Ce cher François de Sales!

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« Que Dieu doit-être bon, puisque Monsieur de Sales est si bon! » Cette exclamation de Vincent de Paul en dit long sur la réputation de son contemporain décédé en 1622, à l’âge de 55 ans. J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse dédiée à cet évêque savoyard de Genève, qui fut déclaré en 1877 docteur de l’Église pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce ».  Voici un extrait de son best-seller (Introduction à la vie dévote) où il explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux(ses) et encore moins aux membres des ordres contemplatifs: [À noter que le terme «dévotion» n’avait pas alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit-être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle par ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Donc, une saine MISE EN GARDE à l’intention de certains visiteurs occasionnels du présent blogue qui risquent de se méprendre sur les intentions de l’auteur: il ne s’agit pas  d’encourager l’imitation matérielle de la vie des Chartreux mais de s’en inspirer pour aller plus loin dans une recherche de Dieu, recherche adaptée à nos forces et à notre situation personnelle!

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Une Parole qui interpelle !

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« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). En la fête de saint Antoine le Grand, moine égyptien du 4e siècle, je vous présente un extrait de sa vie, telle que racontée par son contemporain, saint Athanase d’Alexandrie :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

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Jésus, bouc émissaire?

 

En cette fête du Baptême de Jésus, fête qui commémore une démarche énigmatique  de la part du Seigneur et qui signale le début de son ministère publique, il convient de lever le voile un tant soit peu sur le sens de cet événement.

Dans la liturgie juive, le Jour de l’Expiation («Yom Kippour») était l’occasion pour le peuple de confesser ses péchés commis durant l’année et de les faire imputer, par le Grand Prêtre, à un bouc choisi à cet effet, lequel était par la suite envoyé au désert, repaire des démons … le rite du Bouc émissaire!  Ce rite juif a préparé les futurs chrétiens à mieux comprendre la démarche de Jésus, qui à l’âge de trente ans quitta son village de Nazareth pour aller  recevoir un baptême de pénitence des mains d’un prophète appelé Jean. La première réaction de ce dernier, qui le connaissait bien, fut de refuser; puis, après insistance de Jésus (« Laisse faire pour l’instant, c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » Matthieu 3, 15 ), il finit par accepter.  Le lendemain, ce même prophète désignait Jésus publiquement comme étant « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). Comment Jean en est-il arrivé à affirmer si rapidement une telle vérité si ce n’est grâce à une explication fournie par Jésus  lui faisant comprendre que sa mission  était de prendre sur lui les péchés du monde entier. Jésus, bouc émissaire, était donc destiné à expier et à effacer par sa mort rédemptrice tous les péchés possibles. Son baptême de pénitence, reçu en notre nom, dévoilait ainsi tout son sens.

Dans cette démarche historique, Jésus se présente également comme le nouveau Jacob qui, on le sait, réussit à obtenir de son père Isaac, rendu aveugle par l’âge, la bénédiction destinée à son frère aîné Ésaü en empruntant subrepticement les vêtements de ce dernier. Belle prophétie de cette démarche vicariale du Verbe éternel qui endossa notre humanité pour accomplir sa mission; mission tout à fait spéciale qui n’était pas tellement de recevoir une bénédiction que « de se faire malédiction», comme l’affirmera saint Paul; démarche néanmoins qui plût à Dieu puisqu’il le désigna au baptême comme «Fils bien-aimé, en qui j’ai toute ma faveur» .

Finalement, il est intéressant de noter que ce baptême de Jésus dans l’eau est immédiatement suivi d’un deuxième, tout aussi important, celui dans l’Esprit Saint (« Au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit …» Luc 3, 21) . Cet Esprit, s’emparant de lui à la façon des anciens prophètes, l’envoie au désert pour y être tenté par le démon; lutte initiale qui laisse prévoir un ministère publique des plus combatifs. Bouc émissaire donc, mais aussi nouveau Jacob,  fils bien-aimé du Père, prophète envoyé par Dieu … que de richesses spirituelles renfermées dans cet événement singulier que fut le baptême de Jésus au Jourdain!

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Jésus à Nazareth

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Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ. La fête de la Sainte Famille m’incite à réfléchir, aujourd’hui, sur la durée inhabituelle de cette première étape dans la vie de Jésus.

