Neige sur le dos de pierres – (RC )


– Le dos de pierresCourbé dessousLe tas de cendres,Et puis l’été,Et puis la colline, Vautrée sous le passage de l’orage.Demeurent, parmi les restes de murs,De la petite ruine,Les éclats d’ardoise,Que le feu a révélés… Les mauvaises herbes, en tas,Agressives,Avaient pris possession des lieux,Et les orties, étaient chez elles.Sur le dos de pierres,  de la voûte écroulée, –          C’était il y a … Continuer de lire Neige sur le dos de pierres – (RC )

Bassam Hajjar – S’il faut parler de lui ( le conteur )


S’il faut parler de lui Evidemment, je ne suis pas le conteur je ne suis pas le loup ni la porte du jardin, je ne sais pas avant la fin comment vous mourez avec la déception de celui qui manque le train et attend le train d’une heure et demie. Evidemment, ce n’est pas moi qui attends car je n’ai pas même écrit une lettre … Continuer de lire Bassam Hajjar – S’il faut parler de lui ( le conteur )

Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors


photo Ansel Adams L’arbre vint à moi.Comme un petit oiseau, un chien, un chat.Sur la terrasse où j’étais assise,ses branches poussées depuis le baspar un peu d’air léger,s’accrochaient à ma frange.Derrière, sous la véranda,une rumeur de vent de plaine,de conversations inlassables.Des pétales tombaient à mes pieds.L’arbre contait bien des chosesque je ne saurais dire.Ses odeurs énergiquesde sève en ruisseaux, d’écorce saignante,me soulevaient.Je perdais consistance,mes yeux … Continuer de lire Annick Le Scoëzec Masson – L’arbre au-dehors

L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )


peinture Chu Teh-Chun L’aube ne passe jamais si vitedans la lente marée des heures….A chaque instant s’égarent les repèresle tracé de la côte n’est plus le mêmeque celui laissé hier avant la tempête.Tout a changé, la nuit après le cielles mains dans l’échancrure de la plaieun timide drap de jour où un bleu d’azurnous rappelle ce monde d’avant. Est-ce celui que nous avons rêvéou s’est … Continuer de lire L’aube dans la lente marée des heures – ( RC )

Pierre patiente – ( RC )


sculpture Henry Moore: mémorial pour W B Yeats Ma pierre est patiente.Elle n’a que son grain pour corps, Inerte en apparence,elle surveille mon sommeil. Elle ne va pasjusqu’à ma ressemblance. Elle se dresse au bout du jardin,pâte dure qui a survécu. Survécu à la faim,mais peut-être qu’à la fin elle va me mangercomme un corps étranger qu’il faudra sculpterde figure humaine sans trop de détails,juste … Continuer de lire Pierre patiente – ( RC )

Avec une robe en papier alu – ( RC )


collage Hannah Höch – Indian dancer Je me suis  retrouvé un jour, emballé  dans  du papier  alu, avec  quelques  branches  de glaïeuls et un verre  cassé, sur lequel était dessiné un petit monstre. Un vieil oiseau dodelinait de la tête, et me considérait comme une pièce  de musée. Il est vrai que  j’étais un peu froid mais en pensée, j’ai convoqué la vénus  androgyne  ( à … Continuer de lire Avec une robe en papier alu – ( RC )

Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


– Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ? Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps. La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants … Continuer de lire Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?

Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )


  J’ai erré dans des contrées, où les plaines endormies, tiraient des draps gris . Ce n’était ni l’hiver,  ni le printemps, et le chemin de la falaise, chuintait d’une pluie fine, semblant sourdre à travers les cailloux, devenus glissants. J’ai pensé aux oiseaux véloces, qui allaient venir bientôt strier le ciel, et plonger d’un coup, vers le Rhône, tout en bas . Il passait … Continuer de lire Le fleuve semblable et indifférent – ( RC )

Franck Venaille – D’un vol entier de mouettes


                                                  Nicolas de Staël   Les Mouettes     D’un vol entier de mouettes J’entends la plainte, alors   Qu’elles survolent l’immense Territoire d’où elles furent   Autrefois bannies Leurs cris de colère leur fureur   Et plus que tout, cet indéfinissable … Continuer de lire Franck Venaille – D’un vol entier de mouettes

