Amour transcendant.
Gravure sur bois numérique

Je jouis donc j'écris.
Amour transcendant.
Gravure sur bois numérique


tu sais je pressens
que nous manquerons
bientôt d’air
par le feu ou par l’eau
aussi
tant qu’il me reste
de l’oxygène
tant que j’ai le sang
pourvu de poussières
en constellation
je veux user du verbe
en le tenant ferme
l’user jusqu’à la corde
avec laquelle
je pourrais m’étrangler
avant de suffoquer
ne plus être irriguée
de plasma d’hydrogène
avant la traversée
du désert de mots
je veux user ce verbe
éclatant lumineux
pour te dire tout
ce que je t’aime.
f.
illustration : Daisy triptych, peinture, by Euan Uglow, in The Uglow papers catalog
Une seule caresse
un toucher simple
avant même une étreinte
suffit à nous lier
éternellement
par la voie de l'intime
une danse de chair
que seuls les corps
comprennent.
Désormais
j'irai t'attendre
dans la nuit
amante
comme dans le jour
ami
jusqu'à sentir
palpable
l'empreinte douce
de ta peau
ancrée dans la mienne
pour toujours
enfouie
dormante
jusqu'à ce qu'on
la réveille.
f.

Nuit et Sommeil, Evelyn De Morgan, 1878

les coquillages ont disparu
la terre est nue
brûlant doucement
sous les rayons de lune
le rivage lui crie
par le médium
d’une forêt ventriloque
le rivage la prie
de se retourner
une dernière fois
le littoral pleure
ses larmes se pétrifient
no man’s land
la dernière étincelle
s’est enfuit à la nage.
f.
Enfouis dans leurs reflets, huile sur toile, Toyen, 1956

Frénétiquement
j’aimerais porter à ta bouche
le goût du monde
tel que je le consomme
tel que je le danse
pour que tu frissonnes
au seul contact de nos sens
fins becs à savant mélange
qui s’écoule dans ma gorge
jusque dans les hanches
pour que tu grignotes
bout par bout
ces morceaux de vie
qui se déroulent entre nous
souples et tendus
en contorsion frémissant
distanciés ténus
invisibles par une corde de sensations
fortes, intangibles, évanescentes
pour que tu ressentes
où que nous soyons
ma voyageuse présence.
f.
Photographie (Anderson-Giraudon) : Amour et Psyché, musée du Capitole, Rome

D’une percée candide le jour raconte l’histoire
Un baiser déposé sur des lèvres en brumes
Sous des yeux clos encore j’ai senti ta clarté
L’ayant serrée au corps dans mes bras retranchée
Célébration de l’astre votif déclamant sa victoire
Le sommeil tardif lentement dispersé
L’étreinte de la nuit vierge de son heure de gloire
French kiss ensoleillé à travers la lucarne piège à rayons de lune
Parés pour un dernier voyage déversant au passage
De l’ambre huilant la Brune diluée
dans une bouche humide et sage.
f.

Je ne pense qu’aux télégrammes de l’utopie
aux fulgurances
dont tu es le créateur
à ce qui fait sens ici
là-bas
nulle part ailleurs
Je ne pense qu’aux papyrus déchiffrables, à des galeries de nymphes et d’éphèbes en peau de marbre, au règne animal, à la panthère-renarde libre et libérée qui va et vient au jardin, à la Reine Biliqis parfois appelée Bilitis en secret, en transit, dans son bain d’ânesse ou dans un Orient-Express en tenue ornementale,
Je ne pense qu’à la crème de la crème du transport phéroménal,
Je ne pense qu’aux détracteurs de passage, aux ténèbres apprivoisées, à ce qui n’est pas mais qui est
Je pense à toi qui rêves dans un monde inachevé
Il est inachevé car il est fait
pour la rencontre du Tout
où tout ne fait que passer
Ce Tout qui sonne bel et bien l’heure des charmes dans ces télégrammes
Grammes d’utopie auxquels je ne fais que penser.
f.
Éloge de la mélancolie, Paul Delvaux, 1948

Pourquoi la source
devrait-elle se tarir
si ce si grand hasard
a donné les fruits qu’il voulait
et puisqu’il nous a dotés
de l’or, du satin, de l’ivoire
sans rien chasser
sans même piller braves et contrées
Abondera ce que le ciel
aura la bonté de nous accorder
regarde cette fleur tant qu’elle
n’est pas cueillie sans eau n’est pas fanée
et l’azur dans la mer depuis l’Antiquité
jamais ne cesse de ruisseler
écoute, la source s’écoule sous des terres
qui n’ont pas d’âge ; peu ont la chance de la croiser
écoute, son bruit c’est l’éclat du trésor
qui bat comme le cœur d’un nouveau-né
nous avons tout le temps d’y boire
mais pourrons-nous seulement la préserver ?
f.
illustration : La Fontaine de l’inspiration, Constant Montald (1907)
Voici Kokoro. « Cœur » en japonais. Kokoro est un hippo-corne réalisé à l’hippoc-encre.







Avaler
tout le potentiel
d’un être
supra sur
naturel
tombé du ?
on ne sait pas
supernova
l’étoile rouge phénomène
robe rubis
éclat d’un pubis
fusionnel
fantasmer
la vulve d’un ange
lanceur de foudre
sur un Vulcain tentaculaire
s’étouffer de magma
sentir couler la lave
en effusion de joie
faire corps avec la terre
boire le feu comme de l’encre
et me remplir de toi
jusqu’à la prochaine irruption
précieuse fontaine d’inspiration
ou le rêve qui s’amoncelle
ici-bas
Nécessité / Feu / Loi
f.

