un immense livre de signes où l’humain cherche sa forme. Entre célébration du vivant et méditation sur la disparition, l’écriture s’ouvre comme une clairière où naissent sens et silence. Ici, l’éclair n’est pas dévastation mais germination : un appel à lire le monde dans ses éclats, et à laisser la glaise des jours devenir lieu de renaissance.
François Baril Pelletier, peintre de formation, s’est depuis 2009 entièrement tourné vers la poésie, publiant une douzaine de livres en une quinzaine d’années. Son œuvre marie esthétique, thèmes universels et visions d’un nouveau réel. Né à Montréal, il réside désormais en Outaouais. Son parcours, riche en expériences, l’a mené à vivre et à étudier à Ottawa, à Montréal, ainsi qu’en France et en Italie. Récompensé à plusieurs reprises pour ses écrits, François Baril Pelletier a notamment été finaliste du prestigieux Prix du Gouverneur général en 2015 pour son troisième recueil, Les trésors tamisés. Depuis ses premières œuvres de jeunesse (1995-2009) jusqu’à ses premiers recueils, l’auteur a exploré un éventail impressionnant de styles et de sujets, écrivant près d’une quarantaine de livres. Pierre Turcotte Éditeur publie ses onzième et douzième recueils de poésie.
On peut acheter le livre numérique au format EPUB dans notre boutique au coût de 9,99€ (la version papier est en vente sur Amazon) :
BARIL PELLETIER, François. De l’éclair naît la glaise. Montréal : Pierre Turcotte Éditeur, Collection Magma Poésie, 2026, 107 p.
L’Abattoir – Un feu couve à Venise s’ouvre dans l’entre-deux du témoignage et de la poésie, dans cet espace tremblant où les genres se dissolvent pour laisser paraître l’expérience à vif. Confession, chronique de fin de vie, chant d’amour et méditation sur la perte : le texte avance sur un fil, traçant un seuil entre la vie et la mort, la lucidité et l’absence. La fragilité du monde, la puissance du verbe et la délicatesse des liens conjugaux forment la matière de cette œuvre où chaque mot devient geste, chaque silence, respiration.
Hier elle a débranché tous ses réseaux pour le sentir vivre. Plantée là, muette de sa douleur, les larmes coulaient sur sa tenue d’hôpital.
L’écriture, mouvante, entropique, semble chercher son propre équilibre dans l’effondrement. Le soin se transforme en acte d’amour extrême : il habite les couloirs hospitaliers, les gestes nocturnes, les chuchotements traversés par l’ombre. Les métaphores de l’eau, omniprésentes, tissent une coulée continue dans le récit : fleuves, marées, flux, autant de passages qui disent l’irréversibilité et la douceur, autant de courants qui accompagnent la mort sans jamais la dramatiser. L’agonie et le deuil apparaissent dépouillés, offerts dans une vérité qui fait de la présence et de la mémoire le dernier lieu du souffle.
Ce matin de soleil triste où ils comparent, pensifs, avec ce grand chirurgien, l’hôpital au monde carcéral. Et il lui répond : « Oui, mais ici nous sommes tous innocents ». L’impossibilité de se voir à cause de la pandémie, le téléphone, seul fil de vie.
Peu à peu surgit la reconstruction, fragile, patiente, dans un mouvement qui épouse la régénération de la nature et rappelle que la poésie demeure un espace de renaissance. Les fractures du monde contemporain, pandémiques, politiques, intimes, deviennent un contrepoint au deuil, intégrant l’expérience personnelle dans un horizon plus vaste. La correspondance avec Anne-Lise, espace de sororité et de partage, ouvre une zone d’écoute où les vivants et les morts se tiennent sous la même lumière.
Puis Venise s’impose : matrice, destin, miroir spirituel. Ville-corps, ville-palimpseste, elle apparaît vulnérable et invincible tout à la fois, reflet de la lutte intérieure de la narratrice. Le lion ailé, présence récurrente, incarne les tensions, les métamorphoses, le passage d’un état à un autre ; il veille dans un monde instable, tel un double mythique chargé de mémoire. L’histoire familiale nourrit cette sensibilité morale où la croyance devient éthique du soin, et la philosophie, une forme de résistance.