Antoine Wauters – cinq extraits d’os


_ La maison de la poésie de Belgique  présente  Antoine WAUTERS 5 extraits d’Os. cueille langue, dents, dame d’onze heures et muguet, cueille cheveu chenu,  regard chauve en larmes tombées à l’eau, fauche les mal pensées, les amorphes, tasse-moi de frissons sauvages, de gorges où rugir en sang, cueille, tasse, entame l’incendie des feuillus térébrants ne parle pas des bris sous peau, des soupentes, du … Continuer de lire Antoine Wauters – cinq extraits d’os

Charles Bukowski – Un poème est une ville


Un poème est une ville remplie de rues et d’égoutsremplie de saints, de héros, de mendiants, de fous,remplie de banalité et de bibine,remplie de pluie et de tonnerre et de périodes desécheresse, un poème est une ville en guerre,un poème est une ville demandant à une horloge pourquoi,un poème est une ville en feu,un poème est une ville dans de sales drapsses boutiques de barbiers … Continuer de lire Charles Bukowski – Un poème est une ville

L’habit de l’écrivain – ( RC )


C’est comme l’histoire de la petite graine Abandonnée dans un champ,         qu’un oiseau, en volant,         ne pense pas qu’il sème         ce qui va devenir         un futur géant dont le feuillage secoué par le vent va lentement s’épanouir. De même,        l’habit de l’écrivain ne se limite pas … Continuer de lire L’habit de l’écrivain – ( RC )

Heinrich Böll – ils rient


J’ai vu un dessin animé prodigieux : le titre, je ne le sais plus.Ça se passait en Orient et il y était question d’une petite chattetravestie en danseuse de charme vers laquelle un matou,travesti en pacha, étendait d’avides bras élastiques de dessin animé :à cet instant les choses ont pris une tournure excitante.Les pirates sont arrivés, ils sont arrivés traversant les airssur des tapis volants, … Continuer de lire Heinrich Böll – ils rient

Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )


–La laine de l’airaccrochée aux branchesce duvet impalpablequi plane sur l’étang . Des rayons de lumièrese risquent parfoisdans les déchirures de brume,-disparaissent, furtifs comme si leur règnen’était qu’au-dessusdes choses matérielles là où les montagnesprennent leur élanpour affronter les verticales chapeautées de neigepresque incandescentesous le soleil. Continuer de lire Laine de l’air, duvet impalpable – ( RC )

Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu


photo Ed Boubat … Moi aussi, je suis une femme seuleà la veille de l’avènement du néant,assise sur une tombe froide qui est ta demeure. Te souviens-tu que tu avais fait un rêve ?Le rêve de celui qui ne ressemblerait à personne ?Heureusement, tu n’as pas vu se réaliser ton rêve ! En effet, quelqu’un est venuqui n’avait pas de nomet qui ne ressemblait à … Continuer de lire Mahtab Ghorbani – quelqu’un est venu

André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel. Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre. Elle a du souffle et pas de frontières. Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues. Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire. Si elle est vécue, elle change la vie. – André Velter – extr  de  … Continuer de lire André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré

William Carlos Williams – l’attente


peinture PIERRE-ERNEST PRINS 1889 Quand je suis seul je suis heureux.L’air est frais. Le ciel esttacheté, éclaboussé, lacéréde couleurs. Les phallus cramoisisdes feuilles de sassafrase serrent en foule devant moiaccrochés aux lourdes branches.Quand j’atteins le pas de ma porteje suis accueilli parles cris de joie de mes enfantset mon cœur s’effondre.Je suis brisé. Mes enfants me sont-ils moins chersque les feuilles qui tombent oufaut-il devenir … Continuer de lire William Carlos Williams – l’attente

soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )


gravure Terry Winters Noir comme un désir d’encre,le soleil est le négatifdes sourires et de l’été.Je le couche cependant sur le papier. C’est un crépuscule avec ses rayonsaussi obscurs que mon écriture,mais qui rassemble ces couleurs,qu’on ne voit qu’avec le miroir des yeuxde ceux qui n’auront pas peurde se confronter à leur chaleur, seraient elles aussi éphémèresqu’un rêve qui s’étire encore un peuau réveil, et … Continuer de lire soleil noir comme un désir d’encre – ( RC )

Sans bagage ni visage – ( RC )


Ayasaki – Crépuscule Je laisse l’éternités’éteindre avec les derniersrayons du soleil, je préfère le présent à tes côtés,tandis que murmurel’estampe grised’un matin de brume. Nous avons parcouru les chemins, même les plus incertains,sans remarquer que les fleurs,nous offraient leurs couleurs. Le printemps est chargé de sève, et le jour se lève sur l’étendue des fougères encore rousses .Mes bras battront l’aircomme pourvu d’ailes légèreset je … Continuer de lire Sans bagage ni visage – ( RC )

Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers


Mes ruisseaux sont des sentiersJ’écoute les voix d’eau et suis le rayon qui courtUn courant d’air fredonné au-dessus des secretsOù le chant des morts sous les reflets, sourdCouchée par-dessus la pierre millénaireQui refermera la dernière porte, un jourLa main tirée par le fil de l’ondeJ’entre dans la palpitation de l’arbreHoule jade fougèreEncens de chênes et de figuiersJe tombe dans les paumes, à l’enversRêve que je … Continuer de lire Anna Maria Carulina Celli – Mes ruisseaux sont des sentiers

Pas de blanc-seing – Susanne Derève


Enfantssavez-vous que mon pèrefut un jour étrangeren son propre paystraqué bannidormant l’été à la lisière des blésl’hiver chez ceux d’un soir qui lui ouvraientla porte au risque de leur vie Que je fus moi-même étrangèreignorant les usages et les motsd’une terre lointaineles mains qui se tendaientétaient des mains amiescette terre devint ma seconde patrie et je n’en vénérais pas moins la mienne Enfantson est toujours … Continuer de lire Pas de blanc-seing – Susanne Derève

Yehuda Amichaï – Journée commémorative pour les morts de la guerre ( extrait )


Le jour du souvenir.Le sel amer est déguiséen petite fille avec des fleurs. Les rues sont délimitées par des cordes,pour le défilé commémoratif des vivants et des morts. Les enfants qui ne portent pas leur propre chagrin marchent lentement,comme s’ils marchaient sur du verre brisé. le texte original, ou du moins traduit en anglais provient du site poetrysoup Continuer de lire Yehuda Amichaï – Journée commémorative pour les morts de la guerre ( extrait )

Fonte des glaces sur la Neva – ( RC )


photo « retravaillée » Fonte de glaces sur la Neva RC Pénombre bleue sur le blanc,je ne sais où faire surface.D’immenses blocs de glacedérivent lentement.Je ne reconnais plus rien. Les blocs recouverts de givre,les eaux de la Neva,la débâcle à grand fracas,au sein d’une nuit plaintive sur la plaine immense…. Les ponts emportés au loin,seule, la tour, par intermittence,qui persiste dans son signal,contre le rideau flou d’un … Continuer de lire Fonte des glaces sur la Neva – ( RC )

L’encre s’étend en petits gris – ( RC )


Encre: Lisa Weiss était-ce encore un tempsà faire s’éloigner les nuages ?Des maux croiséssur une pageun peu gondolée…C’est que la pluiea transformé le paysageen un lavisoù l’encre s’étenden petits grisdans un ciel immense.L’écriture est à double sens.C’est là qu’elle fleuritaussi discrètequ’une brise :une écriture secrètequi n’attend pas qu’on la lise…. Continuer de lire L’encre s’étend en petits gris – ( RC )

Florence Seyvos – la trotteuse


Suzanne appuie de toute la force de son regard sur la grande aiguille pour la faire descendre plus vite. Elle s’imagine assise dessus, sautant de tout son poids pour l’abaisser. Ses yeux s’attachent à la trotteuse, courent avec elle autour du cadran. La trotteuse est une amie, pressée, obstinée. La suivre est toujours le meilleur moyen de faire passer le temps. court extrait de son … Continuer de lire Florence Seyvos – la trotteuse

Marc Hatzfeld – n’oublie pas…


Si l’herbe casse sous le regard du ventEt si le vent dérape sur le seuil de ce soirSi le soir se dérobe et tâtonneN’oublie pas de leur dire:«Retournez aux pages blanches de vos cahiers perdusRetournez au lit de feuilles sèchesRetrouvez le chemin d’une étoile.»N’oublie pas de leur direDe retrouver la bulle d’air égaréeDans la bille de verreLibellule à l’envers.N’oublie pas. Continuer de lire Marc Hatzfeld – n’oublie pas…

un poisson au-dessus des dunes – ( RC )


Je me roule dans les mains de lune glisse dans l’océan des rêvesje suis un poisson qui s’envole au-dessus des dunes. Ta poitrine de sirèneblanche et ta chevelure brunesont celles d’une reineau regard limpide. Je vais planer, planer encore, puis je retomberaidans l’étendue liquidel’instant d’une petite mort. Ton corps d’or, en devenirconnaît les sentiers secretsdes ressacs du désir. Tu sais que l’on se noiedans le … Continuer de lire un poisson au-dessus des dunes – ( RC )