Étant donnée l’importance capitale de la mission terrestre du Verbe incarné, sa vie familiale à Nazareth m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence parmi nous. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Je vous soumets mon humble hypothèse: remplir ses obligations de soutien familial !

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait vivre repliée sur elle-même mais devait tôt ou tard s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, et autres. Décès prématuré et peut-être prévisible dans cette famille où Joseph, lui-même, ne fera pas long feu. Quoiqu’il en soit, à la mort de son père adoptif, Jésus se sera donc retrouvé comme soutien d’une famille élargie. Dans les circonstances, il  fit évidemment le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses « frères et sœurs » pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Soit dit en passant, remarquons qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur biologique une femme portant le  même nom qu’elle (!) mais bien plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait avec elle depuis plusieurs années. Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des « sœurs et frères de Jésus » ainsi que par la durée inhabituelle de la vie cachée du Messie.

La fête de la Sainte Famille de Nazareth nous rappelle donc que toute notre existence sur terre n’a de sens qu’en tant qu’enracinée dans ce phénomène qu’est l’amour humain : amour de dévouement, amour de respect de l’autre, amour d’oubli de soi. On comprend dès lors que Celui qui, appelé à proclamer haut et fort la primauté de l’amour de Dieu et du prochain, ait senti très tôt le besoin de vivre à fond cet amour familial, pâle image, mais image quand même, de cet Amour qui existe en Dieu et qui fera un jour notre bonheur !

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L’heureuse nuit …

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à toutes, un joyeux et saint Noël!

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Quarante-quatre ans déjà !

Vicaire depuis à peine un an à la paroisse montréalaise de Saint-Louis-de-Gonzague, je ne me doutais pas, en me couchant le soir du 13 décembre 81, que je vivrais dans quelques heures une histoire des plus rocambolesques.

Disons-le tout de suite, je n’ai jamais été en faveur du bingo paroissial organisé par mon curé et d’ailleurs je n’y ai jamais assisté. Pourtant, j’en fis les frais cette nuit-là lorsque deux voleurs s’introduisirent sans bruit dans le presbytère, pour mettre la main sur les recettes du bingo de la veille. Réveillée en sursaut et menacée d’un revolver sur la tempe, la ménagère cru bien faire en les dirigeant non vers la chambre du curé (âgé et nerveux) mais plutôt vers la mienne (merci bien, Antoinette !). Averti par cette dernière qu’un paroissien avait un besoin urgent de prêtre, j’allais tranquillement ouvrir ma porte de chambre lorsque l’un des voleurs, impatient et craignant sans doute un appel téléphonique, défonça la porte et, surpris de me voir si près de lui, me tira une balle à bout portant. Je me retrouvai subitement étendu à terre, me demandant bien ce qui pouvait m’arriver tout en distinguant une odeur de poudre dans l’air. Le voleur en question se pencha immédiatement sur moi pour voir la gravité de ma blessure (et non « pour me demander pardon » tel que rapporté faussement par les journaux). Estimant la blessure légère, alors que le poumon gauche avait été perforé de bord en bord, les malfaiteurs introduisirent curé et ménagère dans ma pièce pour leur soutirer l’endroit du pécule … sans succès, car le curé n’en était pas, paraît-il, à sa première expérience de vol ! Après une interminable période d’interrogation, et voyant que je perdais de plus en plus de sang, les deux compères (plutôt sympas) se retirèrent bredouilles non sans avoir empoché, comme prix de consolation, une partie de la quête dominicale. Je vous fais grâce du branle-bas qui s’en suivit avec appels d’urgence, ambulance, hospitalisation, transfusions de sang, etc., etc..

Bon, même si quelques confrères m’ont accusé gentiment d’être aller trop loin dans ma dévotion envers le pape (Jean-Paul II, tiré également sept mois auparavant, soit le 13 mai), l’écart demeure néanmoins immense entre Karol Woytila attaqué en haine de la foi et mon humble personne « martyr du bingo » (selon l’expression taquine du père Daniel-Ange, rencontré en 1984 alors que j’étais depuis peu curé de Sainte-Brigide). Je crois néanmoins que la même Providence y a joué un rôle déterminant, et pour cela j’en rends grâce à Dieu. Ses voies sont parfois étonnantes, pour ne pas dire mystérieuses; rien ne lui échappe, pas même un cheveu de notre tête !