Merci infiniment à Laurence pour le prêt de sa peinture issue de la série du Chant de la terre.
La chaleur encore en chasse
poursuite
paradant sur nos courbes
chaudes
insoumission excepté au désir
souffle ventriloquant qui veut courir
tourne retourne roucoule
si proche de nos corps
l’arborescence de la tentation
terminait indocile
fausse pudibonde
sa prière au soleil adsorbant
remplissant la clepsydre
d’un amour vif et volatile
lévitant juvénile
substance irrépressible
qui fleurit hors saison.
f.
Vous qui vous imaginez
ce latent sourire
Imaginez-moi vous embrasser
Tendue sur la pointe des pieds
Tout juste rep-osés
Et recommencer.
Vous qui vous imaginez
Ce charmant sourire
Les lèvres appuyées
Je vous prends la main
Les mets sur les hanches
Comme les hommes le font aux dames
Au bal du dimanche
*
Si la magie prend
Dans un jour de chance
Entrez dans la danse du baiser
Danse commune danse
Sur ces lèvres exquises
Entreprenantes esquissées.
f.
Enserre-moi
d'un seul doigt
lactescent
sur mes lèvres
mon printemps
se soulève
jeune fièvre
Émanations
des idées en-soi
qui brûlent au
cerveau rutilant
Évocation
murmurée à
la gorge en rut
qui tremble au
mystère frémissant
exorde à
l'Exaltation.
f.

M'imprégner de toi
Avec si grande facilité
À l'allure d'un désir grimpant
Comme si les cimes
Touchaient déjà le ciel
Pour n'avoir qu'un tronc commun
Sans s'en rendre compte
Comme si les arbres
Poussaient à folles enjambées
Sans demander leur reste
Comme si l'automne
Avait déjà rejoint l'été
Sans que s'écoule l'année
Qui nous aura vu naître.
f.
Cette vision dans tes yeux
l'éclat
que du feu
pas d'amour
que du feu
et tout qui brûle autour
Cette vision dans tes yeux
un lac
silencieux
de la douceur
et le calme qui envoûte
Cette vision dans tes yeux
incarnation
de l'étant
de la joie authentique
et l'être qui exulte
et dire que le jeu du désir
n'est qu'une contrefaçon
orchestrée pour le sentiment
d'avoir (été) aimé
pour mourir en paix.
f.
Il fallait que je parte
tout laisser
pour que l’abandon règne
désolation, reine des Détresses
ce jour, il n’y a rien eu de plus beau
que la détresse trempée de larmes
que l’écho mort spectral
se sentir esseulé en plein jour
alors qu’il existait ce qu’il fallait
ce qu’il fallait pour tout contrer
ce jour, il n’y a rien eu de plus beau
que la détresse trempée de larmes
que le sauvetage sans l’escompter
à l’image d’une mythique dame du Lac
car sans trop espérer
sans espérer rien même
rien du tout
une toute petite incantation secrète,
tout au plus
pas une barque, pas un tronc, pas une rame
pas même un bout de terre, pas un reflet
et sans y croire
tu es arrivé.
f.
A minima
j’irai me recroqueviller
sous ce qu’il y a de plus juste
après avoir glané
ton dernier souffle ivre
entêté comme un baiser
devenu tendre fantôme
frôler la caresse
de l’ombre évaporée
la sentir la respirer
comme une fleur se referme
d’une naturelle sobriété
devant le soleil qui s’éteint
sans rien dire à personne.
f.
Si je n’avais qu’un souhait
lire le goût de mes lèvres
qu’il te reste sur les tiennes
que tu as prélevé de tes doigts
Imaginer ce grain de sel
ce souvenir planté en toi
dont l’empreinte érigée se tient
comme une figure sacrée originelle
à la lisière d’un bois
ou au bout d’un tunnel
là où tu as trouvé
ce baiser endogène
que l’on cultivera
si le génie veut bien…
f.
L’heure magique
que l’on emprunte sur la petite route
n’a presque pas de voix
L’entendre comme nous l’entendions
c’étaient nos diapasons à l’affût d’un accord
improvisé sur des cordes inconnues alors
Comment se sont-elles entretenues, comprises
jusqu’à ternir les bas-côtés jonchés de nos plumes dégarnies
empreinte décharnée de nos étreintes compromises
puisque l’heure magique naît puis n’est plus
puisque l’heure magique ne vibrait que pour nous.
f.

Low battery
Used my last bar of energy
Sending what the sand texted me
My latest gift gifted with wings
Maybe the best of me
Given from the generous wind
Caught up a special butterfly
Who spelt out your name
As if crying for me
So as to not forget
Secrets we share
Everywhere
Ashore and even more
when dawn is laying down the sea
I’ll see you when the butterfly sees me.
f.

Au mitan d’un pont
à fleur de peau
courir l’asphalte
croire à l’impasse
affleurer ton nom
réduit à l’étendue
bitume présence
ombre prétendue
protégée des champs
prise dans des barbelés
qui m’ont épargnée
car trop humaine
ni vautour ni ovidé
ni truand ni condamné
n’être qu’un simple visage
ange en pleine nature
n’être qu’un seul mur
sans tag ni rature
ni peinture ni fioriture
mur qui cache la forêt
forêt éviscérée
de toutes les peines incarnées
si tu m’avais vue
le corps sur la sellette
la mort trop sélective
m’aurais-tu pleurée ?
tronc commun des mortels
alors se perdre hors, hors !
se perdre au loin
or cet au loin est si proche
de ce que j’ai perdu.
f.
Pensée pour un coït.
Embrasser une femme de l’être,
s‘ôter les mots de la bouche,
et rester coï(ts).
f.
Tu as pris
les plus beaux mots sur mes lèvres
et depuis
tu n’as plus jamais prononcé mon nom
Ni une, ni deux, ni trois fois
jamais plus tu ne l’as dit
j’ai voulu l’oublier aussi
Tout ce qui m’appartenait
t’a été offert
est-ce la chair qu’on nomme pain béni ?
Te céder tout ce qui m’est cher
le prix de la disparition
s’appelle volupté.
f.
Je m’étrangle
dans des rêves préfabriqués
illusion parfaite du charme
Tes yeux ont fabriqué ma lumière
je ne suis qu’un insecte
qui n’a l’allure ni d’une mouche
ni d’une guêpe
et mes ailes se consument éternellement
Ton piège a l’odeur du buddleia en transe
imite le lilas et le jeunet
et de la cardamome brûlée
continue de flamber tes lèvres.
f.










