Premières lignes

Comme je le disais sur mon autre blog, j’ai connu (du moins, wordpress sur mon ordi) une série de bugs qui m’ont empêchée de poster. Tout ça a été accompagné d’une grippe avec effets longue durée qui me fatiguent encore et pour améliorer le tout, le plantage régulier de mon téléphone qui, Halloween approchant, paraît être hanté par un esprit qui déteste les réseaux sociaux. Je rigole, mais ça a fichu le bazar.
Heureusement pour moi, mon ordinateur n’est pas possédé, lui, et je peux poursuivre l’écriture de mon roman à venir. Ceci posé, j’ai réussi à terminer des livres : la panne de lecture est vaincue ! Et voici un Stephen King, pas n’importe lequel, son premier roman. Je vais en parler, en comparant avec son excellente adaptation cinématographique que j’ai vue juste avant ma lecture (et tout ça, grâce au concours du Livre de Poche Imaginaire).

Même si Marche ou crève (The Long walk) n’a pas été le premier roman publié (c’est Carrie, sous son vrai patronyme), il est pourtant le premier que King a terminé. Stephen King était alors étudiant. Nous sommes à la fin des années 60 (1966/67) et le jeune homme le propose à un concours du premier roman qui ….n’en fait rien.
On connaît la suite : il vend quelques nouvelles, termine ses études, travaille, mène une vie de famille, et écrit Carrie. La période est sombre pour l »auteur débutant qui a développé une dépendance à l’alcool et il est prêt à jeter le début du manuscrit. Sa femme l’en empêche et l’encourage à terminer le roman. Bingo ! Une maison d’édition lui fait un contrat pour 5 romans — ce seront des best-sellers. Nous voici en 1979. King s’est créé un nom de plume et a déjà publié Rage, sous ce pseudo. Le second sera Marche ou crève.
Le contexte du roman prend des échos singulièrement troublants en 2025. King a imaginé des Etats-Unis où un gouvernement totalitaire s’est installé. Le livre ne détaille pas les circonstances et donne peu d’éléments. L’adaptation filmique est un peu plus claire. De fait, des escouades militaires font la loi (si ça ne rappelle pas l’autoritarisme de Trump en ce moment…). Et, bien sûr, pour « distraire » (aveugler) la population, le gouvernement organise chaque année une « Longue marche » pour « redonner le goût de l’effort à la jeunesse ».
Il y a 100 volontaires; tirés au sort. Le livre détaille les étapes de la sélection, pas le film. Et à la clé de cette marche ? Une énorme somme d’argent qui fait saliver des jeunes hommes (oui, pas de femmes dans un pays qui semble être très masculiniste), puisque les conditions de vie sont devenues difficiles. Il y a aussi un souhait, n’importe lequel (« je voudrais aller sur la Lune » dit un des personnages du film).
Il y plusieurs règles, à cette marche : on doit marcher à une certaine allure (5 km/h) et ne pas ralentir sous peine de recevoir un avertissement. De même, il est interdit de s’arrêter. Là aussi, c’est un avertissement. La limite est atteinte au bout de trois avertissements.
Le commandant qui encadre le groupe (joué par Mark Hamill dans le film) rappelle ces règles. Au bout de 3, si on ne se remet pas en marche, on « prend son ticket ». Cette dernière consigne est vague. Elle ne le restera pas longtemps. Vous l’avez compris : les soldats qui accompagnent les jeunes les exécutent.
Cette réalité, les jeunes ne l’appréhendent pas tout de suite.
C’est donc posé très vite dans l’histoire : cette marche est sans pitié. Pour le coup, le titre français est bien trouvé. Tu marches ou tu crèves.
King nous propose de suivre son personnage principal, un ado de seize ans, Ray Garraty. Nous entrons dans sa tête, dans son corps, même, alors qu’il marche, sans s’arrêter et va faire toutes sortes d’expériences dont celle de la solidarité, même dans l’horreur la plus brutale.
Car il ne s’agit pas « d’horreur » au sens « fantastique » ou surnaturelle. Ici, c’est l’être humain dans ce qu’il a de plus sombre, de plus …in-humain qui provoque l’effroi.
C’est l’absence d’empathie totale de ce système en place ; c’est ce groupe de jeunes gens qui en vient à tenter de survivre sans plus rien ressentir (sans y parvenir) ; ce sont les meurtres publics, les uns après les autres, les humiliations…
Le roman s’intéresse à beaucoup d’autres personnages secondaires en plus de Ray. Il y a, bien sûr, l’ami, McVries, dont le passé diffère sensiblement avec celui conté dans le film. Mais on voit aussi Stebbins, qui a un rôle louche dès le début, ou Barkovitch. D’autres sont plus vagues et leurs personnalités ont été concentrées en un seul personnage dans l’adaptation, ce qui est pour le mieux.
Un autre élément, très Hunger Games, joue un rôle dans le roman, alors qu’il est absent ou presque, du film, c’est l’importance du public qui les regarde au bord de la route. « Il fallait plaire à la Foule. Il fallait la craindre et l’adorer. Ultimement, il fallait se sacrifier à la foule. »
Détail un peu ironique au passage puisque le réalisateur de Marche ou crève est celui de la série Hunger Games.
Je ne peux pas en dire plus sans révéler la fin : qui restera ? que se passera-t-il ? Mais, en fait, ce n’est pas le plus important : ce qui se noue au cours de cette Marche cruelle et inutile, c’est ce qui est crucial. Le reste n’est rien, car il n’y a pas de but, pas de vainqueur. Alors, oui, c’est un roman sombre, mais qui reflète l’âme humaine comme jamais. Et le message est autant politique que social.
Quelques petites notes en plus :
J’ai préféré le traitement des personnages de l’adaptation filmique : plus de liens entre eux, plus de solidarité et surtout, ce sont de jeunes un peu plus âgés que dans le livre (il est dit que les volontaires sont admis à partir de 12 ans et c’est 16 dans le film). Garraty gagne en profondeur aussi, en étant un peu plus âgé, tout en gardant sa candeur (au début, surtout). On se passe aussi de ses pulsions sexuelles alors qu’il marche, des détails incongrus qui n’apportent rien.
McVries est un personnage passionnant dans le livre comme dans le film, mais de façon différente.
Mais, bien entendu, si les personnages existent aussi bien à l’écran, c’est parce que King a su les ancrer dans le roman. Il y a là des leçons à prendre…
J’ai vu le film un dimanche, commencé le livre le lundi et terminé …mardi. On ne le lâche pas.

