Parmi les petits métiers d’autrefois, on distingue les « raccommodeurs de faïence ». Les objets en céramique étant assez chers, il était d’usage courant de les faire réparer par des artisans ambulants pour leur donner une nouvelle vie.
Jusqu’au milieu du XXè siècle leurs appels retentissaient dans toutes les villes de France. C’étaient de petits artisans qui circulaient dans les rues en portant une boîte en bois contenant leurs outils et sur laquelle ils s’asseyaient pour effectuer leur travail.

Ils recollaient les morceaux, d’une assiette par exemple, comme ils pouvaient, en utilisant des colles d’origine animale qui se desséchaient en jaunissant avec le temps. Ils consolidaient leur réparation avec des agrafes en fer introduites dans de petites perforations faites au burin. Les manques étaient comblés avec une sorte de mastic de vitrier. Cela défigurait la pièce, mais avait pour avantage d’en prolonger l’usage domestique.


Le procédé daterait du commencement du XVIIIè siècle et aurait été inventé par un sieur Deslisle, originaire de Montjoie en Basse-Normandie. Les fabricants de faïence protestèrent : si on répare la faïence, on risque de moins en vendre. Mais les bourgeois s’unirent aux raccommodeurs en faisant valoir les avantages de l’opération pour chacun, et obtinrent un jugement qui évinça les fabricants.
Plus tard, les restaurateurs cherchèrent à rendre leur réparation invisible et la porcelaine se répara avec un mastic composé de céruse et de blanc d’œuf, puis on utilisa des colles époxydes à base de résine synthétiques. Ces nouveaux procédés eurent raison de cette petite industrie.


Le raccomodeur de faïence
Descoq – Soler – 1929
Extrait MP3 par Berthe Sylva
Dans un des plus beaux quartiers de Paris
Aux Champs-Elysées, près de l’avenue
Un bonhomme hirsute aux longs cheveux gris
Va déambulant à travers les rues
Machinalement, tout en inspectant
A chaque fenêtre anxieux il s’arrête
Bougonne ou sourit, et parle simplement
Faisant raisonner bien haut sa trompette
Il joue ses airs les plus jolis
Et chante ce refrain de Paris
Je suis le raccommodeur
De faïence et de porcelaine
Raccommode objets de valeur
Choses modernes, choses anciennes
Je répare bien des malheurs
Ainsi j’évite bien des peines
Je suis le raccommodeur
De faïence et de porcelaine
Il advint qu’un jour un petit gamin
Guettait l’artisan au coin de la rue
Dès qu’il l’aperçu loin sur le chemin
Il courut à lui et dit l’âme émue
Monsieur petit Père a dit ce matin
A Maman chéri qui pleurait sans cesse
Tu as brisé ma vie et nos doux liens,
Tu as brisé mon coeur et pris sa tendresse
Pour que maman cesse ses pleurs
J’vous en prie monsieur v’nez vite
Raccommoder leurs coeurs
Je suis le raccommodeur
De faïence et de porcelaine
Mais pour raccommoder le coeur
De ton papa, ma science est vaine
Pour réparer ce grand malheur
Toi seul a ce pouvoir suprême
Mois, je ne suis que raccommodeur
De faïence et de porcelaine




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