L’ÉCHO DES RAILS…
-Je viens en solitaire…
Je le suis toujours dorénavant…
Depuis que je me sens largué…
De ce monde trop illuminé…
-Petit à petit…
Je comprends…
Ce malaise…
Qui m’habitait…
-Tu étais d’ici…
Tu es venue là-bas…
Pour faire ta vie…
En quête d’épanouissement…
-Tu étais jeune…
Ne sachant pas encore…
Qui tu étais…
Encore moins celle que tu voulais être…
-Ici dans ton bled charmant…
Comme tu l’appelles…
Tu t’y reconnais trop bien…
Pour savoir être l’autre…
-Cette qui couvait en toi…
Celle que tu voulais découvrir…
En la façonnant d’expériences…
Qu’il te manquait de vivre…
-Je me souviens la fois…
Où tu m’avais dit…
Que tu avais tant à vivre…
Que tu ne saurais te contenter d’exister…
-Tu étais artiste…
Ta flamme pilote…
En était une créatrice…
Elle te brûlait l’âme…
-Plus d’une fois…
Tu l’as vendue…
Pour voir jusqu’où…
Tu pourrais aller…
-Ta flamme…
Aussi ardente que le volcan…
Te gardais dans cette effervescence…
Aussi euphorique que déstabilisante…
-Tu ne savais…
Qu’être intense…
Le reste…
N’en voulait pas la peine…
-Alors tu es partie pour là-bas…
Là-bas…
Cette grande ville effervescente…
Où rien ne semble se vivre à moitié…
-Chaque oasis…
A ses mirages…
On peut tant…
Se perdre dans la déroute…
-Mais avant de s’y perdre…
Il est exaltant…
D’emprunter le labyrinthe…
Celui des prismes déformants…
-Mais l’exaltation…
Est bonne à ressentir…
Elle nous insuffle…
Le sentiment d’être…
-N’en définissant pas pour autant…
Qui l’on est…
Si ce n’est que…
Ce qu’on projette…
-On dit que vivre…
Doit être exaltant…
La passion est exaltante…
Mais n’est-elle qu’excessive…
-À ne voir que…
Les feux d’artifices la nuit…
En vient-on…
Moins voyant le jour…
-Les influences de nuit…
Où d,un monde extrême…
Ne sont-elles qu’exutoires…
Ça dépend si on n’y fait qu’errer…
-Monde d’artifices…
Mirages et leurres…
Quand on fait de ce virtuel…
Notre réalité imaginaire…
-Et là-bas…
J’y étais…
Et on s’y est rencontrés…
Pour y errer ensemble…
-Chacun s’imaginant…
Avoir des aspirations à assouvir…
Alors que les assouvir…
Ne les comble pas nécessairement…
-La vie est une quête…
Où de nouvelles attentes…
Se créent à chaque pulsation…
Du cœur qui cherche son âme…
-Celle qu’on en vient à oublier…
Celle qu’on a négligé d’arroser…
Pour qu’en nous germe…
Sa magnificience…
-Mais l’âme…
N’est que latence…
L’âme ne cause pas de palpitations…
Elle n’attend que d’émerger…
-Alors que trop souvent…
On la perd…
Parfois elle s’éteint…
Dans une profonde léthargie…
-À trop vouloir vivre…
On vient insensible…
À sa détresse…
On ne l’entend plus…
-On lui fait la sourde oreille…
Pour ne plus entendre ses lamentations…
On parle des cris du cœur…
Alors qu’on tait les hurlements de l’âme…
-Vols nocturnes…
À planer au-dessus du monde…
On se donne l’impression…
De le dominer…
-C’est surtout qu’à la pénombre…
Tout s’atténue…
Alors qu’au réveil…
Tout est trop éblouissant…
-Telle la chauve-souris…
Qui hante les forêts la nuit…
Tu auras le réflexe…
De te cacher le jour…
-Et ces jours…
Même et surtout…
Peuvent devenir harassants…
Quand nous ne savons devenir…
-Avoir tout fait pour être…
Alors qu’on n’a pas su…
Faire germer le nous en nous…
Cruelle déception…
-À trop se chercher…
On se perd…
C’est si effrayant…
De ne savoir être…
-Ici comme tous tes ailleurs…
Tu ne sais être…
Ni même devenir…
Alors que tu y aspires tant…
-L’un pour l’autre…
Ange ou démon…
Nous pataugions…
Dans les mêmes ténèbres…
-Puis il y eu cet aurore…
Ou au lever du jour…
Tu n’étais plus là…
Plus là…
-Après t’être tant cherchée…
Sans t’avoir trouvée…
Tu es retournée…
Dans ton charmant petit bled…
-La quête de soi…
Comme bien des ruées vers l’or…
Ont laissé bien des prospecteurs…
Revenir bredouilles et penauds…
-On m’a dit…
Que tu avais embarqué…
Dans un train…
Qui mène à ton bled…
-Comme trop souvent…
Sur le chemin des rails immuables…
Il n’y a qu’ici…
Ou là-bas…
-On ne peut bifurquer…
Entre l’avant et la suite…
Comme si le destin…
N’était tracé qu’en ligne droite…
-Ton essence même…
Ton âme d’artiste…
Aurait tant voulu…
S’égarer sur de petits chemins alternatifs…
-On m’a dit…
Qu’au bout des rails…
Rendue à ton charmant bled…
Tu t’y es couchée…
-La nuque et les jambes…
Sur le fer froid et dur…
Pour bien ressentir les vibrations…
Du prochain train à venir…
-Depuis lors…
À cet endroit précis…
On dit que les rails rouillent…
Oxydés du rouge de ton âme meurtrie…
-Moi par ici…
Le lendemain je suis venu…
Pour voir ton charmant bled…
Pour ressentir celle que tu étais…
-Depuis lors…
J’erre ici et là…
Le long de ce chemin de fer…
Qui t’aura rapproché et éloigné de moi…
-Ces rails…
Aussi durs…
Comme tant d’existences…
Qui se cherchent…
-Qui cherchent leur âme…
Sans en remarquer la représentation…
En cette petite fleur aux couleurs vives…
Qui sait pousser dans la roche et le cambouis…
-Je reste ici…
Aux alentours…
À regarder les rails rouiller…
Car je sais bien…
-Oui je sais…
Que ton cœur et ton âme…
Rongent le rail…
Que trop de limites t’aura imposées…
-Ce chemin de fer détruit…
On saura peut-être alors…
Tracer de nouveaux parcours…
Où plus se reconnaîtront…
-Sans avoir pu sauver ton âme…
Tu auras été l’architecte.
D’un monde moins stigmatisé…
De tant de rigueurs immuables…
-Moi je reste ici…
À errer dans ton charmant petit bled…
Me berçant de mes songes de toi…
Espérant que le prochain train déraillera…
Xxx








