Les plumes 37

les plumes d'AsphodeleSur une proposition d’Asphodèle

 

Paroles de nuit.

— « Cesse de gigoter, tu m’empêches de dormir.
— Je crois que tu ne rends pas compte, Je suis victime d’un double vol !
—… Comment ça, double ?
— Ben, d’abord ma dernière nouvelle, et ensuite mon sommeil !
— Tu es épuisant avec cette histoire…
— Normal, je suis épuisé.
— Allez… encore la même chanson.
— Et toi? Si on s’appropriait ton travail ?
— Chaque jour, mon patron m’exploite honteusement, ce n’est pas du vol, ÇA, peut-être ?
— Mon éditeur, également, ne s’explique pas comment elle s’est retrouvée dans ce recueil.
__…
__…
— Te rappelles-tu, notre rencontre?
— Personne ne l’avait lu, même pas toi !
— Nos fêtes, nos ciels étoilés…nos sarabandes endiablées sur la plage déserte de l’île de Ré.
— Elle ne s’est pas évadée de mon pc quand même ?
— L’ivresse de notre jeunesse…
— Peut être à cet atelier d’écriture dont je suis rentré complètement ivre…
— Je rêve de voyage… de recommencement.
— Moi je rêve de dooormir !.
— Tu es en boooucle !
— Mes nuits ne sont plus qu’insomnie.
— Tu deviens chauve à force de ruminer .
— Mais que racontes tu ?
— Je dis que l’éclat ténébreux de ton regard est maintenant délavé !
— J’avais tant travaillé ma chute.
— Justement, tu vires plus blanc que tes feuilles de papier sur lesquelles tu te répands.
— Tiens au fait, je n’en ai plus, tu pourras…
— Vas-y toi-même. Tu passes tes journées dans le silence, enfermé dans le pavillon.
— Je n’ai plus goût à rien, jusqu’à mes petits matins qui ne m’inspirent plus.
— Et mes fesses, si voluptueuses, ne t’émoustillent plus…
— Me faut plus que ça pour me ressourcer.
—…
—…
— Regarde! Le chat, aussi, préfère aller dans le salon.
— Tant mieux j’ai besoin de solitude.
— Pourquoi faire ? te transfigurer en être aimable et vivable ?
— Et cette signature en bas de mes mots ! Émile comment déjà ?
— Ce n’est pas ton deuxième prénom ?
__…
— Cela ressemble au prologue d’une pièce de théâtre…
__…
— tu ne trouves pas ?
__…
— Eh ? On t’a en plus volé la parole ?
— Tu sais que tu es géniale, ma Rosa !
— Si tu le dis…
— Repose bien tes voluptueuses fesses, je vais jeter quelques phrases dans mon carnet et je reviens m’en occuper.
— Paroles et paroles…
— J’ai une forme, tout d’un coup, moi ! »

 

La liste:

Vol, chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.

Le passeur n’est pas passé

 

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Les plumes 36

Voici ma participation au  défi d’Asphodèle.

Le thème : la folie

Les mots imposés :

Grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, univers, abandon, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, bergère, escapade, onduler, outrageux, obsédant.

le grain que je venais de me prendre sur le carafon eu pour conséquence un de ces grands moments de solitude qui nous laisse comme un rêveur honteux.

Oui, cette pluie ordinaire de novembre était on ne peut plus normale pour la saison, je vous l’accorde, mais sa rapidité et sa fulgurance eurent un effet outrageux pour ma tenue, transformant ma veste de velours et mon pantalon de laine en une camisole d’eau entravant chacun de mes mouvements. J’espérais, comme dans un conte pour enfants, que la baguette magique de ma fée préférée viennent à mon secours. Immédiatement, je sentis une brise froide sur mes épaules et décodait qu’elle m’avait entendu, mais n’avait pas le temps d’aligner les mailles.

Maugréant, tel un zinzin en fugue, contre ce robinet ouvert au-dessus de moi, j’étais bien décidée à ne pas croiser un aliéniste dans cette tenue. J’essayais entre les « flics flacs flocs » obsédants de courir vers ma porte cochère. D’un bond, j’étais en bas de mon entrée. Enserrée pas mes vêtements trempés, je montais d’une démarche de crapaud les marches menant à mon refuge. Je soupçonnais que ma protectrice se soit trompée sur la nature de son charme. Ne m’attardant pas sur ce détail, je me voyais déjà installer dans ma douillette bergère devant ma cheminée, quand j’atterrissais brutalement sur mon voisin. Une farouche et incontrôlable animosité ne nous quittait pas depuis notre première rencontre. Le visage de ce bellâtre reflétait à la fois bêtise et stupeur, une sorte de prouesse, j’en conviens. Quand je m’ennuyais, je l’imaginais avec un plaisir sadique, tournant sur orbite pour le désintégrer façon puzzle éparpillé dans l’univers. Nos rapports quotidiens se limitaient à un bonjour hypocrite pour moi et un grognement pour lui.

Le cheveu dégoulinant, plaqué au crane, le rimmel bleu traçant deux traces d’encre le long de mes joues, les fringues plaquées au corps, se terminant pas deux grosses flaques autour de chaque pied, je n’étais pas au mieux de ma forme. Il me regardait avec dédain, n’approuvant pas mon extravagance vestimentaire. Comme si c’était mon habitude. Moi, le bon goût et la discrétion même. Certes, j’avais toujours rêvé d’être une artiste, mais pas au point de paraître en pleine psychose humide au milieu du palier. Son regard furieux foudroyait méchamment les deux éponges spongieuses qui remplaçaient mes délicates ballerines. Elles imbibaient impitoyablement le tapis rouge du l’escalier. De la main, j’esquivais un geste d’abandon, lui signifiant ainsi qu’il ne pouvait comprendre. D’une maîtrise pétrie d’expérience je gardais pour moi les noms d’oiseaux qui fusaient dans mon cerveau, et ondulais silencieusement vers ma porte tel un poisson dans son aquarium.

Abandonnant derrière moi cette escapade arrosée, je retrouvais avec gratitude la douce chaleur de mon antre étanche.

les plumes d'Asphodele

 

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