Paisible à la paume des flots, elle lève les yeux, éveillée brutalement par des bras de marbre, un visage de fauve, un lion saint, féroce et beau, qui annonce nos métamorphoses sur les marches du palais des Doges.
Le texte prend une dimension mystique et méditative, affirmant que la vie n’est pas à maîtriser, mais à accompagner. Il déploie une poétique de l’intervalle, où l’esprit, le silence et la subjectivité s’opposent à la froideur des institutions et à la rationalité instrumentale. Le récit s’organise en palimpseste, laissant affleurer l’allégorie personnelle et la critique sociale, comme si chaque strate de Venise révélait une vérité enfouie du monde contemporain. Dans cette ville-scène, traversée de lumière et d’effritement, la poésie demeure, fragile et incandescente, un chemin vers la liberté intérieure.
L’Abattoir – Un feu couve à Venise devient ainsi un itinéraire du deuil et de la tendresse, un rite où l’amour et la mémoire s’obstinent à résister à l’effacement. Mariana Thieriot signe une œuvre subtile, lucide, profondément humaine, où la beauté se gagne au prix de la lutte et où la littérature, toujours, ouvre un refuge, une résistance, une manière de continuer à vivre.
Un livre rare. Il suffit de suivre le fil de l’eau, de se laisser gagner par la lente incandescence. L’Abattoir mène là où la littérature devient lumière, présence, et feu qui couve encore.
Christophe Condello 10 décembre 2025
Mariana Thieriot Loisel est une philosophe, poète et peintre d’origine franco-brésilienne, vivant au Canada depuis 2006. Elle est membre du Centre de Transmission de Yoga le CTY à Montreal, de l’UNEQ à Montreal, du Centre International de Recherches transdisciplinaires le CIRET à Paris, de l’IP&M, l’institut de Psychanalyse et management à Paris. Depuis Octobre 2024 elle a assumé un poste de bénévolat en soins palliatifs et fin de vie. LA CONSCIENCE DU NON INTENTIONNEL Tous ses travaux se concentrent dans l’effort de délimiter les contours d’une conscience du « non intentionnel »: Une conscience que nous sommes agis inconsciemment par nos émotions et notre énergie et que nous devons composer avec cela grâce aux objets culturels, objets transitionnels, flottants qui circulent entre nous. En effet nous pouvons nous positionner et composer avec ce qui nous arrive, non intentionnellement. Nous le pouvons et parfois nous le devons. Nous sommes ce que nous faisons avec ce que la vie et les autres font de nous. Elle vit à Montréal et se partage entre la poésie, la peinture et la philosophie où elle tente de comprendre l’interaction entre nos émotions et notre énergie et finalise un nouveau projet : relier le non intentionnel et la conscience. Gros défi! Docteure et Post docteure dans les domaines de la philosophie et l’éducation, pour pouvoir gravir les pentes de la connaissance, elle a développé une étude sur la place du yoga et de la méditation pour la canalisation des émotions humaines grâce à une régulation de notre énergie, lorsque nous sommes confrontés à des douleurs et à des crises. C’est à dire à chaque jour!
Revue Cosmopolis: Classiquement conçue à l’horizon d’une humanité régie par des valeurs universelles au sein d’un ordre juridique et politique cohérent, l’idée cosmopolitique se présente aujourd’hui, sous la pression des transformations sociales, politiques et écologiques de la Planète, comme un impératif pratique qui conditionne la survie de l’humanité. Loin du mythe des Anciens, elle se conçoit comme la construction d’un espace public mondial à l’horizon d’un ordonnancement complexe et pluriel, qui concilie la communauté de destin de l’humanité et la diversité des cultures, des sociétés et des États. Le complexe humain se doit dans ce but de confronter les modèles sociaux, politiques et culturels qui prétendent à la légitimité universelle.
