Caresse du regard

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Caresse du regard

Poème

Dans le pli silencieux où la lumière s’égare,
La peau du monde tremble au passage du temps,
Un velours s’abandonne aux caresses du regard
Et s’offre comme un cœur qu’on effleure en tremblant.

La matière respire au rythme de l’attente,
Elle garde en ses plis des promesses d’étreinte,
Chaque fibre s’incline au passage du désir
Et s’éveille en secret sous l’ombre d’un soupir.

On y glisse son âme comme on caresse une lueur,
Dans la tiédeur d’un songe au parfum de fleurs,
Et l’on croit reconnaître, au détour de la parole,
La mémoire d’un corps qui lentement s’affole.


Prose poétique

La texture ne se contente pas d’être douce. Elle appelle.
Elle retient le regard comme une main invisible, et sous sa surface tranquille, elle dissimule un battement ancien, une chaleur qui ressemble à une confidence.

Chaque pli devient une respiration, chaque relief une promesse. On s’y abandonne sans défense, comme on poserait la joue contre un cœur familier. La matière n’est plus tissu, elle devient présence. Elle enveloppe l’absence, elle apaise le manque, elle console l’attente.

C’est une liaison sans mots, une étreinte sans corps, une fidélité tissée dans le silence.
Et dans ce velours immobile, quelque chose de vivant continue de frémir.

Copyright©2026 Charef Berkani

Sous le vent des étoiles

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Sous le vent des étoiles
Poème

Quand la nuit se fait lourde et charge les épaules,
Les pas cherchent l’azur au bord de l’inconnu,
Et la douleur, compagne au regard soutenu,
Devient vent dans les voiles et boussole des pôles.

On dépose ses fardeaux sur le seuil du silence,
Et le cœur en exil bat plus fort qu’autrefois,
Il apprend dans l’ombre à retrouver sa voix,
À faire d’une blessure une douce évidence.

Les étoiles alors percent la nuit profonde,
Et leur feu dans la chair rallume le désir,
Ce frisson qui revient quand la peur veut mentir,
Cette envie de vivre où l’âme se fonde.

Si la peine est un vent qui pousse vers ailleurs,
On marche sous sa voile au bord de l’indicible,
Car il n’est de voyage où le cœur soit docile
Sans laisser sur la peau quelques traces de fleurs.

 

Prose poétique

Il existe des bagages que l’on porte longtemps sans savoir d’où vient leur poids.
Ils s’installent sur les épaules, dans la lenteur des pas, dans ce soupir qui revient sans prévenir.

Puis un jour, le ciel s’ouvre dans la poitrine.
La nuit, trop dense pour être honnête, prépare ses étoiles en secret.
Et la douleur, que l’on croyait ennemie, se révèle parfois être un vent déguisé,
venu gonfler les voiles quand le désir n’osait plus partir.

On apprend alors à déposer ses fardeaux sur le seuil du silence,
à laisser la peau se souvenir de la douceur,
à reconnaître dans le frisson une promesse ancienne.

Les blessures ne disparaissent pas.
Elles changent de lumière.
Elles deviennent des passages.

Et dans l’ombre la plus profonde,
là où le cœur hésite encore à battre,
naît cette certitude fragile :
il existe toujours un ailleurs capable de nous porter plus haut.

Copyright©2026 Charef Berkani

 L’adorable Adorée

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L’adorable Adorée ,

Poème

L’adorable Adorée  aux pas de velours clair,
Qui traverses mes nuits sans froisser la mémoire,
Ton souffle est un aveu suspendu au brouillard,
Et ton regard me tient lieu d’un fragile éclair.

Tu viens comme un matin tremblant sous la rosée,
Tu portes l’odeur du pain et la chaleur du jour,
Et ton nom dans ma bouche est un fruit d’amour
Que je cueille en silence au jardin du passé.

Je t’aime sans éclat, dans le secret des nuits,
Comme un feu prisonnier sous la cendre immobile,
Comme un serment scellé dans l’ombre d’un exil,
Comme un astre captif dans mes songes enfouis.

Prose poétique

L’adorable Adorée ,
elle avance dans l’air comme une chaleur douce.
Je la sens avant de la voir.
Je la reconnais à la façon dont mon souffle change.

Son pas effleure le sol.
Mon cœur s’y pose.

