Elles sont arrivées, toutes fraiches, chez nous.
On s’est presque fait la bise tellement c’est différent d’accueillir chez soi, au lieu d’un petit bureau étriqué.
Bon, OK, on ne les a pas accueillies comme n’importe qui.
On a récuré, rangé, épuré.
On a mis en scène notre vie parfaite et dynamique.
On a même repeint la porte d’entrée écaillée, et Tichéri a nettoyé les plinthes de la maison, c’est dire!
J’aurais pu brosser les dents des chats et mettre du vernis sur les ongles des poules si j’en avais eu le temps.
On avait même pensé au goûter, le fils de Tichéri devant faire partie de la fête de l’entretien, en fin de journée, juste au retour du collège (et là, c’est un estomac sur patte).
Quand j’ai évoqué l’idée de faire un gâteau maison (sans gluten et bio, bien sûr), Tichéri a fait les gros yeux. Ok, j’ai acheté des Spéculos.
On a été un peu déçus parce qu’elles n’ont pas visité la maison. Elles nous ont relu le descriptif de l’agrément numéro 1, et bien sûr, même maison, rien n’a changé.
- ben si, on a repeint la porte d’entrée.
- ben si, on a 1M2 de couches premier âge et une armoire pleine à craquer de petits habits et une poussette et une table à langer et ses tiroirs gavés de biberons et un lit à barreaux camouflé dans le placard et …
- ben si, on a un poulailler super chouette…
Bon, finalement, on a acquiescé, oui, oui, tout est pareil, on n’a pas rajouté, ni enlevé de pièces. On n’a rien dit de plus.
Mais quand même.
Même le fils de Tichéri avait rangé sa chambre…
J’imagine que le salon rangé et coloré (avec les baies vitrées nickel, faites et refaites, purée de pluie de crotte!!) leur ont donné un aperçu du reste de la maison.
On pensait qu’on allait établir notre notice.
Rappel pour les novices, c’est la liste de voeux, de courses, pour ce magasin virtuel, très improbable, mais autant se lâcher. Pas trop.
On y a passé des nuits à se demander…
Quelle limite d’âge? Et finalement, un ou « deux si fratrie »? Et les pathologies, on détaille?
Dans la dernière notice, c’était peu explicite. La fourchette d’âge, un ou deux si fratrie, légère pathologie n’entrainant pas d’incapacité ou quelque chose du genre. Je crois qu’il y a des départements où tu listes vraiment oui/non pour telle pathologie.
On pourra encore y réfléchir parce que ça n’a pas du tout été abordé.
On est revenu sur Madame (moi, donc) et on est entrées (elles et moi, Monsieur doit se taire) dans du micro détail de ma vie d’enfant, d’ado, d’adulte.
-Heu, en fait, vous considérez qu’adulte, c’est à partir de quel âge?
Donc, j’ai redit ma vie.
C’est épuisant même si j’en tire un bilan très positif de tout ce mélange, ma famille décomposée-recomposée, les ramifications nombreuses. Bonheur, variété, échanges.
Puis ce fût au tour de Monsieur de se re-re-re-raconter.
Tout ça a bien pris 2 bonnes heures.
Après, il a fallu donner les points positifs et négatifs de l’autre. Dur aussi. Je ne vais pas dire qu’il bouffe ses crottes de nez (et puis c’est pas vrai) et il ne va pas dire que je pète au lit (avec des paillettes).
On n’est pas aux Z’amours…
Puis le fils de Tichéri est arrivé.
Prostré, intimidé. Pas de sourire.
On aurait dit un enfant battu.
Beau spectacle alors qu’on venait de leur parler de notre éducation douce et bienveillante mais avec un beau cadre clair et accepté.
On va mettre ça sur le compte de l’ado que ça gave de parler aux adultes (même si ce n’est pas son cas).
Les travailleuses sociales lui ont bien demandé ce qu’il en pensait de devenir frère d’un petit bout, d’un truc qui allait toucher à ses jeux, prendre de la place dans notre vie.
Il a été au top, et que oui, oui, il était d’accord, et que même la couleur, il s’en fichait.
Et il nous a fait le plaisir de ne pas redire ce qu’il nous avait dit la veille :
– Ha ouais, un enfant de 12 ans comme ça je jouerai avec lui, pour faire comme un copain.
Ce à quoi on avait répondu que des copains il en avait plein, et que des bébés et des tout-petits, ben on n’en avait pas. Hein, non, mais…
On a noté, au final, après leur départ, qu’on les avait trouvées beaucoup plus cool que la dernière fois, et que des mots comme « tout petit » étaient revenus plusieurs fois dans leurs bouches. Elles ont bien évidemment évoqué l’idée que l’adoption pourrait ne pas aboutir, devant le fils de Tichéri, c’était important.
C’était aussi assez fastoche, parce que, justement, on n’a pas parlé sujet-qui-fâche ou sujet-qui-peine : la notice.
La suite dans un mois, cette fois, pour évoquer la notice.
Depuis, le fils de Tichéri nous parle d’adoption, il est à fond dans le projet même s’il essaie d’y mettre des « si ». On n’en parlait que très peu devant lui ces derniers temps (ben en fait depuis l’échec de la Polynésie).
Il est rentré tout à l’heure, super content parce que la jeune mamie de son pote est nounou.
-Il pourra aller là-bas notre enfant, ce serait cool. Enfin, si y’en a un…
Ce à quoi j’ai répondu que oui, mais qu’il y avait bien des conditions : qu’il y ait un enfant, en effet, suffisamment petit pour qu’il aille chez la nounou et que la nounou ait de la place. Beaucoup de conditions à remplir, mais que oui, c’était un chouette projet.
Après, il m’a raconté qu’ils avaient regardé un film sur l’adoption avec ce même copain (il est allé dormir chez lui hier soir), et que les parents qui adoptaient trouvaient leur enfant très très moche, mais que c’était un film drôle. Et puis qui se terminait bien.
Moi, ça me fait de la peine, parce que je vois bien que ça a relancé la même chose que la dernière fois.
Les conditions, les Si, il ne les entend pas vraiment.