Poèmes du Gevaudan V- (Susanne Derève)


  Comme elle regrette infiniment ,  ces hauts plateaux sous le vent , les prairies d’altitude offertes au  ciel d’été , vastes, blondes , solitaires, et pourtant finies , où le regard ne se perd pas comme il s’égare en mer mais s’arrime aux tourbières, aux moissons, aux troupeaux , aux noires boursouflures du basalte, aux longs soubresauts de la terre, à ses cascades , … Continuer de lire Poèmes du Gevaudan V- (Susanne Derève)

Géographie du silence – (Susanne Derève)


Silence pas tout à fait la paix une attente les bruits assourdis de la vie fusant dans la lumière du jour qui ne l’amenuisent pas l’étreignent comme une bulle vient crever la surface de l’eau on ne sait plus si c’est un rêve ou juste son lointain écho Il arrive que le ciel soit si bleu qu’il vous inonde Soleil de plein été chassant la … Continuer de lire Géographie du silence – (Susanne Derève)

Garous Abdolmalekian – drapeau dans le vent


( imagedu film   Sissi impératrice ) Nos poings sous la table Ta robe bouge dans le vent Voilà  Le seul drapeau que j’aime   – Garous Abdolmalekian est né à Téhéran en 1980. Après avoir publié son premier recueil à 23 ans, L’Oiseau Caché, il reçoit le prix du recueil de la jeune poésie iranienne pour les Couleurs fanées du monde. Bien que les poèmes … Continuer de lire Garous Abdolmalekian – drapeau dans le vent

Répandre des étoiles – ( RC )


L’origine des temps se perd dans le lointain, et la nuit clignote de myriades d’étoiles, qui nourrissent les rêves. Tu as arpenté les terres nues, les chemins creux, en recueillant dans tes bras, comme tu le souhaitais, les moissons du ciel. As tu réussi à capter l’un d’entre ces astres lors de tes dérives buissonnières, qui t’emportent loin de la lourde glaise des jours ? La … Continuer de lire Répandre des étoiles – ( RC )

Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)


        Je la vois qui s’élance sous le berceau des arbres de très loin                    je la vois   ( dans sa course aérienne en  a-t-elle oublié le tic tac des heures, a-t-elle encore le trac  d’ailleurs ? )   Il y a des fenêtres qui  penchent sur les grilles du parc   et le long des allées des promeneurs distraits des couples … Continuer de lire Je la vois qui s’élance – (Susanne Derève)

au début de la rue de la Nuit – ( RC )


sculpture: Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe )   Je me suis assis au début de la rue de la Nuit, le coeur sombre ne sachant que faire de mes mains. Je devais attendre sans le savoir que se fende la Montagne Noire, ou retrouver le chemin clair de pierres lisses bordé du dessin des lys . J’ai cru en apercevoir le contour, apparu de façon brève, … Continuer de lire au début de la rue de la Nuit – ( RC )

Fleur recluse – ( RC )


photo perso –   Chanac     C’est comme un coeur qui garde sa couleur encore quelque temps : il parle doucement de ses quelques printemps vécus bien avant . –         C’est une fleur à l’abri de l’air, qui, par quelque mystère         jamais ne fane, mais ses teintes diaphanes à defaut de mourir, finissent toujours par pâlir . Détachée … Continuer de lire Fleur recluse – ( RC )

Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain – Au sommet  d’immeubles, Les lettres  s’échappent, s’agitent. Certaines se précipitent, se mêlent finissent par retrouver  leur ordre. En néons verts se disputant aux  rouges. Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course. Balbutiant leur clignotement. Deux lettres, presque au milieu  du mot, lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte, maladive,     à leur base. Personne ne songe  à … Continuer de lire Restes d’une langue électrique ( RC )

Semis de pierres à Carnac – ( RC )


A Carnac, on a planté des petites pierres,pour retenir les rayons de lune. ( C’était au début, quand elle a commencésa course autour de la terre. -) Maintenant les pierres ont bien grandi,ce sont des témoins, Ils se sont redressés, au fil du temps,Communiquent avec le soleil et le vent : Ils racontent, muets, en grandes files, alignés,beaucoup de choses, sur ce qu’on ne connaît … Continuer de lire Semis de pierres à Carnac – ( RC )

Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )


