Une pluie lenticulaire tombe
au-dessous de l’agitation quotidienne,
comme un baptême personnalisé,
en se faufilant
à travers la neige des tempes,
et, sous le menton,
les ruisseaux convergent dans un fleuve.
J’attrape les gouttes froides avec les paupières tendues,
les objets environnants perdent leur clarté,
se transforment en décors des pensées,
endroits que mes yeux n’ont jamais vu,
que mes pieds ne les ont pas touchés.
Je me réveille,
seul,
dans un sanctuaire,
protégé contre la vulgarité des brutes totalitaires,
isolé dans un cristal contre l’analphabétisme hurlant,
échappé de la prison de mon corps.
Tout à coup,
sans aucune possibilité de comprendre,
des flèches avec de curare
me pénètrent à travers le blindage,
me paralysent les muscles,
en laissant ouverte la porte entre les univers.
Je regarde d’en haut,
en analysant le monde passant,
sans pouvoir l’influencer,
sans pouvoir réorganiser le cours du temps.
Dans un instant,
des craintes se déclenchent
avec des racines enfoncées dans la solitude,
envahisseurs du corps inerte,
tueurs de la volonté.
Je suis terrifié par l’infini,
je dois le regarder en spectateur,
au derrière du miroir.
Personne ne me voit,
personne ne me connaît,
apparemment, j’ai le contrôle total de mon rêve.
Pauvre prisonnier …
