Soene
Il portait pour la première fois ses grolles en cuir de Belitol, à la geôle, le jour de son anniversaire, lui, l’homme au cent-quarante-huit années de vie sur la planète Eghopole. Équipé de son auréole, gardienne de tous les instants, il traversait le corridor à folle allure sur son jetPliKable, moment de joie intense et moment de transition, car il devait intégrer ce jour le nouveau complexe InformaDuplica, à l’entresol, pour renaître sans défaut.
Il s’allongea sur un plateau rond au matelas à la molle consistance. Son angoisse journalière formait une farandole à la couleur vitriol qui émanait de son corps en variation de température et produisait une odeur de menthol. Un personnel dédié par un protocole lui fixa, par des anneaux translucides, les membres et le cou.
Il était loin le temps des brols et des insouciances. Sa boussole de bien-être avait été démagnétisée lors d’une manifestation contre le pouvoir en place sur la planète Terre, qui suppurait le symbole de la malfaisance et le drapeau de la perversion. Son temps n’était plus le sien. Le destin était une chimère, la fatalité un texte de loi.
Il se réveilla. Il était assis sur un banc. Le paysage était grandiose. Il avait ses grolles et sa combinaison bleu pétrole. Il se leva. Son regard pleura. Une bestiole inconnue s’arrêta devant lui, le scruta et prit son envol. Il marcha longtemps par monts et vaux, prairies verdoyantes et steppes. Une traversée sans paroles. Il s’arrêta au premier village qui se nommait : Girolles-sur-Canapé.
― Alors, gamin ! Tu vas sentir le martinet ! Tu as fait encore l’école buissonnière…
© Max-Louis MARCETTEAU 2026