Amsterdam/Centrum/Rijks Museum
Astarté/juillet 2025
Peintures (Rijks Museum) :
(c.1889), Paul Joseph Constantin Gabriël – A Windmill on a Polder Waterway, known as « In the month of July »/Een molen aan een poldervaart, bekend als ‘In de maand juli’
(1898), George Hendrik Breitner – gros plan sur la « lady » marchant sur le Singel Bridge at the Paleisstraat in Amsterdam / De Singelbrug bij de Paleisstraat te Amsterdam
Sculpture (Rijks Museum) :
(1867) Frans Stracké, La Belle au bois dormant
désir étreint
je t'ai dans les yeux
ardent lointain
serrer tes mots
les nourrir au feu
jamais éteint
parcourir à blanc
tes contours ciselés
sépia noir étain
deviner ta présence
chaînon manquant
loi du divin
et m'accrocher
à des spasmes d'éternité
dans l'absence de nos vies
abonnées au chagrin.
f.
raconte-moi des rires
tes rires à toi
tes rires qui sonnent
résonnent en moi
des cymbales des cloches
des sabots des pioches
tes rires s’entrechoquent
dans mon espace tantrique
comme du foutre phonique
sonore étymologique
tes rires m’emmènent
dans une forêt vierge
voyage admirable
survol de troncs sauvages
à perte de vue
vol en tension phallique
laisse-moi rire encore
encore-encore-encore
en écho à tes rires
qui coulent dégringolent
s’étreignent en cascade
et boire à la source
d’un vit féerique.
f.
Terre d’errance
miettes éparses
éparpillées blanches
coquille d’être
écarquillé
nacrées fraîches
éclosion pure
pleine fissure
fissures : blessures
qui se nichent
dans un trou
creusé pour elles
prêtes
à respirer ton ombre
à l’abri de tout
urgence
cette honnêteté
d’un corps
dictée
par la clairvoyance.
f.
SPLEEN (I)
L'impression d'une lutte sans relâche
d'un corps trop lourd qui lâche
marées, vents et moulins
ces forces qui ballotent
de la nature du quotidien
le corps présent qui sombre
sans s'éteindre se gâte
écrasé sous le joug
d'un jour plus noir que sombre
d'une lumière accablante
provenant d'outre-tombe
l'impression d'une lutte
sans savoir d'où elle vient
marées, vents incertains
le corps à l'abandon
du rôle de l'instinct
plongée dans le néant
le ciel encore se teint
s'affaisse et le retient
un instant au dessus du gouffre
la vie se confronte à la fin.
SPLEEN (II)
L'impression d'une lutte
l'inertie atone ne tremble
le corps s'absente et chute
avec pour seul filet ton bras
ton bras qui dort enfin sur moi
sur toi je sombre vide
à la lumière des rideaux froids
le chaud m'envahissant s'éteint
l'impression d'une lutte
qui ne s'acharnera pas
énergie molle livide
qui laisse un goût de rien
débâcle sans débat
le ciel changeant est vain
sans savoir pourquoi
la vie touche à sa fin.
f.
Ne viens-tu pas ce soir
après le zéphir et l'ennui
t'émouvoir dans ma chair
après le labeur et la pluie
sans toi mon lit se serre
le jeûne est bien fini
dans cette jeune nuit
si tout t'était permis
les gestes les galanteries
Viens l'ami je t'accueille
je cherche en vain cet œil
qui flattera mon regard
la rose fraîchement se cueille
Ne viens-tu pas ce soir
effeuiller mon envie
mon logis brûle seul
D'écueils ou bien d'espoir
Frémissant dans le noir
nous triompherons ainsi
Ne viens-tu pas ce soir
me tenir compagnie ?
f.
Tu n’es plus qu’un rêve
trop facile à penser
un soupir évanoui
la lune toujours elle
chante juste pour elle-même
qu’on ne s’étonne à peine
que tu m’as oubliée
petite plaie infectée
pas facile à panser
car tu n’es plus qu’un rêve
sur un disque rayé
c’est ta voix qui patine
dans mon cœur fatigué
se brisant au je t’aime
coupé jamais craché
l’oreiller même lui
n’est plus oreille fidèle
à l’écoute il me fuit
las de m’entendre pleurer
je n’ai jamais compris
que tu ne reviendrais
chimère d’une vie
jamais n’a existé.
f.