Revue semestrielle créée en 2007, Cosmopolis s’appuie sur un Conseil éditorial international de spécialistes de divers domaines, dont l’objectif est d’aborder sous un jour neuf le projet cosmopolitique. La revue publie des articles commandés, des articles acceptés par le Comité de lecture, des recensions, opinions et commentaires relatifs aux conceptions de ce que pourrait ou devrait être un ordre mondial au départ des institutions internationales actuelles ou réformées, des propositions de la société civile inter/transnationale, des rapports entre les communautés culturelles et de toute visée originale d’un avenir humain qui reste incertain.
Un grand merci au professeur, rédacteur et éditeur Paul Ghils.
Un regard sur Là où je t’inviterai de Pierre Turcotte : une poésie d’intimité et de vie quotidienne, commentée par Christophe Condello.
Petite mise en lumière – Pierre Turcotte
par Christophe Condello
Là où je t’inviterai est le neuvième recueil de poésie de Pierre Turcotte. Dans sa démarche poétique, il cherche à identifier la trajectoire humaine dans l’univers des choses ordinaires et courantes, ainsi que les sensations qui font de l’homme un être perméable et créatif. Une poésie d’intimité et de vie quotidienne où l’espace de vie est fragmenté et ouvre des dialogues avec des dépendances amoureuses.
Poèmes choisis
***
Tu t’en iras bouche ouverte paupière close
dans une course d’usure dans une asthénie
tu ne jetteras pas en arrière un regard mielleux estomaqué
tu inséreras ton doigt dans d’autres oreilles souffleras sur d’autres yeux
le vent restera stupide tu éplucheras d’autres lèvres muettes
c’est ce que tu feras si tu as pitié de moi
t’aimer dévore le vide jusqu’à n’être plus rien
te laisser partir brûlure antarctique impossible à contenir
***
Où vont ces famines réductions conquêtes égratignures
vers des peines d’amour qui ravagent le cœur en l’instruisant pauvre chose toujours prête à courir
je regarde au loin l’allégresse passe rétablissant toujours nouvelle sa propre durée
mon cœur apprend de sa propre horloge
***
Tu attireras l’offrande enflammeras ma jalousie divinité incendiaire entre mes doigts
je m’élancerai vers toi en consumant ma vie
je sentirai ta présence incandescente sur ma peau rougie et sensible celle du scorpion brûlé par le soleil
j’aurai envie de t’agiter en l’air comme un éventail en criant ma joie ma foi
***
Je me laisse prendre au ravissement comme un chat à sa pelote de laine
une lumière bienfaisante émane du cœur blessé laisse une cicatrice d’amour
tous les astres te demandent d’orner mon ciel de nuit
***
Je vais me suspendre malgré ma peur à un de tes cils par désir d’être secoué
la lisière des champs marque la première lumière
je souhaite te construire une ville
il ne restera plus d’impénétrables sentiments serrés contre toi
un pas de deux sous un horizon de sourcils
Le poète
Pierre Turcotte, d’origine canadienne, vit à Málaga (Espagne) depuis 2016, a complété une maîtrise en Études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM, 1999). Fondateur de la maison d’édition digitale et multilingue Pierre Turcotte Éditeur. Auteur de neuf recueils de poésie. Publié au Canada, en France, en République Démocratique du Congo et au Mali. Sa pièce de théâtre Les mandés (Finaliste du Prix MILA du Livre Francophone 2022) et son recueil Étoiles d’ombre ont été traduits en russe. A aussi publié des poèmes, nouvelles, essais et articles, en français, en espagnol et en anglais, dans des revues et anthologies canadiennes, françaises, belges, suisses, espagnoles, argentines, péruviennes, colombiennes, mexicaines, britanniques et américaines.