Elle ne me touche pas.
Et pourtant ma peau l’attend.

Son ombre frôle ma nuque.
Mon silence prononce son nom.

Je l’aime dans cet espace fragile
où le désir devient lumière
et la lumière, un corps.

L’adorable Adorée ,
elle passe.
Et je reste habité.

Copyright©2026 Charef Berkani

Je t’aime en silence

Photo Pinterest. Montage Canva Charef

Je t’aime en silence

Je t’aime sans un mot, dans la chaleur qui veille,
Quand ton regard m’effleure et suspend mon élan,
Quand la braise sous ma peau lentement s’émerveille
Et retient ton passage au bord de mon présent.

Dans le calme troublant où la peur se dénoue,
À l’endroit vulnérable où ton souffle s’égare,
La nuit pose ses mains sur l’ombre de ton cou
Et m’apprend le secret que reflète ton regard.

Je t’aime à voix basse, à l’orée de tes lèvres,
Là où tremble l’instant avant de se livrer,
Où ton corps me répond d’un frisson qui s’achève
Comme un aveu trop lent pour oser s’énoncer.

Comme la pluie avant l’éveil de la lumière,
Qui glisse sans un bruit sur le flanc de la nuit,
Tu viens brûler en moi la poussière des guerres
Et fais fleurir sans bruit les creux de l’insomnie.

Copyright©2026 Charef Berkani

Le dialogue muet

Photo Charef Berkani

Le dialogue muet
Poème

Sous l’émir immobile aux paupières de chaux,
La ville tourne court dans ses cercles de tôle,
Et la neige du Nord, perdue hors de ses lois,
Vient planter son drapeau sur l’asphalte qui colle.

Tas blanc défiguré, mémoire en contre-jour,
Monument sans statue au milieu des moteurs,
Tu figes le présent dans un ancien séjour
Où l’Histoire gelait les peuples et leurs cœurs.

L’émir tient son regard comme on tient une arme,
La neige lui répond par son silence blanc,
Monument sans marbre aux épaules en larmes,
Elle ploie doucement sous le soleil brûlant.

Il parle sans voix des combats et des chaînes,
Elle fond sans bruit sous les roues du présent,
Deux mémoires debout sur la place urbaine,
L’une en pierre vive, l’autre en froid mouvant.

Prose poétique

Ils se font face.

L’émir, figé dans la chaux,
regard tendu comme une braise qui ne s’éteint pas.
La neige, dressée en tas,
corps blanc empilé par des mains pressées.

Entre eux, la ville passe,
ignorante du dialogue.

La neige ne parle pas.
Elle fond.

Elle dit la déportation des hivers,
les corps déplacés,
les mémoires tassées.

L’émir ne parle pas.
Il veille.

Il dit les montagnes,
les résistances,
les prières murmurées dans la poussière des batailles.

La neige s’affaisse,
comme s’affaissent les récits qu’on ne transmet plus.

L’émir demeure,
comme demeure la dignité des martyrs.

Ils se regardent sans se toucher.
Ils se comprennent sans mots.

Monument provisoire face à mémoire éternelle,
ils tiennent ensemble la ville en respect
le temps d’un hiver égaré.

Copyright©2026 Charef Berkani

Palette intime

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Poème

Ses yeux ne disent rien, mais changent de couleur,
Noirs quand elle se ferme à l’éclat des questions,
Verts quand un doute ancien traverse sa douceur,
Bleus lorsqu’un ciel lointain réclame son pardon.

Elle les baisse parfois pour mieux garder le trouble,
Car voir trop clairement fatigue le désir.
Un regard exposé devient vite une cible,
Et la vérité nue sait trop bien s’en saisir.

Alors elle se peint des yeux de circonstance,
Un bleu pour l’innocence, un vert pour l’hésitation,
Un noir profond, opaque, en guise de défense
Quand le monde insiste à briser la raison.

Ses vrais yeux, en retrait, battent sous la surface,
Ils savent ce qu’ils taisent et pourquoi se cacher.
Car tout regard offert est déjà une trace,
Et certaines couleurs refusent d’être nommées.



Prose

Ses yeux changent de couleur comme on change de silence.
Noirs lorsqu’elle se retire, quand la vérité devient trop frontale, trop lourde à soutenir sans vaciller. Ils absorbent tout, ne renvoient rien, protègent l’essentiel dans une obscurité choisie.

