Arrête de me taquiner… miroir…

― Tu as connu l’amour ?
― L’amour de quoi ?
― L’amour ! Celui qui embarque deux êtres !
― Non !
― À ton âge !
― À quoi m’aurait-il servi ?
― À te dépasser !
― Ah ?
― Et là, tu te traînes !
― Non, je vis tranquillement.
― En apparence !
― Arrête de me taquiner… miroir…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Le lit s’est fait refaire un lifting

Lit dépoitraillé, sueurs déshydratées, rêves sur le dos et réalité qui se palpe le corps, étonnée d’être encore en vie.

Le jour se lève, les courbatures dans un café et les regards sur le bord des lèvres.

Le temps habille les mensonges et déshabille les souvenirs; les rues portent le même nom à la matinale et le courage, sac au dos, descend les escaliers du monde qui essaye d’embrasser sa colonie humaine égarée.

La journée est une longue maladie à subir, qui encre toutes les lignes des désirs inavoués et des non-dits qui brûlent sous les paupières.

La soirée s’annonce et enjambe les premiers refrains de l’attente de l’autre… et sur les lignes de la main se dessinent des partitions à naître, ou pas.

Le lit s’est fait refaire un lifting et l’engrenage de la solitude à corps perdu prend ses aises à la nudité des rêves qui reprennent place pour se réchauffer…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Un doute par une poussée d’Archimède

Tu sais, tu ne me fais pas peur !

Le renfort d’une peur à s’exprimer ? L’éphémère à chasser dans cette nuit-velours entre les murs d’un temps qui n’avait pas connu d’ébats si audacieux presque cannibales ? Le temps d’un doute par une poussée d’Archimède qui s’affirmait ? Une braise sans nom qui renaît de quelque part sur la carte d’un silence ? Une famine de désirs d’un autre temps qui le ventre empli s’offre une rage de perdition à cet instant précis qui s’échappe d’un sablier innocent ? Une fraction de seconde qui se veut éternelle par un écho qui n’avait plus connu pareilles heures et qui s’affole d’un refermement dans l’abstrait qui a fendu une réalité ? L’obstacle qui franchit la haie dans la nuit…

Tu sais, tu ne me fais plus peur !

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Quel est votre état d’esprit, aujourd’hui, Dieu ?

Agenda Ironique Janvier 2026

― Quel est votre état d’esprit, aujourd’hui, Dieu ?
Aujourd’hui à midi pile, je fête mon anniversaire !
Ça ressemble presque à une blague.
― Eh non ! J’ai à mon compteur multi-quantique 1046 années de naissance.
― Racontez !
― Ce n’est pas sorcier. Il y a eu une succession de bruits et je suis apparu…
― C’est court comme description.
Comme un avis à la population, mais en plus court.
― Pourquoi vous riez ?
― J’adore rire.
― Dieu est moqueur ?
― Je cherche toujours à éviter le burn-out.
Sujet brûlant !
― C’est un enfer, je ne vous le fais pas dire.
― Quelle est pour vous la plus profonde pensée philosophique ?
― Y en n’a pas ! La philosophie est un leurre, une mascarade.
― Une autre question, ça a l’air vieux jeu, mais que pensez-vous des textes qui vous concernent ?
Y a pas de place pour la littérature… tout est mathématique…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Je lis un livre dont je ne comprends pas l’histoire…

― Tu ne sais pas aimer !
― Un partage avec moi-même… des histoires dans des espaces borgnes… une enfance détruite… qu’est-ce qu’il reste ? Une ombre à ta lumière…
― Tu te parles à toi-même et moi, qui suis-je ?
― Une fleur sur ma tombe qui jamais ne fanera…
― C’est de maintenant que je te parle !
― Quel maintenant ? J’échoue à chaque fois…
― Tu m’agaces ! Tu m’énerves ! Je t’ai tout donné, tout !
― Je suis dans un puits…
― Ne cherche pas à esquiver ! Tu es devant moi !
― Quelle importance…
― Comment ça, quelle importance ?
― Je lis un livre dont je ne comprends pas l’histoire…
― Arrête ! Arrête tes métaphores !
― Je suis anéanti…
― Et moi ?
― Et toi ?
― J’attends !
― Prends ma main…
― Je… Je… c’est moi qui tremble à présent…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Les coquillages renversés ou engoncés

Il était là, debout, la plage en fond d’écran, les coquillages renversés ou engoncés, le tout sur un vide calibré sur un soleil couchant décidé à plonger dans un horizon… sans âme.