Pierre Turcotte Éditeur est fier d’annoncer la publication dans sa Collection Magma Poésie du recueil Prologues du poète québécois Blaise Gaulin.
nous n’avons plus que ce fleuve qui prend des proportions de mer
qu’une langue brisée gardant l’empreinte confuse de la source et l’intuition du large
nous voici au premier jour tandis que l’horizon s’achève et que personne n’entend
qui donc viendra voguer sur notre peau
Blaise Gaulin est originaire de Rimouski. Il détient une maîtrise en études littéraires de l’Université Laval. Il demeure désormais à Verdun et enseigne la littérature au cégep André-Laurendeau. Son activité créatrice se partage entre la musique et la poésie. Cette dernière constitue pour lui un acte de présence au quotidien, un moyen de rester près de l’essentiel. Prologues est son premier recueil de poèmes.
On peut acheter le livre numérique au format EPUB dans notre boutique au coût de 9,99€ (la version papier est en vente sur Amazon) :
3e MARCHÉ DE LA POÉSIE DE LILLE . LE TRIPOSTAL . 12>13>14 DÉCEMBRE 2025
Le 3e Marché de la Poésie de Lille – co-organisé par le Centre littéraire Escales des lettres et l’association c/i/r/c/é (Marché de la Poésie de Paris) – vous donne rendez-vous les 12, 13 et 14 décembre 2025 au Tripostal, précédé des Escales du Marché, une série de rencontres poétiques qui ouvrira les festivités dans de nombreuses villes de la Métropole Européenne de Lille du 26 novembre au 11 décembre.
Plus de 300 maisons d’édition, revues et poètes venus de la Région, de la France entière et de l’étranger… Plus de 2.000 m2 d’une étonnante effervescence accueillant les nombreux stands des éditeurs… Des rencontres, des débats, des animations, une exposition, des ateliers et des lectures… Cette année encore Lille sera au rendez-vous de la poésie avec son Marché de la Poésie, devenu en deux années le plus important salon du livre de la capitale des Flandres.
Lecteurs passionnés ou occasionnels, visiteurs érudits, connaisseurs ou tout simplement curieux, venez pousser les portes de cette 3e édition aux allures de Marché de Noël de la Poésie. Des allées foisonnantes du Marché aux échanges, débats et lectures de la Scène poétique, laissez-vous guider pendant trois jours par votre soif de découvertes littéraires, par votre gourmandise poétique et par le hasard des rencontres avec les éditeurs et les auteurs.
Bon Marché de la Poésie de Lille à toutes et à tous !
Ludovic Degroote et Ludovic Paszkowiak Yves Boudier et Vincent Gimeno-Pons Président et Directeur d’Escales des lettres Président et Délégué général de c/i/r/c/é
Dans cette sélection présentée par Christophe Condello, la poésie de Mimoza Ahmeti déploie ses zones vibrantes, entre solitude, clarté intérieure et visions métaphysiques.
Petite mise en lumière – Mimoza Ahmeti
Par Christophe Condello
La poésie de Mimoza Ahmeti explore les zones instables de la conscience, là où solitude, perception et métaphysique se croisent. Dans ces textes, l’être traverse des espaces intermédiaires, entre lucidité tranchante et visions presque cosmiques. Ses poèmes interrogent la cohésion du moi, ses illusions, ses retours, ses éclats. L’humain y apparaît en mouvement constant, toujours menacé par la perte, toujours aimanté par la lumière. Une voix qui scrute l’invisible pour révéler les tensions secrètes du réel.
Pauvres notions
Pauvres notions, de la solitude spatiale que vous composez, je passe par inertie en même temps que vous dans mon espace ne comprenant que moi, comme dans une ville soudain abandonnée de tous avec un sentiment absolu de non-retour (ce qui, je sais, ne peut se produire).
Pauvres notions, restées en l’air, étrangères à toute relation, parce que, misère et splendeur à la fois, je ne sens plus rien.
Le principe discret
J’appartiens au principe discret sans nom, sans forme, sans culpabilité. Il agit comme « intermédium ». Il vient comme un rêve vert en mai avec un sourire spin.
Cette matrice de totalité secoue les murs du tout d’une balade soufflée.
