Le ruisseau chante
sur les pierres qu’il caresse
entre les racines
le ruisseau chante.
Je cherche en vain
d’où vient la plainte
mélodie de la goutte
mélopée du ruisseau.
Une âme gémit
un corps s’enfuit
Chapitre VII : L’Expérience Partagée
Des équilibres IV – les nombreuses
Par le fluide chemin
à travers les terres caressantes,
les rocailles menaçantes,
et les racines avides,
tu fus mené.
T’en souvient-il ?
Dans l’immense
corps mouvant
jusqu’à la mère.
L’abime,
où tu as pour finir perdu même ton nom.
Pulcherima aqua
Puis le souffle brûlant de ton dieu sans pitié
t’a appelé à lui.
Evanouie,
ta présence était alors diffuse comme le souvenir.
Autour de toi,
la brume semblait secréter elle-même
la pâle clarté qui lui échappait.
Rien n’existait pour lors
que l’uniforme pensée,
façonnée par votre rêve à toutes,
hors des étendues stériles …
Le désir de vivre,
de dérober pour soi une parcelle de la flamme
et puis brûler …
brûler !
Un jour le vent te conduira
au-dessus des espaces qui désirent ton corps.
Un jour tu jailliras,
enfin seule,
au milieu de tes sœurs, révélées à la vie.
Alors,
ivres de cette naissance enfin assouvie,
vous blasphèmerez le paradis perdu.
Enfants vous nommerez Liberté votre chute.
L’Unique – Chapitre VI : Confiance et confidence
Des équilibres IV – Elle dort
Un sourire,
à travers le visage endormi,
posé sur les draps prairie
les draps pâturages
Où les rêves suivent les désirs secrets du vent.
La pâleur de la nuit parle à l’absente
de la clarté
de la lumière paisible et fragile
qu’un seul regard éteint.
La nuit seule protège cette lueur.
Feuille d’automne
bientôt poussière d’automne sous la neige,
elle se dépose à la lisière des lèvres
d’où les rêves se glissent furtivement au dehors.
Peu de paroles
dans la chambre qui écoute
la chambre qui murmure à peine
quelques mots fleurs
et le parfum obscur d’un piano,
refermé sur ses fluides promesses,
d’un poisson,
enfin perdu dans son eau tiède,
mais surtout
d’un sourire,
source d’où s’écoulent
les ombres de sa nuit.
Des équilibres III – frais divers
L’ultime ballade
en ces vastes étendues
– blanches à ralentir le sang qui bouillonne –
la haut,
non pour atteindre un lieu
qui surplomberait tout autre,
mais
parce que la présence qui boit les âmes
est là.
La tienne
elle l’attend
et sait,
tu lui as promis depuis l’enfance,
que l’heure est proche
où tu te coucheras
en son creux
sa neige, sa glace
sa main ouverte.
L’ultime ballade.
à son terme
la dernière pensée t’y rendra immortel.
L’Unique – Chapitre V
Des équilibres II – dix sous
Tu vas
au bord de l’eau qui voyage,
et là
dans un cercle d’espace
où se rassemble
tout ce qui donne envie
de regarder, d’écouter, de frôler
la vie,
tu mouilles une ligne et son bouchon,
juste pour montrer aux poissons
que tu te soucies de leur présence.
Puis
tu donnes congé à ton corps.
Habiles
tes mains seront libres de faire
tous ces petits gestes, lents et précis
dont tu serais tout à fait incapable.
Pendant ce temps,
délivré de ton regard,
fondra en un grand tout
parc, forêt, nuage
et la rivière.
Leur silhouette dissoute dans la brume noire
que ton errance immobile aura su trouver.
Devant ton formidable désir, mouillé de paresse,
l’espace entier ne sera plus
qu’une sorte de larme sur le bord de tes lèvres.
La traque des impostures 82
Cette vase gluante qui fige tes pensées
…
Peut-être un café pour la gifler,
la liquéfier ?
À moins que l’amertume ne s’ajoute
en torpeur, en raideur des chairs.
…
Une absinthe ?
Pour dissoudre
ce corps lisse et traitre
comme celui de Serpent.
…
Sauter dans une auto,
manger le paysage :
forêts, campagne, villages,
à pleine vitesse.
Mais n’est-ce pas ajouter
du néant au néant ?
…
Alors, peut-être
un poème ?