Van Gogh –  la nuit étoilée On ne saura pas dire, s’il suffit  d’une  échelle Pour  toucher le velours de la nuit. Un tissu d’astres  s’y répand, Comme une  corne  d’abondance Car celui qui franchit les marches  du temps, Peut  changer, en cas  d’urgence, Les  étoiles qui se meurent de froid et de peur comme il le ferait de simples  ampoules. Allumeur  de réverbères, Van … Continuer de lire Transports stellaires ( la nuit étoilée ) – ( RC )

Laisser tomber la géométrie (RC)


A se poser des problèmes, il y aurait des solutions Et faire     de la logique  humaine  –       ostentation Il vaut mieux  déposer              compas et rapporteurs Pour faire de la vie     (de son avis ?)        un bonheur Certains voient dans les tracés, une forme d’idéal Qui ne se formerait                           qu’en diagonales D’autres rêvent de sirène         , dragon ou cheval … Continuer de lire Laisser tomber la géométrie (RC)

Claude Esteban – Le jour ne revient pas, dites-vous


assemblage « nature » Andy Goldsworthy Le jour ne revient pas, dites-vous,mais seulement sa blessure, le sang que laisse le soleil quand il s’effondre au loin tous les corps oubliés veulent savoirsi quelque chose existe sous le sol, qui les rassemble,une parcelle de substance ou rien que l’ombre,immobile comme un caillou peut-être que l’espoirn’est qu’une entaille dans la chairune étincelle sans futur dans la mémoirene dites pas, … Continuer de lire Claude Esteban – Le jour ne revient pas, dites-vous

Gérard Pons – le ciel


peinture Eugène Boudin, musée du Havre Le ciel vierge de toute mémoirelaisse courir les nuages.Le solitaire démentcompte les étoilesdans sa douce euphorieet recommence chaque soirson festin de désir.Exils La mer dans son rôlepromenait les rêvesjusqu’au pied des remparts.La citadellecomme un poing fermé sur une tablepriait le cielde ses créneaux inutileset de ses meurtrières sans âme.Au milieu des roseauxagenouillée dans le tempspierres sur pierresérodées par les ventsne … Continuer de lire Gérard Pons – le ciel

Giorgio Agamben – Création et anarchie


dessin- René Chabrière « L’artiste ou le poète n’est pas celui qui a la puissance ou la faculté de créer, qui un beau jour, par un acte de volonté ou obéissant à une injonction divine […], décide, comme le Dieu des théologiens, on ne sait comment ni pourquoi, de mettre en œuvre. Et de même que le poète et le peintre, le menuisier, le savetier, le … Continuer de lire Giorgio Agamben – Création et anarchie

Un rouge-gorge à Montréal- Susanne Derève


Café matutinal-quand l’oiseau familier à la fenêtrefait les gros titres du journall’un de ses congénères à gorge rougea débarqué à MontréalL’unique petit robin d’Europea déplacé des foulesde photographesImaginezqu’il ait atterri sans papiersdans le Minnesotail aurait attiré les foulesde snippersde l’ICE et sur le rouge-gorge de J-J Audubon Continuer de lire Un rouge-gorge à Montréal- Susanne Derève

revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )


image – montage RC Les vagues souvenirsfont partie d’un toutque l’on emportesans s’en apercevoir,comme les oiseaux perchésemportent les imagesdes pays traverséssur le toit des églises. Esquisses de l’estompe,avant que la mémoire ne s’effacele carnet de poèmesa tout du sommeil de l’enfanceinterrompu inopinémentmais vers lequel on retourne,en feuilletant ces cahiersoubliés dans le carton.. C’est revenir fréquenterla confusion des paroles et des rêvesrevenir sur les hivers,les arbres … Continuer de lire revenir sur la confusion des paroles et des rêves – ( RC )

Jean Tardieu – pinceaux et combat


peinture W de Kooning Je prends alors mes pinceaux. J’engage un combat géant. Je me veux mesurer avec ce qui me dévore. Je veux exprimer avec des lignes et des couleurs (oh l’armement le plus léger !) mes angoisses ou mon délire, mon ivresse, mon secret vertige.Ce que j’aurai sorti de l’ombre de moi-même, brillera comme l’or et sera hors du temps. Il suffira d’un … Continuer de lire Jean Tardieu – pinceaux et combat

les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)


ce texte prend pour base un extrait d’un long poème de Jacques Réda ( qui suit ), et qui provient du recueil  » la nébuleuse du songe » Tu me sais bien trop lourdpour flotter sur le dosde la trajectoired’une comète…à la rigueur un cachalotaurait fait un détourjuste pour aller me voirdans l’espace sidéral: cette idée me trotte dans la tête,( aller assister à la naissancedepuis … Continuer de lire les traces du vieux bondissant cachalot – ( RC)

Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé


photo ioan nicolae Tout est froid dans son présent noir :Lui, qui tenait tant à la flammeSon dieu vivant, le feu de boisSuce pour rien ses arbres morts. Son œil est resté fixe, ouvertLa terre est nue sur sa prunelleHypnotisée par une nuitPlus aveuglante que le blanc Masquée de viande crue, la joie du CarnavalMet des feux sur la neige Il s’en allait, sautaitPétrissait du … Continuer de lire Luc Bérimont – portrait de l’artiste en chat crevé

Mireille Podchlebnik – illusion


Je partirai un jour à pas de loup sur le chemin »Et encore ceci, je ne sais plus pourquoi ou je le sais trop bien :« Il se noyait dans le silence jusqu’à l’obstination,partageant le silence de ceux qui n’étaient plus. il voulait se défaire du manteau de colèrequi le couvrait depuis sa naissancejusqu’à l’étouffement.Résolument plongé dans un monde de non-dits-en alliance avec le clair-obscur … Continuer de lire Mireille Podchlebnik – illusion

Jan Wagner – nature morte


impression poisson gyotaku  ( rouget ) Un grand poisson, couché sur un journal,une table en bois dans une cabane en Normandie. Très calme, très chaud – l’air tricote des chaussettes de laine,tu peux le toucher ou ne pas le toucher,ses écailles argentées semblables aux longues sériesde notes d’une symphonie froide,sa tête est coupée,sinon, à supposer que les poissonssachent lire, il pourrait lirece qui se trouve … Continuer de lire Jan Wagner – nature morte

Alessio Brandolini – Seaux de lumière


SECCHI DI LUCE (Seaux de lumière) Depuis des mois, on vivait dans la villedans l’obscurité la plus totale.Comme il était désagréablede rester dans le froidet surtout dans le noir !De ce tuyau d’évacuationsortaient à flotsles rayons cuivrés d’un soleil mûr.Je les sortais un par unet chaque jour, je remplissaistrente-trois seaux de lumièrequi étaient immédiatement vendus au marchéà un prix élevé, je l’admets,peut-être un peu indécent,mais … Continuer de lire Alessio Brandolini – Seaux de lumière

Pierre Voélin – le plus haut rêve de feu


Pour détruire le plus haut rêve du feu,tu n’avais que les songes– à l’abri de tes cils.Entre nous– aujourd’hui– le froid n’a pas repris. Demeure une tombe d’orties blanches.Elle s’est referméela beauté des chosess’est déchiréela robe des fiançailles– toi plus belle qu’un millier de matins,et le galop d’un chevalsur la terre orpheline Continuer de lire Pierre Voélin – le plus haut rêve de feu

Ted Hughes – lumière parfaite


Lumière parfaite Tu es là, dans toute ton innocence,Assise parmi les jonquilles, comme sur un tableauOù tu aurais posé pour illustrer « l’innocence ».La lumière parfaite sur ton visage l’illumineComme une jonquille. Comme pour chacune de ces jonquilles,Cela devait être ton seul mois d’avril sur terreParmi tes jonquilles. Dans tes bras,Comme un nounours, ton fils tout juste né,À quelques semaines seulement de son innocence.Mère et … Continuer de lire Ted Hughes – lumière parfaite

Sébastien Balbine – ermite


peinture Georges de la Tour Que l’on est bien autruche à ne rien voirPrisonnier de ces murs, étouffé et cloîtréPrivé de verdure et ébloui de noirSe dit l’ermite à qui la solitude plaisait. Ce panorama opaque convient amplementÀ la vision que je me faisais de ce monde.Ici nulle trace d’entrailles ni de sang,Nulle guerre ne frappe ma pensée féconde. Hormis ma main froide je ne … Continuer de lire Sébastien Balbine – ermite

 Joë Bousquet – Le Meneur de lune


« Un fait est sorti du rang, tu trembles comme si tu te sentais moins vivant que lui, on dirait que toute ton existence a pris la forme d’un événement pour te juger. Manqueras-tu cette occasion de créer ta vie au lieu de la recevoir ? Tu souffriras de ta victoire, tu te traîneras le long des jours manqués par ton sursaut d’orgueil. Mais qu’est-ce que … Continuer de lire  Joë Bousquet – Le Meneur de lune