Je vais, reviens et retourne dans mon moi, Je me sens comme un œil clair azur, qui centre et disperse la clarté.
Et je m’en remets à chaque folie parce que la vérité n’est jamais là, mais l’espace et la grâce figurant le moi, qui croit en son petit ciel, immensément, Et toute la foi enracinée dans l’illusion, illusion après illusion, jusqu’à la cohésion.
Le principe discret agit sans arrêt Un bras dans le maintenant et l’autre dans l’éternité avec fatal retard chaque douleur – allumée!
Il y aura des surprises
Quand tous nos plans seront étroitement nivelés Quand tous les angles tomberont dans un plan Quand le cœur des perles coulera du coin des yeux Et apparaitra l’invisible qui éclaircit le plus évident.
Alors adviendra l’adieu aux sens Le cerveau sentira sans toucher Notre appétit des sens s’étiolera lentement,
Mais restera une blessure sanglante Où donc s’en va cette créature absolue En perdant le sens de la solitude Est-ce que l’UNIQUE est suffisant ?
Le secret du secret était si simple : La vie de la balle dans la visée de l’objectif orientée par la direction.
Où donc pars-tu, étoile, homme réuni, Avec ton cyber sourire ?
Souviens-toi que tout bouge tandis que tu bouges L’objectif est décevant, car il se déplace.
La Perte vient avec le Temps La Victoire avec l’Espace
Mais tout sera avalé, digéré jusqu’à disparition et renaîtra. Le Désir existe au-delà Tout comme Dieu.
Victoire
S’il avait mis la victoire dans un lieu secret, afin que personne ne la voie,
afin que personne ne le sache…
C’était le plus grand mal qui lui soit jamais arrivé…
Quelqu’un s’est perdu, pour qu’il puisse vaincre, fut mortellement blessé par sa victoire, diminué, défiguré…
Il a fui la victoire, quand elle l’a attrapé, Il l’a cachée dans le plus vieux coffre comme le plus nouveau danger…
Crédit photo : Ornela Vorpsi
La poétesse
Mimoza Ahmeti est une écrivaine et poétesse albanaise. Elle fait des études de lettres à l’Université de Tirana. Elle obtient un MBA, à l’Institut universitaire Kurt Bosch, de Sion, en Suisse et un PhD à l’université Sigmund Freud de Vienne, ainsi qu’un post-doctorat à la SFU de Paris. Elle travaille comme enseignante-chercheuse à l’université dans différents domaines.
Sa poésie a reçu la palme d’or au Festival de poésie de San Remo en 1998, remise entre ses mains par le grand poète Adonis. Depuis 2019, elle anime, à la télévision nationale, à Tirana, une émission culturelle. Elle est qualifiée d’enfant terrible par l’Albanologue Robert Elsie.
Nous avons le grand plaisir de recevoir aujourd’hui au questionnaire de P(oés)I(e), l’artiste multidisciplinaire Laura Bari.
Présentation :
Née en Argentine, Laura Bari est une artiste multidisciplinaire qui vit à Montréal. Elle choisit film, écriture, peinture et installations pour réunir les Arts, la culture et la santé mentale dans ses projets.
1 – Qu’est-ce qui vous a amené à la poésie ?
La poésie est dedans nous, elle nous mène. Il s’agît d’une pulsion qui se loge entre celles de la vie et de la mort. Elle est propre aux battements et au souffle, peu importe la langue dans laquelle elle s’incarne. La poésie est peau, terre et musique. Mes parents lisaient et chantaient tout le temps. Ma mère – qui avait une magnifique plume – enseignait en philo et lettres et mon père travaillait en sciences. Pour moi, autre les restrictions économiques qui ont su activer mon imaginaire durant l’enfance et l’adolescence, à Mendoza, Argentine, une des sources de ma création poétique est l’impact déterminant de mes lectures. À la maison, on lisait du matin au soir. J’avais découvert une cachette contenant certains livres interdits par la dictature, Parmi les auteurs Argentins interdits, je pouvais y trouver : Bornerman, Devetach, Gambaro, Puig, Saer, Quiroga, Arlt, Walsh, Copi, Piglia, Cortázar ; pour ne nommer que quelques-uns. Et parmi les auteurs étrangers interdits, j’y trouvais : Baudelaire, Mao Tsé-Toung, Carrol, Ovid, Shakeaspeare, Wiltman, Burgess, Burroughs ; comme tant d’autres.