Etude comparative des corps comparaison n’est pas raison
des stries qui épousent des formes des formes déforment les stries
sensations sensations sensations sensations sensations
comprendre ou ne pas comprendre des émotions ultérieures
le cadrage a ses raisons l’œil ses déformations
immersions plongée plongée contre-plongée immersion
étrangeté familière danse de l’étrange d’une ressemblance qui déraisonne
signification créature corps en illusions
oeuvre-pulsion oeuvre-création oeuvre-révélation
oeuvre à l’épreuve du temps
surjouer interpréter faire impression surimpression
tracer défier conjugaison détournement
révéler le pouvoir des ombres et de la lumière en noir et blanc
talent de l’art l’art d’aimer le corps
se regarder à l’extérieur de soi
corps-objet corps-secret corps-présence
repousser les limites du Moi surmoi en balance
turbulences manipulations transcendance.
f.
Source : Le retour à la raison (vidéo) et tirage argentique (ci-dessous)


Mon doux chaos
Mon souffle
Destruction
De l'ennui
Impertinence cruciale
Otage extravagant
Regards d'exubérance
Oiseau de nuit
Sur la brèche
De mon existence
Blessures anéanties
Déchirure de morale
Bouche-trou
Suave
Confins de l'érotomanie
Mains de velours
Gémissements
D'incendie
Petite mort
En lettres capitales
Opium du corps
Et de l'esprit
Frugalité vocale
Rage d'envie
Poignard exquis
Loi des
Nécessités bestiales
Mon doux chaos
Souffle de vie
Ou jouir
Sans état d'âme.
f.
Oh, baby! I’m sorry
mon corps t’appelle
il me réveille
me laisse sans trêve
dans la nuit caverneuse
si je ferme les yeux
c’est pour te voir
cavalier ténébreux
venir à bout
de brimades divines
châtiment corporel
d’une âme…
affamée… belliqueuse
Oh, Baby! My Baby
j’ai le lit chahuté
les jambes qui ont tremblé
torture tectonique
si tu pouvais te rapprocher
disons que je t’invite…
Come on, come in
En ce palais volcanique
mon prince d’honneur
tu serais, j’aimerais
te sentir, me laisser aller
pleurer tout ce qui brûle
de belles larmes sismiques
Oh, Baby! My Baby
tout ce feu…
il n’y a plus d’heure tranquille
c’est qu’il faut s’en aller
ou fuir ou bien rester
alors reste, je t’en prie
au devant, au chevet
de ce corps famélique
comprends…
qu’il faut le sustenter
que de tous ces baisers
devenus fous ébats rêvés
m’ont rendu boulimique
Oh ! Baby, I’m sorry
de cueillir ton nombril
bourgeon sensuel et sensible
d’apposer ma bouche vaniteuse
sur tes paupières viriles
referme mes yeux damnés
je ne suis que fille servile
gourmande et réprimée
pardonne cette verve
lubrique lubricité
imbibée langoureuse
pardonne mes vers trop versés
et ce chant pathétique.
Oh, Baby! My Baby
Sous le joug d’Aphrodite
je ne suis que Tantale
tes yeux sont comme l’opale
je m’y perds comme Narcisse
entraînée dans ta lave
je tombe dans le vice
je veux boire à ta source
comme on boit au calice
ma prière est infâme
car elle est orgasmique
rends-moi cette nuit la grâce
exauce ce supplice.
f.
J'esquisse ce poème
Comme je voudrais le dessiner
Tracer à main levée
La mine précisément taillée
Ces fines courbes de chair
Des contours carnés
Découvrir cet objet
Toute la journée caché
Tapi sous un tissu de vair
Pantoufle réincarnée
Abritant ce mystère
Que tes yeux nus et clairs
Cherchent en vain de percer.
Cette petite épaule
Petit être incarné
À l'échelle qui est mienne
J'aime quand tu la baises
Ou mordue à la dérobée
Quand tu l'effleures à peine
Ce geste tendrement déposé
Promesse déjà pleine
D'une grande échappée
Conte revisité
Et quand tu l'as trouvée
Cette petite épaule
Aux prises avec la volupté
Tout juste à découvert
Des lèvres ou d'un doigté
Le désir accroche l'envie
Celle de me laisser faire
Rester à ta merci
Conquérant de ma chair
Conquête dont je suis
L'heureuse prisonnière.
f.
poésie en duo – avec João (alias Jim)
J’ai
sous la peau un hiver
qui ressemble à mon sang
circulant tels
des vents contraires
ou le soleil idiot
qui boude le désert
J’ai
le ciel seulement
compagnon solitaire
figurant l’ombre béante
de mes pas réfractaires
Au loin une lueur
au loin se donne l’horizon
qui cache cette fleur
peut-être en floraison
à quelques lieues
la silhouette du bonheur
à quelques lieues
une timide chaleur
car en mon cœur
peut-être finalement
l’aridité se meurt.
j./f.
Je rêve de ton impertinence
de l’imprévisible hauteur
de ton corps en balance
d’une chevauchée imaginaire
dans un orage fou
un jour sans grande défense
Je rêve dans cette danse
curieuse et indomptée
d’y voir mes ailes pousser
menée par l’Ivresse messagère
laisser traîner ma langue
langoureuse guerrière
autour de ton cou redouté
Je rêve d’y laisser
un goût d’exubérance
Et d’une meurtrière
tirer une flèche passionnée
celle que l’on nomme Errance
jusqu’à la prochaine épopée.
f.
J’aurai envie de t’écrire
les mots à feux et à sang
tout c’que je saigne
tout c’que j’endure