Le fantôme d’un oiseau et l’écume immobile d’un tableau peint par défaut de porter un souvenir l’appelaient par fractions de temps, par un souffle décidé à vivre… encore.

Il ne vibrait plus. C’est un pilier que rongeait un sel qui n’avait pas de nom. La fraîcheur le faisait trembler. Il allait s’allonger d’un seul tenant, démembré et pourtant décidé à… tenir.

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Le destin était une chimère

Soene

Il portait pour la première fois ses grolles en cuir de Belitol, à la geôle, le jour de son anniversaire, lui, l’homme au cent-quarante-huit années de vie sur la planète Eghopole. Équipé de son auréole, gardienne de tous les instants, il traversait le corridor à folle allure sur son jetPliKable, moment de joie intense et moment de transition, car il devait intégrer ce jour le nouveau complexe InformaDuplica, à l’entresol, pour renaître sans défaut.

Il s’allongea sur un plateau rond au matelas à la molle consistance. Son angoisse journalière formait une farandole à la couleur vitriol qui émanait de son corps en variation de température et produisait une odeur de menthol. Un personnel dédié par un protocole lui fixa, par des anneaux translucides, les membres et le cou.

Il était loin le temps des brols et des insouciances. Sa boussole de bien-être avait été démagnétisée lors d’une manifestation contre le pouvoir en place sur la planète Terre, qui suppurait le symbole de la malfaisance et le drapeau de la perversion. Son temps n’était plus le sien. Le destin était une chimère, la fatalité un texte de loi.

Il se réveilla. Il était assis sur un banc. Le paysage était grandiose. Il avait ses grolles et sa combinaison bleu pétrole. Il se leva. Son regard pleura. Une bestiole inconnue s’arrêta devant lui, le scruta et prit son envol. Il marcha longtemps par monts et vaux, prairies verdoyantes et steppes. Une traversée sans paroles. Il s’arrêta au premier village qui se nommait : Girolles-sur-Canapé.

― Alors, gamin ! Tu vas sentir le martinet ! Tu as fait encore l’école buissonnière…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Lire à la bougie

― Il y a des livres qu’il fait bon de lire à la bougie.
― Et pourquoi n’éteins-tu pas la lumière ?
― Parce que je n’ai pas de bougie !
― C’est une bonne remarque.
― C’est sûr !
― Mais… pourquoi tu affirmes qu’il fait bon de lire à la bougie ?
― Je viens de le lire…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Égotiste jusqu’à la pendaison de ton âme

― La réalité des autres ne m’épargne pas !
― Tu sais, les réalités s’entrechoquent pour nous faire réaliser que nous sommes vivants.
― Je le suis à ma manière !
― Égotiste jusqu’à la pendaison de ton âme, je te connais.
― C’est mon altruisme à moi !
― Bref, tu profites.
― Je suis mon éternité de mon vivant. Tu comprends ? C’est la tonalité la plus dispendieuse en temps et la plus savoureuse à contempler.
― Narcisse n’aurait pas dit mieux.
― Le désespoir en moins.
― Bien sûr.
― J’ai des frissons de bien-être et des douceurs d’émerveillement…
― C’est une vanité qui te porte quand je t’écoute.
― Un édifice ne tient pas tout seul, il lui faut un ciment.
― Bien… je ne te retarde pas… je ne voudrais pas être ton explosif…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

L’échec est toujours à la hauteur de son nom

― Suis-je à la bonne hauteur ?
― À la hauteur de quoi ?
― C’est une autre question.
― Quelle est-elle ?
― Elle viendra au moment voulu.
― Tu veux être à la bonne hauteur de quelque chose que tu ne connais pas ?
― C’est de l’anticipation.
― À ce niveau-là, c’est de la bêtise.
― En tout cas, tu es à la bonne hauteur pour en énoncer.
― Toutes les hauteurs ne se valent pas, donc tu te prépares à un échec.
― L’échec est toujours à la hauteur de son nom.
― Il l’est d’autant plus que t’y es prépare.
― Eh bien voilà, je me prépare… à la bonne hauteur de cet échec…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Une question ne se mange pas, elle interroge