Ces lectures m’ont ouvert l’esprit, le cœur et le corps, m’offrant une base archétypale pour développer ma perception du monde et à la vision de l’artiste que j’allais devenir. Ainsi l’invisible, l’interdit, le contexte géographique et le temporel, la violence sociale, l’ambiguïté ontologique et l’image poétique, seront pour moi à partir de là et pour toujours, non seulement matière à création, soit cinématographique, littéraire ou picturale, mais matière à penser et à agir; une manière de vivre, d’être, de créer
2 – Pouvez-vous nous indiquer un livre que vous aimez particulièrement ?
Ay ay ay. Choisir est renoncer. Ma maison à Montréal s’est inondée cet hiver. Deux mille livres mouillés. J’ai fait le tour de chacun, les touchant avec la lenteur de l’adieu. Lequel choisir maintenant? Celui de l’enfance, celui de l’adolescence ou encore ceux de l’âge adulte; en espagnol ou en français ? Alors je pourrais dire Alice au pays de merveilles, de Lewis Carrol; et « Historia universal de la infamia », de Jorge Luis Borges ; ou encore l’œuvre réunie de Alejandra Pizarnik.
3 – Pouvez-vous nous dévoiler un ou deux de vos poètes préférés et pourquoi ?
Il m’est difficile de répondre à cette question, car je dirais que c’est celui que je suis en train de lire maintenant. Il y a eu des poètes en espagnol pour mes premiers vingt ans, puis Borges a su influencer ma façon de réfléchir, car je restais attrapée par sa prose poétique, par sa maitrise intellectuelle et par sa vaste culture cosmopolite. Son écriture brève et concise de tracer l’imaginaire. Ce sont sa métafiction et sa façon érudite d’inventer des énigmes, profonds et motivants pour moi et pour mon ignorance toujours assoiffée. J’allais chercher le sens étymologique, géographique et généalogique de ses citations, je comprenais qu’il inventait mais pas autant. Sa capacité aiguë pour inclure philosophie, métaphore et métaphysique me provoquaient un rang des vécus fébriles complet. Mais je n’aimais pas la personnalité de l’homme ni sa pensée politique. Voilà un défi pour l’adolescente que j’étais et pour l’adulte que je suis devenue. Son érudition et sa façon de lire, tout comme son œuvre ont certainement configuré des préoccupations interdisciplinaires chez moi.
Emily Dickinson touche mes cordes les plus intimes, non seulement par son œuvre monumentale sinon parce qu’elle s’isole pour écrire, soit pour crier la liberté depuis ses poèmes, soit par sa passion qui nous fait voguer entre le concret et l’abstrait avec une fluidité et une synthèse uniques. J’aime sa ponctuation non conventionnelle, sa profondeur intellectuelle, son amour pour la nature et par l’exceptionnelle de son œuvre considérant l’époque dans laquelle elle a vécu. De l’œil à l’âme, à la poursuite du « Fini — doté / De l’Infini —
J’aime profondément la poésie de Martina Tsvetaeva, tout comme son esprit libre et rebelle. Elle dédie sa vie à écrire, à résister à l’exil et aux persécutions politiques. Elle manque de reconnaissance, de mérité, et d’amis, mais elle change assurément la vie de ses lecteurs. « Tout poète est par son essence un émigré », chassé de son pays d’artistes. « — L’existence elle-même exile »
4 – Quelle est votre dynamique d’écriture ?