sang chaud sans haine
t’observer pervers
par cette fenêtre de mystère
tant qu’il y a de la lumière
ondule en moi
comme un ver solitaire
qui ne blesse pas
j’aurai envie de te plaire
traverser un miroir
m’ouvrir les veines
d’une nouvelle ère
faire semblant d’y croire
s’élancer sur les mots
d’une autre liberté
comme si elle existait
tant qu’il y a de la lumière
j’émerge dans tes yeux
de tout mon éclat.
f.
Pourquoi les jours s’arrêtent
les nuits n’existent pas
je voudrais que repose ta tête
gentille sur mon sexe
qu’elle s’incline je la berce
et qu’elle dise sans cesse
ma beauté ma jeunesse
retrouvée vive et bête
et que tu me promettes
le manque le goût la joie
même si les jours s’arrêtent
même si les nuits n’existent pas.
f.
Et le tonnerre gronde / demi-lumière en fronde / clarté des êtres et des choses chaleurs nocturnes / mouches et guêpes / à l'abri du soleil un chevalet qui bascule / des chevaux à l'écurie / protégés de la pluie des poules qui piétinent / le tableau qui hurle / hennit Et le tonnerre gronde / un chapeau pour la toilette / loin du monde Une dame qui irradie / au port au bal ou endormie / éblouissante Radieuse en campagne / recherche la compagnie / des portraits patientent Et le tonnerre gronde / les amourettes au réchaud / l'odeur du lard dans les narines L'humide été / sur les carreaux de la cuisine / les corps ont chaud très chaud / et la peinture qui dégouline / un trop-plein de térébenthine Berthe est ravie / Eugène, la Nine aussi / et le tonnerre ronronne à nouveau f.
Ma Chère,
Je viens de terminer Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot. Un livre commandé expressément, et qu’il n’a pas été facile d’acheminer jusque dans mes rayons. C’est le problème de l’administration…
Étonnante, l’écriture de Mika Biermann. Après un coup d’œil rapide à sa bio, on sent bien l’artiste derrière le récit (« Un verre d’eau rencontre un rayon de soleil. Sur le bois gras tremblent des reflets. Une pomme verte attend le verdict.« ). Il remplit son contrat de faire des mots des touches de couleur, qui ne sont plus simplement des touches, mais un véritable tableau, en l’occurrence ici, celui de Berthe Morisot. Si je t’en parle, c’est parce que tu l’aimes autant que moi, et parce que l’artiste, c’est toi. C’est toi qui me parles de tes pinceaux, autant que de tes pensées, de tes encres, autant que de tes maux.
Ces Trois nuits filent, défilent, comme les paysages quand on peut les apercevoir en voyage. Mika nous emmène à la campagne. La quatrième est gentillette, même si l’on nous suggère d’emblée des « méditations corrosives sur la chair« . Sans se douter de rien, ni rien appréhender de particulier, le récit tient la promesse de son résumé. Le lecteur se retrouve confronté à des scènes inattendues, d’une violence et d’une beauté surprenantes, beauté sommaire, exécutive, exprimée dans les gestes dépeints-décrits par l’auteur-artiste. Nous plongeons dans l’intimité crue du couple Manet-Morisot. « Dans la chambre, tout est calme« , jusqu’à ce que Berthe décide de mettre son mari à poil, littéralement, une mise à nu physique, presque viscérale. Et nous ne sommes pas sur une petite route de campagne calme et tranquille. Prêtre et villageois, artistes parisiens bourgeois en vacances, tous ont leur côté obscur, très tôt mis en lumière, sans ambages, sans fioritures (« personne ne vient se confesser dans ce pays ! C’est un canton de sauvages !« ). Même les autres impressionnistes cités et les personnages de mythologie qui surgissent dans l’ouvrage ne sont pas décrits sous leur plus beau jour (« Eros regretta sa réaction violente« ; « David et sa clique ont guillotiné la légèreté« ; Courbet est un « père Fouettard« ). Les animaux aussi en prennent pour leur grade (« les chevaux sont maladroits« ; les cochons sont « pire que des bovins« ) ! Bref. Les hommes ne sont que des bêtes : « Nous sommes des bêtes magnifiques », s’exclamera Berthe. Surtout pendant l’acte. Des monstres, même ! lorsque Mika nous dessine une partouse à trois têtes (« la bête à trois dos, trois bouches, trois sexes, à six yeux, six mains, six oreilles, à douze pattes, à soixante-douze côtes… ») ! Mika aime la mythologie. On le sent très bien lorsqu’il consacre un chapitre à Éros et Psyché. Ça tombe bien. Notre Berthe aime à se comparer à Psyché. On peut dire que Mika et Berthe se sont bien trouvés. La mythologie est un beau prétexte pour nous parler de peintures et de toutes ces œuvres d’art immortalisées dans nos musées.
Berthe voudrait bien peindre une toile avec Eugène dans le rôle d’Éros, et son autoportrait en Psyché. Malheureusement ce n’est pas possible. Elle passerait pour une traître à la cause. Seule l’Académie chérit le sujet mythologique… Pourtant, elle pourrait traiter le thème de manière résolument moderne !