Verts, parfois, quand le doute affleure sans encore oser se dire. Un vert fragile, presque tremblant, celui des choses qui hésitent entre l’aveu et la fuite. Là, le regard frôle, questionne à demi, se dérobe avant de s’engager.

Bleus, plus rarement, quand un reste de ciel insiste. Un bleu lointain, sans promesse, offert comme un mensonge doux. Il donne l’illusion de l’ouverture, alors qu’il n’est qu’un passage soigneusement contrôlé.

Elle ne ment pas vraiment.
Elle ajuste.
Elle choisit la couleur qui tient le mieux face au monde, celle qui fatigue le moins, celle qui permet de continuer sans trop se dévoiler.

Ses vrais yeux, eux, ne se montrent pas.
Ils battent derrière, attentifs, lucides, sensibles. Ils savent que regarder, c’est déjà consentir. Alors ils se reposent, pendant que d’autres regards, empruntés, composés, colorés, se chargent de la surface.

Car certaines vérités ne supportent pas la lumière directe.
Elles demandent un filtre, une nuance, une couleur choisie.

Copyright©2026 Charef Berkani

Pour une poignée de neige

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Pour une poignée de neige
Poème

Juste une neige errante descendue trop au sud,
Qui n’a pas oublié l’hiver, mais perdu l’azimut.
Tes lèvres boivent le sel d’un froid en exil,
Et la fièvre du corps rompt son fragile fil.

Ton feu attire le blanc hors de son territoire,
La terre assoiffée tremble et réclame l’histoire.
Tes yeux déroutent l’éclat du nord originel,
Braises ou faux azurs brouillant le blanc du ciel.

Ta langue fend le froid d’un goût amer et sûr,
Tes seins pèsent trop lourd pour ce paysage impur.
La neige se retire, comprenant son détour,
Laissant le sud marqué d’un impossible jour.

Prose poétique

Juste une poignée de neige descendue trop au sud, attirée non par la saison mais par ton corps. Elle se pose sur ta peau comme une main hésitante, consciente de son erreur, mais incapable de repartir. Tes lèvres sèches s’entrouvrent à peine, assez pour en goûter le sel, assez pour troubler le froid. La neige fond là où ton souffle s’attarde, là où la fièvre insiste.

Ton corps en appelle davantage : il ne repousse pas, il absorbe. La poudre blanche glisse, se perd dans les creux, allège à peine ce qui pèse, ce qui déborde. Le sol assoiffé reçoit ce qu’il peut, mais c’est ta chaleur qui domine, lente, souveraine. Tes yeux enflammés fixent le blanc comme on défie une intrusion consentie, changeant de couleur à mesure que la neige renonce.

Ta langue effilée recueille l’amertume du froid, non pour l’éteindre, mais pour l’éprouver. Tes seins, lourds de présence, imposent leur gravité à cette contrée étrangère. Alors la neige comprend trop tard : elle ne s’est pas trompée de route, elle a suivi un désir. Elle fond, vaincue, laissant le sud plus brûlant encore.

Copyright©2026 Charef Berkani

Ce qui reste

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Prose poétique

Revenir à l’essentiel n’est pas un retour en arrière, c’est un dépouillement.
C’est regarder ce qui reste quand on a cessé de vouloir embellir l’amour pour qu’il nous ressemble.
Aimer sans corriger. Aimer sans promettre davantage que ce que l’on peut tenir dans une main ouverte.

J’aime ainsi : dans le vide quand il résonne, dans le plein quand il déborde,
dans le jour qui rassure et dans la nuit qui oblige à écouter autrement.
J’aime sans choisir entre la beauté et la laideur, car toutes deux se succèdent sans prévenir.
J’aime ce que j’aime, simplement, et cela me suffit.

Elle marchera seule vers le petit port, sur ce chemin rocailleux où les pas hésitent autant que le cœur.
Un poète y a déposé son cœur un instant, sur la proue d’un bateau immobile.
C’était beau, oui.
Mais la beauté n’a pas toujours vocation à retenir.
Il y a des attachements plus anciens que l’émerveillement,
des fidélités qui ne font pas de bruit mais qui durent.