La poésie se présente et elle demande d’être écrite comme une façon de maintenir l’intériorité éveillée, comme si écrire me faisait intégrer le flux de la conscience, je me laisse aller sans m’arrêter. J’écris constamment, partout, avec une plume d’encre sur différents carnets, sinon sur de bouts de papier et de carton trouvés, sur les marges et les bas de pages, sur mon avant-bras et par la suite, je passe à l’ordinateur pour transcriptions et corrections.
J’écris comme ma pensée circule, soit en français, en espagnol ou en anglais. Tout comme pour mes films, mes tableaux ou mes écrits, il existe un moment ou l’œuvre dans sa trajectoire de création apparait avec clarté, tout comme son âme, ses aspects et sa structure. Une fois que la structure de l’œuvre apparaît, je m’enferme jour et nuit et organise l’ensemble jusqu’à arriver à une solide première version.
Par la suite, quelques temps après je reprends l’ensemble des écrits, comme s’il s’agissait d’un acte qui voudrait honorer la vie durant une période de destruction mais tout en recréant un contexte fertile pour entendre la diversité des voix et des perspectives que s’y sont présentés. Ainsi j’ose laisser les mots et les concepts me guider dans la construction. J’ai choisi la poésie en tant que genre littéraire car elle possède un pouvoir particulier pour la construction de la subjectivité. Ce travail fut fabuleux et définitif pour signer mon premier recueil de poésie, lequel soutenue par le Conseil des Arts du Québec, se termine avec la révision d’une fantastique collègue qui me coach, Geneviève Letarte, et par la merveilleuse Melissa Labonté, mon éditrice des éditions du Noroît.
5 – Pouvez-vous nous présenter votre dernier recueil, sa naissance, son thème, ses inspirations ?
Mon premier livre, Le corps est une maison sans grands-parents, est le résultat d’un long parcours, à la fois conscient et inconscient, qui m’a permis d’habiter pleinement cette quête poétique et de plonger dans les méandres de l’identité.
Dans un village d’Argentine, la maison familiale est mourante. On y entre comme on entre dans le corps de l’enfance, chargé d’un passé dense. Maison et corps, lieux évidés, adultes et enfants du passé se fondent dans la mémoire de celle qui narre et y survivent. Les faits ont eu lieu à une époque où la démocratie et la liberté ont été abruptement mises à mal par la plus longue dictature de ce pays. Dans un processus qui tient de l’étrangeté, les voix absentes de ce lieu retrouveront leurs souffles. Le corps de celle qui passe et dit, se transformera en maison qui meurt, et cette maison se transformera en corps qui transcende
Malgré le fait que l’espagnol est ma langue maternelle, le français fut ma langue de choix. Ce recueil fut écrit totalement en français, comme si une deuxième langue pouvait donner place à l’altérité d’une psyché encore craintive, cachée minutieusement par ses expériences marquantes, hâtives et lourdes. Ce recueil propose un séjour dans un monde qui synchronise passé et présent, autre que pour le questionner ce serait pour faire face aux fluctuations de l’expérience humaine à travers le temps, l’espace et la mémoire: un univers vertigineusement irréel qui trouve un sens dans le monde réel. Évoquer ainsi les expériences vécues par un enfant de classe moyenne-éduquée, soit en démocratie ou en hégémonie, donne un sens à mes choix, à nos choix; car leur réalité – voir la nôtre a très peu changé, voir elle a empiré avec le temps.