C’est un livre où tout devient possible pour Berthe (se baigner dans la rivière, oh oui !), où tout se dit, les langues se délient (en tout cas, Berthe a bien décidé d’en faire son parti pour le reste de ses vacances), le langage est on ne peut plus familier, employé avec tendresse et parcimonie, compensé par une description pensée, léchée (mais pas trop – sauf pour le cunni), esthétisée – pour la bonne cause, l’art de la peinture. On aime autant les natures mortes (un sujet que Berthe déteste, par ailleurs) illustrées par Mika, que les répliques tranchantes qu’il fait dire à Berthe, et l’on rit ! On croit que son mot préféré est désinvolture. On aime quand Berthe ironise et se moque d’elle-même : « On se demande ce que peut foutre un peintre pendant une demi-heure : combien de touches faut-il pour faire un tableau ? Combien de couches ? Berthe a un pinceau entre les dents, le manche lui a teint un coin de la bouche en vert. » Je me suis amusée à imaginer Mika en train de rire, lui aussi, en peignant son livre. La scène de la tante qui fait un sermon public aux petites Morisot au cours d’un repas de famille, et qu’on fait sortir de table pour qu’elle « calme ses nerfs » m’a fait beaucoup rire, oui. On rit parce que l’on se dit qu’à l’époque, on se rend bien compte que les mœurs n’étaient pas tendres. Il n’était pas facile d’être une femme. Comme, à mon avis, il pouvait être compliqué d’être un homme, la preuve avec ce pauvre Eugène, bien démuni lorsqu’il fait face à sa femme qui en veut, qui le veut, qui pourrait le bouffer tout cru, et partant qu’il fait face à la question de leur sexualité. Sans brandir l’étendard de la question des genres, de la lutte féminine, des scandales d’alors, Mika arrive à parler d’un sujet contemporain, parvient à dépeindre un temps ancien par le prisme d’un dialogue moderne. Ce petit carnet est plein de tonus, il est charmant de vivacité, il est à la fois sombre dans le réel évoqué en filigrane de chaque ligne et lumineux comme le caractère tempétueux de Berthe. Mika rature les codes sociaux comme il donnerait un coup de cutter dans une toile. Et ça, c’est beau ! Les charmes de la nudité sont portées aux nues. La pudeur est désarmante. L’appétit sexuel est puissant et dévastateur. Le sexe respire la campagne, son purin, les épices, l’humidité, le renfermé, « la confiture » ou encore « le lait caillé ». Et la page se tourne. Le calme revient. Le rythme est voulu par l’artiste — « Trop rapide. Trop lent ». Les esquisses de nature nous offrent des moments de quiétude, d’attente, d’ennui volontaire, utile, nécessaire à l’exercice du style.
Ce que la bio de Mika ne dit pas, c’est s’il est cuisinier à ses heures. En tout cas, son petit livre est parfumé, il sent bon le lard fumé. Après quelques hésitations… « L’après-midi avan[çant] à pas de pigeon« … (Berthe a faim ! très faim… quand est-ce qu’elle va pouvoir manger un plat digne d’un bistro parisien, enfin !?), Mika nous donne alors l’eau à la bouche, et s’improvise cuistot avec une recette alléchante d’amourettes, qu’on imagine bien déglacées au vinaigre ou au vin. La cuisine à la française s’invite à la table des Manet, même dans un estaminet où l’on ne sert qu’un « plat unique ». C’est déjà ça. Le vin, Berthe n’y touche pas, ou presque. Elle sait qu’Eugène n’aime pas. Elle se retient. Mais quand la fureur de vivre et de se libérer prend le dessus, au diable les convenances des petites femmes de Paris ! Car c’est bien cette envie folle qui traverse Berthe tout au long de ces Nuits. La faim, l’hygiène, les soins, le sexe, le sexe masculin, le sexe féminin, le sexe à deux, à trois, tout y passera à l’issue de ces Nuits que Mika romance sous forme d’allégories (il y a « Nuit, et son compagnon, Noir. Leurs enfants, la petite Aube aux joues rouges et son frère Crépuscule…« ). On dirait que Berthe se sent bien seule, la nuit. On osera dire qu’elle broie du noir. Alors, son esprit divague, elle s’invente des histoires, elle scrute les ombres et le bruit. Imaginer et voir son mari nu, c’était déjà une aventure ! Mais aura-t-elle jamais l’occasion un jour d’aller plus loin que les herbes hautes et les barreaux de son lit ?
Pour conclure, Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot est peut-être bien à l’image des impressions de Berthe la nuit, « un tableau du Caravage. Sans têtes coupées, sans saints, sans anges. » Des nuits lors desquelles Berthe se réserve des plaisirs secrets à venir, fomente des plans pour sortir de son corset, s’emparer des étoiles, aspirer les couleurs des arbres, les injecter dans ses propres toiles et… se découvrir toujours encore nouvelle, un peu plus épanouie, un peu plus sûre d’elle, d’un lendemain à un autre, le chevalet toujours vaillant, debout, sous des ciels changeants, à la lumière des cours d’eau. Berthe Morisot ou une vie de pinceaux. Trois nuits est aussi une ode au terroir français, on y apprend à dépecer un lièvre en deux temps trois mouvements, et finalement, les vacances s’achèvent de manière assez brusques pour notre femme-peintre. L’on se demande si c’est parce que la campagne ne l’inspire guère plus que ça, ou si ce sont « les soufflés et les mousses » de Paris qui manquent au couple Manet, ou tout simplement, la honte à effacer de l’ardoise ((l’abandon du portrait de la Nine dans la maison de campagne en dit long), scrupules d’un soir mouvementé qui n’aurait jamais dû se produire pour ces personnalités bourgeoises, qui décident de faire machine arrière, et de rentrer dans leurs pénates pour remettre les pendules à l’heure et revenir dans le droit chemin parisien.
Et toi, ma chère C., comment peins-tu aujourd’hui ? Tes humeurs sont-elles tiraillées par ta vie en ménage ? Comment composes-tu ? Je sais que la musique – ta muse, la vraie – t’est d’un grand secours d’ordinaire. Parle-moi de tes derniers dessins. Je sais aussi que tu attends de m’écouter. M’entendre te lire te ferait du bien. Nous y parviendrons, c’est promis. Moi aussi je dois composer. Pour moi. Pour toi.
Amitiés colorées,
f.
éprise de vérité
le vent emporte les tourments
écrire. frénétiquement.
le style, qu’importe
puisqu’à présent
il faut vivre à l’entêtement
le désir en continu
les ordres versatiles
un soupçon de contradiction
puiser dans le néant
épuiser le trop-plein
et rechigner à l’abandon.
f.
crédit image en-tête : Encre L. Marquet : [affiche] / E. Grasset, 1892 ; Verdoux, Ducourtioux & Huillard sc (source : BnF)

