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Et Barbara Auzou, c’est ici

oui nous sommes fragiles
et la somme de nos fragilités
même la forêt la cache mal
tant elle a pénétré nos pensées
et l’ourlet de notre peau
pourtant tout là-haut
demeure une présence tutélaire
elle fait l’asile des oiseaux l’hiver
et la confiance des arbres chauds
qu’avons-nous perdu en chemin
pour être là à tendre les mains
à un avenir qui tremble
qui a perdu jusqu’à son midi d’étonnement
nous sommes des enfants sans mémoire
dont l’existence ne tient plus qu’à un fil
et qui veulent croire qu’il n’est pas trop tard

il existe pourtant une vérité
de soleil et de vent
un alphabet d’univers aussi
que nous avons perdu entre deux virgules
dans ce geste de refus et d’orgueil
où chacun se regarde
depuis sa solitude de saison blessée
il faudra restituer à l’enfance avant qu’elle capitule
et la beauté et la conscience
de ce qui s’en va avec les feuilles
puis tout ce qui fait retour dans l’œil du temps
mais toi
toi reste mon aile gauche sous la chemise des nuits
-deviens un oiseau
Barbara Auzou
au creux de ce septembre où les arbres s’avivent
dans l’écarlate et l’or de mille voix de sèves
me vient cette douceur en mon âme de louve
et cet amour si clair qu’il me chavire encore
je prends à bras le corps cet automne et j’effeuille
tous les cahiers de bleu où j’ai posé mes mots
pour en faire un jardin où poussent des poèmes
comme des oiseaux fous qui décrochent le ciel
© Francine Hamelin (Transpercer le ciel)
tu me dis que le temps nous rêvera encore
en cette enfance enracinée
plus loin que les saisons de notre âge
tu me dis des mots vierges d’usure
des mots qui apprivoisent les pierres
et le cœur des oiseaux
en mes forêts de louve
tu me dis des mots d’âme
et l’intègre beauté terrienne de l’amour
et je pose ma main sur les portes de l’aube
le monde palpite comme un soleil ouvert
parmi les hautes îles d’ocre rouge
© Francine Hamelin (Transpercer le ciel)
aller vers la mer d’une nuit buissonnière
doucement sur la couleur des vents
vers un rêve d’îles claires
dans les chants lapidaires
sculptées par les marées
partir
le voyage est sans fin
les îles innombrables
aller vers les forêts inattendues
et la mémoire du corps de la terre
vers les racines d’un pays d’âme
sur la piste des esprits libres
et de ma voix de louve
partir
le voyage est sans fin
les arbres innombrables
partir
la nuit est buissonnière
et le rêve est vivant
© Francine Hamelin (Les routes buissonnières)