― T’es qui, toi ?
― Un arbre à questions !
― Tu sers à quoi ?
― À alimenter la curiosité.
― Ça se mange, alors ?
― Non ! Une question ne se mange pas, elle interroge.
― Ça sert à qui ?
― À tout le monde.
― À moi aussi ?
― Surtout à toi.
― Pourquoi ?
― Parce que tu es trognon.
― C’est quoi, trognon ?
― Adorable.
― T’es grand, dis donc !
― Ça dépend comment on me regarde.
― Ah bon ?
― Et je te prédis que je grandirai tout le long de ta vie, pour toi.
― C’est une bonne nouvelle ?
― Oui, très !
― Ah ? Je vais aller dormir… tu viens ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Il m’est donné encore à traire de mon destin

― L’immobilité divisée par la nature de notre courage devant l’adversité.
― Il ne doit pas rester grand-chose.
― Crétin.
― Tu respires encore ?
― Je souffre par le silence qu’il m’est donné encore à traire de mon destin.
― Modeste.
― Arrogant.
― Défiance envers ton humeur de souffreteux congénital.
― Épargne-moi tes insultes…
― Tu ne vas pas me chanter : «Je suis malade, complètement malade…»
― Ignoble…
― Tu me rappelles ces siècles où la douleur n’était pas timide quand l’herboristerie n’avait pas toutes les clés pour soulager les plaies, les tourments et autres afflictions.
― Tu oses un diagnostic ou un constat ? Fripouille !
― Je cause.
― Arrête de m’asticoter, de manigancer, de m’outrager…
― Tu as encore du souffle.
― Je ne suis pas un mauvais bougre…
― Et moi, je t’attends dans mon carrosse… tu vois, je ne suis pas un mauvais diable…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Une virée sur l’unité de la nuit en pirogue ?

― Est-ce que toutes les nuits sont des nuits qui se ressemblent ?
― Aucune nuit ne ressemble à une autre.
― «La nuit, tous les chats sont gris». Non ?
― Je n’ai pas la vision nocturne intégrée.
― «Aux frontières du réel», un autre espace-temps, tu pourrais trouver ton miroir.
― «Miroir aux alouettes» et faux-semblants… bof…
― «Châteaux en Espagne»…, une virée sur l’unité de la nuit en pirogue ?
― «Le Radeau de la Méduse»…
― Tu penses que nous sommes tous à la même enseigne, la nuit ?
― Nous sommes tous des équations avec un dénominateur commun.
― Les distances ne sont plus des distances, c’est ça ?
― Nous sommes liés par des conventions, le jour… et la nuit, c’est l’appartenance aux silences qui soliloquent sans bride et les sangles des convenances n’ont plus cours…
― Et on dit que «La nuit porte conseil».
― Ouais… possible… mais là, je voudrais bien dormir…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Le roulement d’une vie sur un fil

― Je tourne en rond.
― Tu es assis… pour ton information.
― C’est une métaphore.
― J’ironise.
― Tu me contraries.
― Ta vie n’est pas à filer sur une ligne droite ?
― Quelle ligne droite ?
― Euh… le roulement d’une vie sur un fil, genre tyrolienne…
― Tu fais dans la métaphore.
― Je pensais parabole…
― Comme quoi, je ne capte pas tout…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

A creuser la question, ça ne perce pas le mystère…

― J’en reviens à ma question existentielle de l’année dernière : est-ce que l’on peut creuser un trou ?
― Nous en avions fait le trou… le tour…
― Nous avons surtout épilogué et chicané.
― Nous avons tourné autour du pot…
― Eh oui ! À creuser la question, ça ne perce pas le mystère…
― Oh ! Intéressante tournure sémantique, j’en suis ébahi.
― N’en faites pas trop…
― Je réitère.
― Donc, creuser c’est comme un effet d’annonce, car qui creuse est déjà dans un intérieur.
― Vous énoncez que l’intérieur est un trou ?
― Un trou, c’est bien un espace entouré de matière ?
― Oui… cette histoire commence par me sortir par les trous de nez.
― Ne recommencez pas !
― Je n’ai rien dit ! Continuez, continuez…
― Donc, creuser comme forer, piocher, sonder, fouiller, bêcher, aléser… ne sont que des synonymes aux renforts superlatifs pour créer… du vide…
― Des espaces non éclairés ?
― Pour faire plus simple : des trous noirs…
― Sur notre belle planète Terre ? Des… des trous noirs ?
― Oui !
― Wouaaah… c’est carrément le scoop de l’année…
― Faut pas pousser, hein !
― N’empêche… j’en suis troublé, voire, avec cette nouvelle fracassante… au fond du trou…

© Max-Louis MARCETTEAU 2026

Est-ce que l’on peut creuser un trou ?