Voici des détails provenant de la Wiki Stephen King : « Chaque marcheur dispose d’un chronomètre initialement réglé sur 120 secondes. Si leur vitesse tombe en dessous de 6 km/h, leur chronomètre commence le compte à rebours. Ils reçoivent des avertissements lorsque leur chronomètre atteint 90 (premier avertissement), 60 (deuxième avertissement) et 30 (troisième avertissement), puis un « ticket » à 0. Le chronomètre de chaque marcheur est géré par un ordinateur installé sur le half-track qui roule à côté des marcheurs. La vitesse des marcheurs est mesurée à quatre décimales près à l’aide de radars miniatures montés à l’avant et à l’arrière du half-track. Le chronomètre d’un marcheur peut être affiché sur un chronomètre de poche en acier inoxydable afin que les soldats sachent quand délivrer un ticket. Des avertissements peuvent également être donnés aux marcheurs qui tentent d’entraver la progression des autres marcheurs ou qui marchent dans la direction opposée. Ces avertissements « pénalisants » font passer instantanément le chronomètre du marcheur aux seuils d’avertissement de 90, 60, 30 pour le premier, le deuxième ou le troisième avertissement, ou à 0 pour le ticket. Un marcheur peut annuler un avertissement s’il marche pendant une heure sans recevoir de nouvel avertissement. Annuler un avertissement signifie que son chronomètre est réinitialisé à 60, 90 ou 120, pour le deuxième, le premier ou aucun avertissement. La signification du fait d’être verbalisé n’est pas donnée au début du livre, mais il devient vite clair après le début de la marche que « le ticket » signifie être abattu par un ou plusieurs soldats équipés de carabines de type militaire de gros calibre. Certaines infractions graves, telles que quitter la route pour quelque raison que ce soit ou attaquer un soldat ou un semi-chenillé, entraînent immédiatement la mort. »