En balade dans le vieux Marche, un clochard soudainement m’abordât. D’où venait-il ? De la place ou d’une ruelle, qu’importe.Avatar de misère, il me tend le bras, paume en l’air et murmure “M’sieur, une pièce, j’ai faim”.
Voix ferme,sévère. Pas une voix de mendiant, une voix fière, une voix d’humain debout qui m’indique que dans notre monde de richesses où je déambule, un homme main ouverte à faim.
D’instinct ma main cherche ma poche, cherche l’obole qui me donnera bonne conscience, mais ma main reste fixe, sans m’obéir paralysée par la voix qui a faim, par la paume aux cals de misère. Je suis statue devant cette main qui semble m’accuser de toute la misère du monde.
“M’sieur, j’ai faim, une pièce s.v.p “ J’ai envie de le nommer, de mettre un prénom sur ce visage, de le sortir de l’anonymat. Je veux lui donner ces pièces qui son dans ma poche et de nouveau ma main refuse de bouger.
Cette scène n’a duré qu’un court instant et m’a semblé éternité.
Croyant perdre son temps, me croyant sourd à sa détresse, aveugle à sa misère,l’homme baisse le bras, ferme la main et disparait et…. c’est alors que mon corps se réveille,que le cœur s’emballe, que mes yeux le cherche, dans la ruelle, sur la place. Je veux crier son nom, je veux qu’il revienne, qu’il reçoive ces quelques pièces, que je voudrais lui offrir plus.
Je veux lui crier que je déteste cette société où des Hommes sont encore obligés de mendier de quoi subsister, cette société qui se préoccupe plus des ors et richesses des puissants que des laissés pour compte. Peine perdue.
Jamais, je ne l’ai revu mais chaque fois que mes pas m’emmènent dans ce vieux Marche je croix entendre sa voix, sa voix aux cents visages, aux cent noms; et il a toujours faim.