Alors j’ancre cela dans un poème, non pour retenir,
mais pour laisser une trace honnête :
celle d’un amour qui a su rester à sa place,
et qui, pour cela même, ne s’efface pas.


Ce qui reste

Revenir à l’essentiel, sans le travestir,
Aimer sans lui prêter ce qu’il ne peut offrir.
Dans le vide ou le plein, j’accueille ce qui vient,
La nuit comme le jour me tiennent par la main.

J’aime sans choisir l’éclat ou la fissure,
La beauté me traverse, la laideur me rassure.
J’aime ce que j’aime, et je n’en fais pas loi,
Je grave ce silence à l’encre de l’émoi.

Elle ira seule au port, sur les pierres du temps,
Ses pas feront l’écho d’un souvenir flottant.
Un cœur fut déposé sur la proue d’un bateau,
Un sourire en partance, immobile et trop beau.

Mais l’éternité parfois se tient ailleurs,
Dans un lien plus ancien que l’élan d’un ailleurs.
Alors je laisse au poème le soin discret
De garder ce qui fut, sans jamais l’enchaîner.

Copyright©2026 Charef Berkani

L’ombre d’un doute

L’ombre d’un doute

Un arbuste à bout de souffle, figé entre deux saisons.

Ses feuilles, devenues parchemin, pendent comme des lettres jamais envoyées. Elles bruissent encore d’un souvenir de vert, mais le vent les a déjà convaincues de se taire. Rien de spectaculaire : juste cette fatigue digne, cette manière qu’a la plante de rester debout alors que tout en elle a renoncé.

Le sol la retient par habitude. Le ciel l’a oubliée.
Et pourtant, dans ce désordre sec, quelque chose insiste : une élégance involontaire, une beauté sans intention, née du simple fait de ne pas tomber tout de suite.

On dirait un corps qui a compris avant l’esprit.
Ou une phrase arrivée à son dernier mot, mais qui refuse encore le point final.


Brasier immobile

Je le croyais en feu, tout ardent sous mes yeux,
Cet arbuste éclairait mes silences frileux.
Ses feuilles couleur d’ambre, en flamboyance douce,
Traçaient dans l’air figé la promesse d’une pousse.

Mon regard, insolite, y lisait un destin,
Un brasier sans colère au seuil de mes matins.
Rien ne brûlait vraiment, sinon l’ombre du doute
Que la lumière apaise en redessinant la route.

Le temps, complice ancien, murmurait sans détour
Qu’il faut parfois l’hiver pour espérer le jour.
Et face à l’inconnu dressé comme une loi,
Mon cœur, réchauffé d’or, consentait à la foi.

Copyright©2026 Charef Berkani

Rien à dire

Rien à dire

Rien n’égale la grâce offerte sans détour,
Quand la nature donne, étrangère au retour.

Cette rose s’ouvrait comme on cède à l’amour,
Sans savoir qui regarde, ni pourquoi, ni pour.

Les pétales gardaient l’aveu qu’aucun mot n’ose,
Plus sûr que nos promesses, plus vrai que nos poses.

Elle ignore le prix, la dette et la prière,
Elle est là, simplement, fragile et nécessaire.

Le temps passe à côté, ralentit, n’ose pas,
De peur de déranger ce qui ne dure pas.

Ainsi va la beauté, discrète et passagère :
Elle offre tout, puis fuit, sans même se connaître.

Prose poétique

La nature ne fait pas d’effort.
Elle ne cherche pas à convaincre. Elle pousse, voilà tout.

Cette rose n’a rien prévu. Elle s’est ouverte par habitude, peut-être par erreur. Elle ne savait pas que quelqu’un passerait. Elle ne savait même pas qu’elle existait. On pourrait presque lui reprocher cette négligence.

Elle fleurit comme on oublie une phrase au milieu d’une conversation.
Et pourtant, tout s’arrête autour d’elle.

Nous la regardons longuement, espérant qu’elle nous explique quelque chose. Elle ne dit rien. Elle continue d’être rose, avec sérieux, comme si c’était un travail à temps plein. Puis elle vieillira, sans regret, sans nostalgie, sans même s’excuser.

C’est cela, sa magie gratuite :
elle existe sans intention,
et nous oblige, nous, à en chercher une.

Copyright©2025 Charef Berkani

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