6 – Pouvez-vous nous en offrir un ou deux extraits ? (TU PEUX CHOISIR si tu veux moins ! )
vivre n’est pas obligatoire
à peine terminées les retrouvailles
je ne sais d’où te regarder
sinon depuis ce gouffre
qui m’accompagne
ma poitrine a cessé d’écouter
les ordres et les discours
mon avidité reste entière
va à ta recherche
et dit toujours sa vérité
tout comme le bois
de ma tête fendue
—
les arbres sans fleurs nous parfument
et me font des trous dans la tête
appelée par leurs cris
je sors de mon corps
et bouge plus vite que les adultes
la voilà encore enfuie
cette marimacho sans remède
disent-ils
et moi je cours
avec les chiens porteurs de rage
jusqu’à nous emparer
de tous les terrains vagues
du quartier
la poussière dans ma gorge
avale une crainte après l’autre
—
il existe toujours
ce coin du jardin
où les livres furent brûlés
à trois heures du matin
je sors
hurle
cours
et fais déborder le massacre
qu’elle se recouche toute de suite
— dit mon père sans élever la voix —
lui qui aimait plutôt lever la main
ils subsistent encore des coins
où habitent les mensonges
on les évite
on les tait
on s’exile
—
je te casse les oreilles chère maison
quand je me prends les doigts
dans tes croisillons peu avenants
mue par un désir curieux
je gratte les abeilles desséchées
sur le mur de briques
ici et là
tes secrets sont restés pris
depuis le temps d’avant mon temps
comme dans le cimetière vertical
qu’un jour mes mains moins ignorantes
parcourront
prénom par prénom
de ce gigantesque hommage
aux trente mille personnes torturées
assassinées disparues
durant mon adolescence
—
tu rejaillis par ma mâchoire
et prononces les paroles
d’une chanson sans passé
tu me hantes et me demandes
tout haut ou tout bas
pourquoi je vomis
ce que tu vomis
—
il existe dans mes artères
un modeste éclat
issu des nuits archaïques
quand la bougie est consumée
je me relève
et me pare de tes draps
feux de joie
s’entremêlent à ma gêne
j’étreins ta lumière affaiblie
comme je prononce
le mot embrasser
7 – Y a-t-il un site de poésie que vous nous recommanderiez et pourquoi ?
En général je fais de recherches sur les auteurs ou sur les maisons d’édition. j’aime leurs choix, leur analyse et la pluralité des poètes du monde qu’y sont présentés
9 – Y a-t-il une revue de poésie que vous nous recommanderiez et pourquoi ?
J’aime la revue culturelle L’INCONVENIENT par leur approche, qualité critique et choix éditoriaux. J’aime bien recevoir la revue LES LIBRAIRES pour me garder connecté un peu tout finalement, j’aime aussi lire la revue EXIT, car celles-ci me permettent de voguer, de comprendre, de m’inspirer mais aussi d’apprendre tout en restant traversée par les enjeux socioculturels et personnels. Ma voix prend souffle de la leur.
10 – Le mot de la fin
Merci pour cette invitation et merci pour faire vivre cet espace.
La poésie comme langage n’a pas seulement affecté mon intelligence, mais tout mon être, ma chair et mon sang, car celle-ci dans ma famille, n’était pas seulement un moyen de communication, mais aussi une passion, un plaisir et une forme de se soulever.
D’une certaine manière, la poésie ainsi vécue pourrait nous relier à un plan sensible qui va au-delà de la raison arbitraire du langage. Elle nous obligerait à plonger dans l’enchantement de l’intériorité, c’est-à-dire, dans la recherche du silence que les mots provoquent.
une fois dans l’averse
euphorique
je fuis les cyclones
qui s’abattent sur toi
au fond de la nuit
je sais franchir le ruisseau
les flaques
et les lignes précipitées de tes mains
qui tremblent
Voilà, un très grand merci chère Laura d’avoir joué le jeu du Questionnaire de P(oés)I(e), et pour ces réponses qui nous permettent un instant d’entrer dans votre riche univers. Je vous souhaite tout le succès que vous méritez amplement.
Biographie
Originaire de l’Argentine, Laura Bari habite à Montréal depuis plusieurs années. Par le cinéma, l’écriture et le dessin, elle réunit dans son art : identité, santé mentale et éducation. Son approche interdisciplinaire lui permet d’ancrer et de libérer le visible et l’invisible dans un mouvement continuel vers l’autre. Réalisatrice d’une trilogie de longs métrages d’auteure, Antoine (2009) Ariel (2013) et Primas (2017), elle a vu ses films être largement diffusés et primés dans des festivals à travers le monde.
le corps est une maison sans grands-parents est son premier recueil de poésie.
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