stationnaire (11)

fev 21/ miroir trouble

C’est une assise de toupies brisées
l’interruption d’une danse venue des tréfonds de l’âme
entre onde d’étoile que la pierre des murs laisse pénétrer
et la rotation du sol
qu’il accompagne
de gauche à droite
C’est une balise égarée entre longitude et latitude

C’est un cri ininterrompu
qui soulage et détruit

On lit à l’encre noire
juste à côté de la tasse de café fumante
l’empilement des non-sens
ce qu’une pensée binaire trie et superpose
riches et pauvres
normaux et anormaux
colonialisme et oppression
visible et invisible
On lit qu’ils fermeront des lits d’enfants pliés en deux
urgence psy porte claquée au nez de parents éventrés
quand un secours aux sens se conjugue avec survie
Dans le silence de l’ignorance
on classe les heures qu’on juge désordonnées
au prisme d’une dette envers les riches

La crise ne durera pas
mais elle use à petit feu les digues
la frontière entre amour et désamour

D’une rythmique inlassable et circulaire
le calme estompe la tornade
Mary Poppins range le désastre
le ciel d’apparences obscures
se vide dans la bonde du geste
le soleil sur l’écran reprend sa course lente



stationnaire (10)

déc 24/ gisante

Peut-il divaguer sur un parvis de glace
Être-carton né des étoiles

Être accouché de la rue
ou sous un pont
Qu’une arcade y suffise
fut-elle illustre et fière

le ciel hélas s’en absente
Marcher pour ne pas mourir
Marcher pour aller où

ventre et tête vide
Oh Paris ville lumière
que sommes-nous donc devenus


Il se souvient une planche
deux tasseaux
quelques vis
une rue de banlieue Nord
pavillons alignés de gens si simples
profitant des trente glorieuses
pour s’équiper à tous les étages
d’électroménager et de formica
et de si peu se bâtir un futur radieux
Une planche se laissant glisser sur une rue en pente
(Oh les voitures leur panaches)
la rue était le territoire de l’enfance
et quand arrivaient les flocons ténus de la plaine
rien n’obstruait le rêve blanc
ni les R8 ni les Simca 1000 ni les DS à la gomme lessivée
On avalait l’avenir comme du biscuit sortant du grill
yeux clos bouches grandes ouvertes
entre champignons de béton et vergers survivants
cochant au passage l’insouciance ou l’utopie
leurs alinéas de vacance ou de lutte
Bouches ouvertes
au vent d’une luge de broc
avenue de la persévérance
je m’en souviens

Chacun a taillé sa route
mains déliées doigts dans le gel cherchant l’abri
chaque an apportant
ses corps mains en quête
toujours plus nombreux
passés à la moulinette du progrès
ses corps sans électricité

invisibles à force
feuilles mortes


en sol mineur

Je n’avais plus fait de vidéos depuis un moment. Le manque de temps ou d’inspiration. La durée qui, sur les réseaux sociaux, est rédhibitoire. Mais voilà. L’an bascule et j’avais besoin de revenir à certains fondamentaux.
Libre à vous d’y entrer. Bon 2026 à toutes et tous

stationnaire (9)

26/12/25 gui

Il y a inscrit
dans l’impossibilité à s’offrir
certaines heures
plus de minutes que d’usage dans le tour de cadran
une anomalie dans la rotation de la terre
à prendre plus de bonheur quand bonheur il y a
ce germe de mélancolie
compagne avertie
d’un âge presque vieux

Un âge de presque vieux 
juste avant l’ennui qui veillerait
la faiblesse éventuelle du corps de l’esprit
juste avant la mémoire et les jambes flageolantes

Ce temps que le désir visite encore
où remontent comme effluves
joies et saveurs pris sur le bout des lèvres 
estompes des ans
que l’œil affamé d’un enfant un instant ressuscite

Mais voilà 
s’emballent les saisons
chaque an plus brèves plus emmêlées
et l’habitude des sentiments
l’émotion s’absente
présents si tôt offerts si tôt fanés
tant nous enfournons la portée de nos mains
tant la portée de nos mains s’allonge
sans distinction
nous laissant rassasiés

Et la musique d’une nuit étoilée si vite revenue
bougies et gourmandises
si vite traversée

On voudrait dans l’instant
emmagasiner la chaleur d’une fête
et les touches d’amour
plus que de coutume
pour les jours sans gloire
pour les trop longues heures de peine

stationnaire (8)

janv 2024 / clotûre

Par quel spasme prendre le récit
qu’on racontera aux enfants
quand s’échappe le sable entre les doigts
ce qui est apparu
ce qui va disparaître
et les vaches qui mâchant lentement
nous suivent du regard