Variations sur un matin neigeux – Susanne Derève


Variations sur un ancien poème (le dernier) exhumé des brouillons et passé (en partie) à la moulinette d’un mélangeur de textes en ligne. Prés /estampesqui du gel nous dira goutte/porcelaine/branchesl’aérienne douceurfins et têtus sont nos silences aux blanches portes tisséesqu’il entre le chant des églantiersposer des bras/des mainsneige menue en ses fossés * -des porcelaines fines aux branchesla neige aux doigts menusmains nues tisse son … Continuer de lire Variations sur un matin neigeux – Susanne Derève

Zéno Bianu – Sentinelle bleue


Il n’a pas de nomc’est un spectre bleu-noiril s’avance il est allé au bout de toutau bout de sa mélancolieau bout de son souffle il n’a plus de nomil a oublié jusqu’à sa languepour débusquerdes routes mentales secrètesglisser sur le sentier des étoiles il ditl’identité c’estla métamorphosele passagela polyphoniel’accueil la porositél’enlacement l’étreintel’hybridation perpétuelle il ditassimilerplutôt qu’exorciserexplorer les frontièresnon comme des clôturesmais comme des zonesde création … Continuer de lire Zéno Bianu – Sentinelle bleue

Maggie Nelson – 27 jours de pluie


Est-ce l’action qui attenddans les coulissesde l’émotion, ouce sentiment est-iltout ce qui restera ? Le toucher estsurcoté, disent certains. Je dis non.Allez vous coucheren colère et en nage et réveillez-vous au sonde la pluie quitombe, les rues vidées de leurcarnaval. Des marques rosessur un mouchoir blanc annoncent le passage d’un autremois, inconsolable.Qui peut dire si ce bruissementest un désirprédestiné, ou simplement la loutre qui en … Continuer de lire Maggie Nelson – 27 jours de pluie

Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil


saute-mouton dans les coulisses du soleilà la santé de la mort et des buveurs de ventmauvais penchant félicité du videil se jette à genoux dans l’obscurité du sommeil commeun oiseau dans le mensonge de ses ailesil reste là puis il tombetête tranchée dans le panier garni d’un numéro gagnantl’entonnoir dans le fin fond du ventre de la terrela mort épongée en basdans une flaque invisible … Continuer de lire Michel Foissier – saute-mouton dans les coulisses du soleil

Georges Jean – Scène


Aux griffes du jourS’ouvre le théâtreAux personnages noirsQue la nuit forge encoreDans la vaste demeureOù s’apaise la merLe premier rôle est tristeLe sang suinte des mursDans le décor obscurAu bord des marécagesAux limites du sensS’érige une aventureEt le temps recommenceÀ planter ses couteauxDans la poitrine nueDes hérosLe rideau tremble un peuLes personnages passentEt nous laissent de glaceDéfaits. extrait de « parcours immobile » Continuer de lire Georges Jean – Scène

Jean Tardieu – disparition du témoin


L’air s’aplatit. L’air voisin tombe et roule,s’engouffre au fond d’une oreille aux aguets. La deuxième arche s’ouvre au choc. La houlecogne mugit s’écrase ; sans arret sous les piliers ce torrent gronde et passeinfatigable à se nourrir d’espace. Flot m’apportant ce que je n’ai point vusouffle peuple de fracas inconnus pressé gonflé par mes parois muettes !je n’étais que piliers ! Ta vague éveille un … Continuer de lire Jean Tardieu – disparition du témoin

Face obscure, galbe d’une tête ronde – ( RC )


peinture Tina Berning Diary 01/11/17  Face obscure ,galbe d’une tête ronde:ce n’est pas la luneaprès la nuit les notes aigües sur la terrene donnent pas de blésau jour jalouxle sourcil répété à l’envi et le baiser gelé de l’hiveraura la bouche ferméedouble aspect du visageinstallé sur fond cerise avec une neige précoceun crépuscule de papiers collésrassemblés par hasardsoulignés de traits noirs l’aube de ton regardet … Continuer de lire Face obscure, galbe d’une tête ronde – ( RC )

André Gaillard – Un grand lit pour un grand amour


peinture Isabelle Malmezat Un grand lit pour un grand amourSur la terreSur la terre on pleureUn amour pour un grand tombeauSur la terreSur la terre on dort Un tombeau pour un grand cœurSur la terreSur la terre on meurtEt mon cœur qui dort pour ton cœur mi-mortEt mon cœur qui batMon cœur qui bat trop fortTrop faible et trop fidèle pour s’habituer à vivre. extrait … Continuer de lire André Gaillard – Un grand lit pour un grand amour