― Je me pose la question existentielle : est-ce que l’on peut creuser un trou ?
― Oui, avec une pelle.
― Dans l’expression : «un trou perdu», votre assertion ne tient pas.
― Un trou n’a de sens que dans le contexte. Un «trou normand», c’est l’évidence… ce n’est pas un trou.
― Cependant, en Normandie, il existe des trous perdus !
― Certes, j’en reviens au contexte. «Un pied dans le trou»…. le sens du vrai trou s’impose.
― Oui, d’accord, mais «un trou de mémoire», hein ? Ça n’a pas de sens ? C’est bien un espace entouré de matière, la définition d’un trou ?
― Oui, certes, mais le sens physique est abstrait.
― Possible, mais c’est bien en ce sens qu’il y a du vide !
― Et alors «trou d’oreille»? Ce n’est pas du vide ?
― Tandis que «boire comme un trou», c’est pas du remplissage ?
― Je ne dis pas le contraire !
― Encore heureux !
― Et… un… troubadour ?
― Vous êtes bien… un trou du cul !

© Max-Louis MARCETTEAU 2025

Qui porte son bât…

― Une tâche au circonflexe travaille quand la tache salissure le retire ! Un comble !
― Peut-être pour ne pas salir son couvre-chef ?
― Ce qui est contraire à toute logique.
― Non ! Le chapeau protège le travailleur…
― Et quand il le retire, il se salit. Ah, Bravo ! On est presque dans la physique quantique…
― C’est ça même !
― Autre exemple, le mot lâche garde son circonflexe, lui, à toutes les occasions.
― C’est sûr…
― Tiens ! En voilà un qui se surpasse. Il est sûr de lui sans pour autant être sur le qui-vive.
― Je vous tire mon chapeau !
― Et pourtant, moi-même je suis mûr…
― N’en jetez plus !
― Et voilà ! Je deviens une bête de foire… qui porte son bât…

© Max-Louis MARCETTEAU 2025

Simple substance corpusculaire

― Bonne année ?
― Oui, bonne année !
― Eh bien, cette bonne année, je vais la souhaiter à qui je veux.
― Ah ?
― Prédiction qui tient plus de la foutaise que du calcul des planètes sur un thème astral…
― C’est une tradition.
― Certes ! J’acquiesce, mais au-delà de la tradition et des bonnes manières, je m’affirme par mon autodétermination…
― Présentement, c’est un manquement à la sociabilité très marqué.
― La sociabilité a une limite.
― Tu ne me souhaites pas une bonne année ?
― Je ne te souhaite rien, c’est encore mieux.
― Goujat ! Tu te rétrécis à ta simple substance corpusculaire…
― J’accepte ta remontrance… nous nous rejoignons…

© Max-Louis MARCETTEAU 2025

La poésie est une tombe sans nom…

― … non, le clair de lune est à demi aveugle ce soir…
― Une distension ?
― Non, un ciel nuageux tout simplement…
― Une friction avec l’atmosphère.
― Non, une ondulation du temps…
― La météo de la poésie n’est pas ton fort.
― Non, que m’importe la poésie…
― Ton infini est une aubaine à ta vie.
― Non, je ne cours après rien…
― Pour toi, la poésie est sans lendemain.
― La poésie est une tombe sans nom…

© Max-Louis MARCETTEAU 2025

Les projecteurs rugueux sur la peau

― Il me reste son parfum…
― Parfum miroir des souvenirs, tu n’auras pas besoin de fouiller ton passé.
― Passé est une onde qui me vient par vagues.
― Vagues salées qui t’appartiennent et qu’aucune plage ne peut convoiter.
― Convoiter l’unicité est une hérésie.
― Hérésie du passé qui, pourtant, se déshabille chaque jour sur le devant de ta scène.
― Scène à deux délavés par des silences émancipés sous les projecteurs rugueux sur la peau.
― Peau de chagrin à la fin d’un temps.
― Temps ne compte pas les images de sable…

© Max-Louis MARCETTEAU 2025