Se rappelle t-il la haie
un coin de bocage normand
l’herbe couchée sous les sabots
l’odeur surtout
ne pas s’accrocher aux fils de fers barbelés
quand le corps se glisse
audacieux
entre deux mains fermes qui écartent les mâchoires
la route droite parsemée de terre collée
la mare et le tas de fumier
l’odeur toujours
les bottes de foin trampoline et les haut-cris du papy
Se rappelle t-il le bon lait
sa crème onctueuse et le pot
son traître couvercle qui rendait le chemin périlleux
les bouses étales
les poussins fuyards
les lapins en sursis
la ligne droite de la petite route encore
qui s’enfuyait par la lunette arrière
entre deux chiens braillards

On tord les raisons des colères
entre deux barrières d’impuissance
et on verse la larme sur les teintes du passé
De l’impitoyable arithmétique du profit
rien ne présage un futur qu’on regrette


penser à De la tour

19/12/25 soirée

Il se construit une iconographie
oú il nous manquera un jour
le sourire des lèvres
et des yeux l’iris le trouble
Appelle cela les strates du temps
qui couvent les émotions
la lame qu’on soigne aux antidouleurs
au silicium
à l’index

Ce soir je retourne au fondamental
Viendras-tu t’asseoir
longuement
attraper de face
la lueur vacillante
et reprendre le récit
là où les corps existaient
encore

stationnaire (7)

Nov 2021 / canal St Martin

Lorsque les dialogues
trompent les sous-titres
et vice versa
on hurle à raison à la trahison

Le vaudeville tourne au drame
et plus personne ne rit

Même écrit gigantesque
le script tombe de haut

Moteur

Travelling
Elle longe le canal
le Saint-Martin d’Amélie d’Arletty et d’Adèle
s’en allant vers l’écluse
et elle ne sait du contre-courant
de l’Histoire
le sens
Il remonte de la flotte un nauséabond de glaise
à moins que l’atmosphère ne soit définitivement empreinte
d’une odeur de déliquescence
focales salaces
bobines de fauves longeant la rive
libres et crus

Et l’autre vitupère
un balai d’essuie-glace devant les yeux
grande dame riquiqui
bouche d’obscénités
parjure
Il en est ainsi
des beaux discours des flonflons et des tubes
passant et trépassant
sur le pavé humide et gras

Alors elle baisserait les yeux
comme si c’était elle la fautive
comme si chaque pas devenait piège
passent les mots
noirs sur blanc

Coupez

Et les murs
leurs bouches s’égosillant de lettres majuscules
sonnent le tocsin




la revue Hespérie présentée dans Francopolis

Francopolis est une revue numérique, véritable malle au trésor en matière de poésie. Chaque nouveau numéro propose de découvrir des auteur(e)s, des livres, des revues. C’est par l’intermédiaire de Béatrice Pailler, auteure active d’Hespérie (à lire dans les trois derniers numéros de la revue), que j’ai été mis en relation avec Dana Shishmamian que je remercie vivement pour son accueil. On trouvera sur le site de Francopolis, un long article sur le sens humaniste donné à cette revue (voir ci-dessous).
Hespérie est en plein développement, la revue est lue et partagée, le numéro de mars est déjà bien rempli. J’en suis heureux.

stationnaire (6)

13/12/25 sortir

Entre les deux versants du jour s’atteler
Imaginer une passerelle géante
reliant

l’ombre que caressent progressivement les rayons du levant
le mystère des heures en devenir
et
le déclinant d’Est
les neiges précoces se teintant dans la lumière qui s’absente

jusqu’à l’absence elle-même

De l’accroche des rues
des passages
des visages
aucune gymnastique ne lui vient plus à l’esprit
un vent furet traverse sa tête
un train sur coussins d’air
juste le chuintement du vent
et lui court après les mots
mêmes des mots simples comme bonjour
Serait-il devenu la colère des sons
la colère des autres
les autres
une pelisse incrustée jusqu’aux os
sans l’espoir d’une rémission
pour s’envenimer ainsi
pour chasser chaque détail
de ce qui ne lui ressemble

Mais qui est-il au fond
qu’un reflet de miroir
une insignifiance qu’il chasse du menton
et lui le regard fixé vers les cimes
se dérobant parfois
pour retrouver la course des veines sur ses mains
pour questionner son si peu de chaleur

Et sur la passerelle chimère
un jeu de lumières d’hiver
entre les mailles du temps
et tout un monde à parcourir
et à aimer

« bienvenue » paru dans poésie première n°93

Grand plaisir de trouver ma suite poétique « bienvenue » (titrée « la maison » dans le recueil en cours), en belle compagnie (un salut au passage à Susanne et Pierre), dans la dernière livraison de Poésie première.
C’est un texte qui a subi de nombreuses modifications, reprises depuis sa première publication ici.
Il a été écrit quand un nième réforme du droit d’asile rendait encore plus complexe l’accueil des migrants en France.
Y trouver aussi l’entretien avec Hubert Haddad dont j’ai découvert la fantastique écriture récemment.
Merci à l’équipe de Poésie Première pour leur accueil.
Se rendre sur le site internet pour se procurer la revue. https://www.poesiepremiere.fr/se-procurer-la-revue/