Philippe Minot – griseries


dessin G Titus-Carmel – Janu 1973 boîte en carton grispleine de petits secretsgorgée d’une vie silhouette gris sombretrouant le luisant des lauzesd’un ciel incongru la ville en chaussonson glisse en neige sans bruitaux sons gris feutrés grises inertiesscie de l’ici-bas si lasterne griserie teint gris cils frémisun sanglot glace ta gorgele dire est de givre au champ gris de givrele ciel est vertige ivred’un noir … Continuer de lire Philippe Minot – griseries

Herman Melville – comme un épervier


Comme un épervier aux ailes étendues… Nous levons l’ancre, qui se balance à l’avant :les grandes voiles se gonflent ; les bonnettes donnent à plein ;les trois cacatois s’incurvent sous la brise, qui nous poursuit au largecomme une chienne hurlante. Toute toile dehors,comme un épervier aux ailes étendues, nous faisons glisser notre ombre sur la mer,et, tanguant et roulant, nous fendons l’onde salée.Où allons-nous ? … Continuer de lire Herman Melville – comme un épervier

Lisse, le monde se mire – ( RC )


Le monde se mireau-dessus des flotsalors que j’habite dans les eaux,ces eaux silencieusesoù je ne suis qu’un simple galetloin des rideslente ondulation suivant la pirogue. Je ne parle qu’avec les pierres voisines,les écrevisses et nénufarset quelques fois avec l’ombre légèredu saule pleureuraux feuilles qui s’agitent doucementsous la poussée du vent… Continuer de lire Lisse, le monde se mire – ( RC )

Gérard Macé – le calligraphe


Un calligraphe digne de ce nom se donne amoureusement à son art.Élan ou retenue, effleurement ou pression :l’écriture est une caresse, un toucher sensuel. Écriture heureuse que le poète occidental entrevoit(dans le plaisir, parfois, de recopier sans rature,ou comme Goethe écrivant de son doigt sur le dos de sa maîtresse…),mais presque toujours désespère d’atteindre :ce pourquoi sa main si souvent s’affole,se raidit ou se crispe. … Continuer de lire Gérard Macé – le calligraphe

Lionel Bourg – ricochets


Au bord de l’eau, l’enfant jette des pierres qui se perdent de l’autre côté de la rivière, sur la rive ignorée, la forêt, la savane, ou se notent dans le reflet des deux, Galets, éclats de schiste, petites mottes lancées toujours plus loin, qui ricochent avant de disparaître. Ce sont des jeux graves et ingénus, marelles de chagrin ou d ‘oubli, et cela fait tant … Continuer de lire Lionel Bourg – ricochets

Robert Vigneau – le poireau


Reniflé l’obscur hurlementDu poireau, grand faiseur de soupe,Quand on l’étripe, qu’on le coupe,Qu’on l’ébouillante tout vivantEt autres tourments cuisinés. Ce hurlement fait d’odeurs fortesDe toute vie qui tombe morte,Ne s’écoute qu’avec le nez. À l’agonie, le poireau sentLa peur des cuivres herbivoresOù passent les vents du tocsinSoufflés par les bouches des morts.Il sent ce que mange la faimQuand elle se repaît d’humains.Il sent le musc … Continuer de lire Robert Vigneau – le poireau

Nâzim Hikmet – Tous les bassins de la ville de Rome


fontaine de Rome – Le Bernin Je me suis trempé dans tous les bassins de la ville de Romeavec les gamins des ruelles les pièces de cuivre les touristeset Lucrèce Borgiaentre les navires de pierre et les poissons de marbreje me suis trempé dans tous les bassins de la ville de Rome J’ai enfourché tous les chevaux de la ville de Romeses chevaux de marbre … Continuer de lire Nâzim Hikmet – Tous les bassins de la ville de Rome

Norbert Paganelli – adresse


sculpture Rome – la bouche de la vérité Adresse Faites la entendre cette voix qui jamais ne dit motCette voix perdue dans le fond du ruisseauVoix de fêlure réfugiée sur les hauteursVoix sereine qui berce en chantant Que vous faut-il pour faireCe que vous devez accomplirUne plus grande voixUne de ces voix à la traîne étoiléeVêtue de soie couverte d’or De tout cela nous n’en … Continuer de lire Norbert Paganelli – adresse