En guise de corollaire, j’ajouterai que chaque année, depuis quarante-quatre ans, j’envoie des fleurs au Carmel en la fête de saint Jean de la Croix (14 décembre). Petit clin d’œil à ce docteur mystique de l’Église qui a parlé si brillamment de la transverbération de l’âme aimante et dont la fête m’aura permis de verser un peu de mon sang pour l’église diocésaine … seule véritable consolation, suite à une tragique transverbération de poumon.

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L’unique créature « nécessaire »

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En cette fête liturgique de la Conception immaculée de la Vierge (8 décembre), il convient de saluer cette femme admirable et unique, destinée à fournir le trait d’union entre la nature humaine et la nature divine, le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Je te salue pleine de grâces ». Ces paroles de l’ange Gabriel à Marie résument bien le mystère que nous célébrons en ce jour: la jeune fille est pleines de grâces, elle est la toute-sainte, celle qui fut préservée de tout péché (y compris de la tache du péché originel) par une grâce venant déjà de la mort de son Fils. Car il ne convenait pas que celle qui fournirait au Verbe éternel un point d’ancrage en ce monde fusse un seul instant soumise à la domination du Prince des ténèbres.

De toute éternité, le Dieu tout-puissant a donc prédestiné Marie à devenir la Mère de son Fils et c’est là le fondement de toutes ses autres prérogatives : conception immaculée, assomption glorieuse, etc. Lorsque Dieu pense à Marie, il y voit, d’une certaine manière, la créature «nécessaire» à la réalisation de son plan salvifique. Mais n’allons pas penser que la Vierge aura eu la vie facile pour autant … elle a dû collaborer à la réussite de sa mission : elle a souffert, elle a prié, elle a patienté, elle a espéré. Elle fut surtout un modèle de confiance inébranlable ; une confiance qui se traduisait par une soumission totale à la Volonté de Dieu, soumission admirablement exprimée dans l’hymne de la fête : « Elle a bâti sa demeure dans les vouloirs du Père. »

Le temps de l’Avent, qui nous prépare à Noël, est donc rehaussé (et non distrait) par la fête de l’Immaculée Conception : une fête  qui ennoblit celle qui, une fois enceinte, se préparera à accoucher le Messie, le Sauveur du monde :

« Voici l’épouse inépousée,

Marie, servante et souveraine,

Qui porte en secret le salut du monde.

Le sang du Christ la rachète

Mais elle en est la source. »

(Hymne de la Fête)

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Venue intermédiaire du Christ

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Saint Bernard, abbé de Clairvaux

Le mot Avent vient du latin « Adventus » qui signifie Venue. En effet, ce temps liturgique traite principalement des deux venues du Christ: celle d’il y a 2000 ans et celle de son retour glorieux à la fin des temps. Les chrétiens vivent donc dans l’attente; mais, par ailleurs, nous savons bien qu’il est déjà là « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20). Comment concilier ces deux notions de présence et d’absence du Christ ? Laissons la parole à saint Bernard de Clairvaux, docteur de l’Église, qui nous l’expliquera facilement :

«Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur, la troisième se situant entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non. Dans sa première venue, Jésus a paru sur la terre et il a vécu avec les hommes, lorsque, comme lui-même en témoigne, ils l’ont vu et l’ont pris en haine. Mais lors de sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. Cette venue intermédiaire est vraiment comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ fut notre rédemption, dans la dernière il apparaîtra comme notre vie, et entre-temps, il est notre repos et notre consolation.

Mais pour que personne ne risque de penser que ce que nous disons de cette venue intermédiaire est une invention de notre part, écoutez ce que dit le Seigneur lui-même : « Si quelqu’un m’aime, il gardera mes paroles, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui ». (…) Mais où ce croyant gardera-t-il ces paroles ? Dans son cœur, sans aucun doute. Comme le dit le prophète : « Dans mon cœur je conserve tes ordres pour ne point faillir envers toi ». Voici comment il te faut garder la parole de Dieu, Heureux en effet ceux qui la gardent : qu’on la fasse donc entrer dans ce qu’on peut appeler les entrailles de l’âme ; qu’elle passe dans les mouvements de ton cœur et dans ta conduite. (…) Si de la sorte tu t’es mis à garder la parole de Dieu, nul doute qu’elle ne te garde aussi. Le Fils viendra à toi, avec le Père. »

(Sermon de saint Bernard pour l’Avent, Éditions cisterciennes, 4 (1966) 188-190)

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Bonne année et bonne randonnée !