Dans ma robe satinée
lasse du temps qu’il fit
d’une pluie ininterrompue
sur les carreaux et les pavés
rendant l’air aussi
gris que le chagrin
Je songeai à la gaieté
qui ne pu se faire jour
à mes yeux silencieux
à mes lèvres emplies
de morosité éteinte
humide et timide
fermant un doux visage
honteux devant
la pureté d’un matin.
f.
crédit image : gravure de Madeleine Lemaire

Croire
que le temps de vivre
est le chemin à suivre
détours virtuels
détours charnels
contours charnus
gestes consensuels
formes ésotériques
dans la bouche du ciel
peindre des touches
saisons sensuelles
et l’étreinte du rêve
se meut grivois
S’émouvoir !
Silences rebelles
Et lire
entre les veines
du cœur qui palpite.
f.
Peinture (huile) Le Rêve, 1932 de Picasso, Pablo (1881-1973)
Rémanence rien ne meurt
dans la dentelle des cygnes
ou bien l’œil d’un chat
bouquet d’iridescence
lumière fantôme
rien ne s’éteint
propagation
clarté d’aura
cette énergie qui toujours brille
un secret immanent qui fuse entre les lignes
des nébuleuses auxquelles ressemble
la lueur de tes pupilles
il faut saisir la chance
de les croiser encore
y lire ce que nous donnent
les favorables signes.
f.

Légitimes interdits
où flirtent nos jeux consentis
s’élève ce courant inextinguible
qui coule circule comme un torrent
entre nos corps aux échos de géant
nouvelle écologie qui vit
s’éveille en nous si indocile
une force vive non éphémère
jamais atteinte dans ses limites
toujours renouvelée
ravissant des espaces vides
où l’ardent désir ne s’épuise.
f.
note : photographie offerte à laplumefragile par une âme sensiblement poétique

Devenir l’envers du décors
fustiger au lieu de reconnaître
détester à la place d’aimer
est-il possible de contrer
ce que nous sommes
croyons être
pensons avoir été
la part grise irisée
le trouble d’un reflet
c’est notre propre
d’aller à l’encontre
de l’endroit
de ce qui est
a toujours été
conventionnellement admis
le refus et le rejet
n’ont besoin
d’arriver qu’à maturation
pour exister
eux aussi
ils ne sont ni contraires ni opposés
brume claire
d’où jaillit la colère
ondulation d’un spectre
ils sont ce qui nous complète
ce que nous sommes
une entité
ils sont ce qui nous permet
de nous réaliser
dans des actes de folie
par le biais d’une révolte secrète
tapie
À prendre
ou à laisser.
f.
Spéciale dédicace à James Jones, son imaginaire et sa créativité dans la vie urbaine.

Je marche, j'erre
dans une boîte de pandore
connu·e d'elle
qui jamais ne dort
Je traverse, je sillonne
inconnu·e du monde
pour voir ce qu'elle ne révèle
qu'à une poignée d'ombres
qui savent la regarder
la contempler
la figer la dessiner
l'écrire la dire
comme elle est belle
ô ville adorée
Je déambule, circule
jamais solitaire
en ta présence
même en chantier
tes cicatrices à ciel ouvert
des merveilles à pensées
même ton cœur
parfois désaffecté
emplit d'affect
nos âmes passagères
même nouvelle
même meurtrie, martyrisée
même incendiée
tu restes tu veilles
meilleure gardienne
de nos pas lourds nos pas légers
nos humeurs lasses, amours volées
nos joies fugaces, cris de nécessité
tu restes tu veilles
meilleure gardienne
de nos secrets
toutes nos bribes d'humanité.
f.


