Je sais qu’aujourd’hui ne correspond pas à la date “officielle” du Blue Monday (aka le lundi le plus déprimant de l’année).
Je le sais parce qu’en me sentant si démoralisée ce matin, je suis allée chercher des infos dessus sur internet; histoire de vérifier si cela était “normal”.
C’est fou cette tendance que j’ai à vouloir mettre mon moral à zéro sur le compte d’autre chose que sur celui de notre espoir pulvérisé du “grand tabou”.
C’est comme si j’essayais de me convaincre que j’étais une Super Woman affectée par rien qui ne lui est propre, parce que c’est égoïste, parce que c’est mal de penser un peu à ses malheurs et pas seulement à ceux des autres.
Sauf que je ne suis pas cette Super Woman.
Certes, se conforter dans la tristesse ne sert à rien. Mais dire “stop” quelques jours. Penser à soi, faire son deuil, de son côté. Pas dans la tristesse non, mais dans le calme et l’intimité de son couple, ça c’est nécessaire. Dire les choses quand même. Dire que c’est triste, que oui c’est un peu dur, que ce jour là, quand nous avons vu ce petit sac vide, nous avons cru vivre un cauchemar éveillé. Parce que merde une fausse couche après 3 fiv et aucune opportunité de tec c’est pas la chose la plus facile à vivre au monde et qu’il ne faut pas le taire.
Et pourtant… Et pourtant jeudi j’ai pris mes comprimés. Jeudi j’ai froidement constaté que notre petit espoir avait quitté mon utérus. Vendredi je suis retournée au travail et j’ai répondu “ça va” quand on m’a demandé comment j’allais. Samedi je me suis sentie coupable de ne pas aller à une soirée à laquelle j’avais été invitée parce que j’avais encore mal. Je me suis sentie coupable quand j’ai senti le reproche dans les messages déçus qui m’ont été envoyé. Et dimanche ce sont encore des “ça va” en pagaille qui ont été prononcés quand certains de nos amis les plus proches demandaient des nouvelles.
“Ca va”. Oui c’est vrai ça peut aller, mais on est triste quand même.
C’est peut-être ça le plus douloureux. Taire sa tristesse pour ne pas embarrasser l’autre, pour ne pas avoir la sensation de s’apitoyer sur son sort, pour s’auto-convaincre qu’on est super fort. Une boucle infernale en somme.
Le masochisme va jusqu’à s’auto-convaincre que ce sentiment d’épuisement moral ressenti moins d’une semaine après avoir fait une fausse couche serait dû à une bête question de calendrier et de ciel gris.
Ca donne envie de se donner une ou deux bonnes claques.
Et pourtant, ça continuera comme ça parce que, parce que… je ne sais pas trop en fait.