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Dieu est un mystère dont même les contours nous échappent. Lui seul peut se révéler et c’est ce qu’il a fait par la Création et par ses interventions dans l’histoire de l’homme dont l’Incarnation  est le plus bel exemple.

Jésus est donc le chemin que nous devons emprunter pour arriver à la connaissance authentique du Père. Et c’est précisément ce chemin que l’Église, animée par l’Esprit, emprunte chaque année pour nous conduire progressivement à cette connaissance qui surpasse toutes les connaissances; ce processus a pour nom la contemplation liturgique.

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique qui nous invitera, comme par les années passées, à continuer notre ascension de la montagne de Dieu par un chemin en spirale qui nous fera contempler à nouveau les mêmes paysages : naissance à Bethléem, mort et résurrection à Jérusalem, descente du Saint Esprit et envoi en mission. Autant de temps liturgiques dont les deux principaux, Noël et Pâques, seront préparés par des temps secondaires : Avent et Carême. La Pentecôte, quant à elle, nous ouvrira à un temps de réflexion assez prolongé qui nous fera approfondir le message évangélique.

La liturgie aime la simplicité des symboles et, entre autres, la couleur ! Le blanc sera donc réservé aux fêtes, le violet aux temps de préparation, le vert à la longue période de réflexion. D’autres couleurs sont rattachées à diverses célébrations comme le rouge aux fêtes des martyrs. Remarquons que le noir, autrefois surutilisé pour les funérailles, a disparu à toute fin pratique (depuis Vatican II) pour être  remplacé fort heureusement par le violet ou le blanc.

Néanmoins, au delà de la palette des couleurs liturgiques, il y aura toujours un vibrant appel à contempler le Christ dans ses divers mystères. Puisse la nouvelle année liturgique nous y être favorable:

« Puisqu’il est avec nous tant que dure cet âge,

N’attendons pas la fin des jours pour le trouver …

Ouvrons les yeux, cherchons sa trace et son visage,

Découvrons-le qui est caché au cœur du monde comme un feu! »

(Didier Rimaud)

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La vie des bienheureux, selon Thomas d’Aquin

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(Détail de la Fresque du Jugement dernier, par Fra Angelico)

« Bien-aimés, dit saint Jean, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’Il est. » (1 Jean 3,2). Il suffit d’avoir assisté à diverses liturgies dans des églises ou salons funéraires, et d’y avoir entendu certaines homélies, pour se rendre compte de la tendance à paganiser la vie après la mort : « Ah oui, le défunt a retrouvé sa conjointe (la dernière), deux belles étoiles dans le ciel », ou encore « Il a enfin réalisé son rêve de pouvoir aller visiter les diverses planètes », sans oublier l’inmanquable « Il ou elle nous regarde avec tendresse en ce moment et nous attend impatiemment ». Quand savons-nous ? Et où est Dieu dans tout ça ? « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et ton envoyé, Jésus Christ. » (Jean 17, 3). Voici ce qu’en dit le docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, dans une homélie sur le Credo :

« Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux. Et cette union consiste dans la parfaite vision. (…) La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite. (…) Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà : à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ». (…) La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Opuscula theologica 2, 216-217)

Ouf ! Comme nous sommes loins de ces paradis folkloriques que nous entretenons inconsciemment en nous-mêmes et qui laissent soupçonner le désir d’une survie toute matérielle. Faut-il encore le répéter, la vie éternelle n’est pas un droit de l’homme mais un privilège accordé gracieusement à ceux et celles qui auront mis leur confiance en Jésus Sauveur. Lui seul est « le chemin, la vérité et la vie ». Si Dieu est Amour, c’est donc dans l’amour qu’il nous faut vivre actuellement afin de pouvoir en vivre éternellement : « La charité ne passera jamais …  » (1Corinthiens 13, 8).

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