Dieu :
– Well, well, qui voilà ?
Odile :
– Enfin, Dieu, vous savez très bien qui je suis…
Dieu :
– Bien entendu, ce n’était pas la question. Odile, que faites-vous ici ? Ce n’est pas votre heure à ce que je sache, et, … non mais regardez-vous, qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ? Non vraiment, ça ressemble presque à une blague.
Odile :
– Vous n’aimez pas les ballons ? Il paraît que c’est votre anniversaire en plus… ne niez pas ! Max-Louis a vendu la mèche !
Dieu :
– Je parlais de votre tenue, Odile,… ça a l’air vieux jeu ce que je vais vous dire mais, on ne se présente pas dans cette tenue ! pas à Dieu !
Odile :
– Et vous ne dites rien au sujet des ballons ? Je manque de me brûler les ailes pour toucher le Ciel, et tout ce que vous avez à me dire c’est « c’est quoi cette tenue ? »
Dieu :
– D’accord, sujet brûlant, ça va, j’ai compris. Qu’est-ce qui vous amène dans cette… euh…Qu’est-ce qui vous amène donc !?
Odile :
– Aujourd’hui musique ! Pas de place pour les conventions, tout pour l’instrument, le son, les vibrations, et… le sexe, bien entendu !
Dieu :
– Je me disais bien…
Dieu, faussement, inutilement dissimulé dans sa barbe : allez, arrête de mater ses nichons, concentration… une profonde pensée philosophique, là, tout de suite maintenant, Pascal, Lacan, quelqu’un ? Nan, Freud, pas toi…
Odile :
– Vous êtes avec moi ? On dirait que l’Univers vous échappe, c’est un rien flippant quand on vous voit de près comme ça.
Odile s’avançant dans une succession de bruits, claquant des doigts – clac, clac, clac !
Dieu :
– Je vous écoute ! Je vous écoute !
Odile, prenant une grande inspiration :
– Cher Dieu, le monde va mal, alors que vous l’avez conçu si beau. Vous lui avez tout donné : les éléments naturels, le vivant et le non-vivant, et parmi ce vivant, l’Homme et sa chair, l’Homme et ses dons. Cher Dieu, votre Création est une merveille. Et pourtant, d’Abel et Caïn, d’Adam et Eve, de quoi héritons-nous ? ou plutôt… de quoi héritez-Vous ? Oui, VOUS ? Lorsque vous rappelez ceux que vous avez engagés sur Terre (pourquoi les avoir engagés d’ailleurs ? parfois, on se le demande, mais… c’est votre choix, hein…), y en a-t-il seulement un qui vous le rend bien ? Y en a-t-il un, parmi tous ces individus (dont je suis sûre vous n’êtes pas fier) qui vous offre avant de franchir cette barrière quelque chose sans rien attendre en retour de Vous, pas même le salut ni le pardon ?
Dieu :
– Je ne me suis jamais posé la question… Mais, ils attendent tous quelque chose, ça c’est sûr !
Odile :
– Eh bien moi, je n’attends rien, voyez-Vous. Vous l’avez dit vous-même, ce n’est pas mon heure. Mais aujourd’hui à midi pile, ce sera la Vôtre ! Je suis venue vous livrer en avant-première un concert intitulé SEXE-TROP-NIQUE ! Il n’y a pas de raison de laisser le sexe s’ébattre, dégouliner entre les corps et dans les arts, excepté dans la musique classique ! Vous comprenez ? Aussi, cher Dieu, je vais jouer pour Vous ce qu’il y a de plus originel : l’origine du monde et sa nudité, avec toutes les parts de crudités qu’elles contiennent, leurs mouvements, leur intensité.
Dieu :
– Je… Je ne sais pas quoi dire, c’est… inattendu. Un concert privé ? Jamais je n’ai assisté à cela. Pourtant je vois tout. J’entends tout. Mais dans ce moment présent, je … je ne vois et n’entends que vous. C’est très curieux ça… comment avez-vous fait ? Odile…
Odile avait terminé son élucubration et ne prêtait plus attention à Dieu. Midi avait sonné, et elle avait saisi son instrument pour ne faire qu’un avec lui.
Dieu ne cherchait plus ni pensée philosophique ni aphorisme. Il vivait pour la première fois de toute son existence (et dieu savait qu’elle était longue, … longue… longue…), il vivait donc pour la première fois un moment singulier, d’une beauté rare qu’il se surprenait lui-même à contempler dans son propre égotisme. Ce qui ne pouvait être. Dieu se surprenait à jouir d’un être et de tout ce qui émanait de lui. Ainsi la musique l’avait ramené à la condition humaine… pour la seule et unique fois de Sa vie.
Quand la musique cessa, Dieu revint à Lui.
Odile :
– Cela vous a plu ?
Dieu :
– Je n’ai rien connu de pareil. C’est comme si… vous étiez parvenue à …me toucher ! Personne ne peut toucher Dieu (même Michel-Ange dans sa propre Création d’Adam n’a pas réussi !), mais vous…
Odile sentit une brise légère sur sa joue. C’était le baiser que Dieu lui rendait en échange de son geste désintéressé. La brise prit de l’ampleur et le vent s’engouffra dans les ballons, emportant Odile pour la ramener sur Terre. Odile oublierait, mais Dieu… Jamais ! Et il ne manquerait pas de lui rappeler ce moment fabuleux quand son heure viendrait.
f.
Ce récit vous a été présenté sans audiodescription (désolée, empêchement technique, et ordre de police contre la diffusion d’indécence) pour l’Agenda ironique de janvier 2026 organisé par Jobougon. Voir l’historique et les consignes cid’sous :
Comme le résume si bien Carnets paresseux qui vient de clôturer gueule toute haletante le dernier agenda renardataire de décembrier ou déjanvier, les choses sérieuses reprennent (God, no! rien de sérieux j’espère), avec l’AI du vrai janvier hébergé par Jobougon. « Et l’esprit subtil de Jo nous « propose donc d’aller interviewer Dieu. De le faire comme on veut (encore heureux!), chanson, hymne, conte, prière (et pourquoi non ?), roman, poésie, voire même (soyons fou !), dialogue…Mais (car il a un mais) faudra glisser en icelle interview « au moins quatre de ces neuf morceaux de phrases à votre convenance et dans l’ordre qu’on voudra. L’ordre d’arrivée dans les textes de ces bouts est toutafé relatif.
Voici ces bouts de phrases, extraits des 366 réels à prise rapide de Ramond Queneau : « Aujourd’hui à midi pile ; ça ressemble presque à une blague ; succession de bruits ; comme un avis à la population ; cherche toujours ; sujet brûlant ; profonde pensée philosophique ; ça a l’air vieux mais & pas de place pour ».
puisque je ne peux
laisser s’aventurer
la morsure amoureuse
sur ton corps d’amant neuf
je veux laisser mes traces
autrement audacieuses
dans les filets suintant les spasmes
vivides et liquescents
sentant le désir s’ébattre
jouer entre nous deux
et jouir de la langue
phallique et vigoureuse
entre phalanges et métacarpes
de ton gland à ma chatte
ces effets scintillants
qui inondent nos yeux.
f.
Sur du velours tapis
uni déroulé d'infini
Prêt à voler l'hiver
Insaisissable je pars
Rapt hiémal après la pluie
Orion se tenant en livrée
Surprend le petit animal
S'excitant sur du rock métal
Page, Bonham en camouflage
Sous une chevelure dense
Danse sous le manteau ébouriffé
Bat le cœur d'une vestale
Printemps camisolé
Qui ne tardera pas
À dévoiler ses charmes.
f.


photographie, laplumefragile, 2026