Lorsque j’ai l’impression de partager certains combats sur les réseaux sociaux., il m’arrive parfois d’être meurtrie par des points de vue qui rencontrent pourtant l’assentiment du plus grand nombre. C’est notamment le cas lorsque s’exprime un rejet quasi systématique de créations plastiques de notre époque..
Étant artiste peintre depuis plus de 30 ans, pendant des années, j’ai tenu des blogs artistiques où sur un ton satirique je démontais toutes les impostures de l’art institutionnel.. J’ai regroupé ces articles dans mon livre « L’’enterrement du dernier peintre ».
Étant donc en capacité d’exercer mon esprit critique de façon éclairée, je suis loin de défendre out ce qui est présenté comme œuvre d’art.Une banane scotchée sur un mur vendue pour une somme exorbitante, c’est du foutage de gueule . Exposer un clitoris géant pour la journée de la femme, c’est une provocation wokiste autrement dit de la propagande.
Lorsqu’au début du 21éme siècle, je dénonçais l’art officiel, le wokisme était déjà latent mais pas encore aussi affirmé qu’aujourd’hui où l’expression luciférienne rencontre la complaisance du pouvoir.
Je n’ai jamais été dans les petits papiers des institutions et ma démarche picturale novatrice n’a jamais rencontré le moindre soutien public. J’ai dépassé l’’amertume pour simplement être heureuse de voir que la discrétion de mon travail m’a permis de rester libre et fidèle à moi-même, ce qui n’est pas le cas des artistes liés à des contrats avec l’État.
J’ai signé la pétition de rejet de l’œuvre de Claire Tabouret en remplacement de vitraux intacts de Notre Dame.Seul l’art sacré a sa place dans une église.
Ceci dit, je ne supporte pas le dénigrement systématique des formes d’art de notre époque avec des arguments qui n’honorent pas ceux qui les utilisent Que l’on aime ou pas une œuvre, sa présence dans l’espace public est une nécessité. Aucune civilisation ne survit sans art de son temps. Si l’on ne reconnaît que l’art du passé, aussi génial soit-il, c’est que notre civilisation est déjà morte. Le théâtre moderne doit-il s’écrire en alexandrins ? N’existe-il pas de poésie sans rimes ? Être amateur de musique classique empêche t’il d’aimer le jazz, les groupes de musique des années 60 à 80 et nos auteurs compositeurs interprètes ?
Pourquoi le fait d’aimer les sculptures de la Grèce antique ou celles de Rodin devrait il obligatoirement rendre hermétique à celles qui sont faites avec d’autres matériaux ? Pourquoi vouloir ignorer le message de l’artiste ?
Souvenons nous comme les impressionnistes ont été décriés à leur époque,ou encore la difficulté de faire accepter la peinture de Van Gogh de son vivant. ! Allons nous revenir au temps des nazis qui par idéologie évoquaient l’ « Art dégénéré » pour à interdire où détruire toute forme d’art moderne et à pousser les artistes à l’’exil où les persécuter ?
Oui il y a des abus dans l’art. La » Merda d’artista » de Piero Manzoni (1961) en est le plus flagrant exemple. Entre le snobisme béat qui consiste à applaudir n’importe quelle provocation et le rejet systématique de tout ce qui s’éloigne des formes artistiques admises, il y a de la place pour la critique et pour le débat..
La tendance qui consiste à dire que l’art est inutile et que l’argent public n’a pas à le financer nous place sur une pente glissante. On trouve normal que l’État participe au financement du football déjà sponsorisé par des mécènes privés. Les joueurs millionnaires qui shootent dans un ballon sont donc plus importants que des artistes ? Les privilèges des élus, les milliards d’euros envoyés en Ukraine pour tuer toujours plus de gens, les milliards accordés aux grandes entreprises qui ne se privent pas de réduire le personnel, tout ceci serait donc moins scandaleux que les quelques milliers d’euros d accordés à un artiste pour une commande publique ?
Vous voulez quoi ? Un monde sans art vivant ? Mais ce serait quoi la finalité d’une société sans création ? Une vie végétative sans transcendance ni spiritualité ?
L’attribution des commandes publiques reste opaque : Copinage, élus qui se servent au passage avant que l’artiste touche son dû. Il y aurait beaucoup à redire mais ce n’est pas ce qui chagrine ceux qui décrient les œuvres contemporaines.Ce qu’ils déplorent, c’est l’existence de l’art vivant dans l’espace public..
J’ai lu un post disant que peu importait la qualité de l’œuvre car tout ’argent public rétribuant l’art devrait-être sanctionné. Nous en sommes là ! Haro sur l’art ! Si tout ce qui reste au RN et aux souverainistes, c’est de suivre les nazis dans leur définition de l’art dégénéré, ce parti passe à côté de l’essentiel.
Mais revenons à la sculpture monumentale de Daniel Hourdé » » L’arbre aux mille voix qui rassemble autant de personnes prêtes à dégueuler leur rejet . En toute honnêteté, je la trouve plutôt pas mal et sensée. Elle est figurative car la forme de l’arbre est évidente donc d’une compréhension facile pour peu qu’on ne la rejette pas par principe. Le message de l’artiste est limpide. A quel titre mérite-t-il qu’on le raille. J’aime la portée universelle de cette œuvre qui défend la littérature et les formes artistiques du passé et actuelles.
Quand aux gens qui trouvent que ça dégrade l’espace public, qu’ils se rassurent, cette sculpture monumentale ne restera pas dans la cour du Palais Bourbon et n’incommodera donc plus les députés du RN
Il paraît que mes arguments sont trop cons. C’est ce que m’a dit l’homme qui prétend incarner l’intelligence collective : Je lui renvoie son » compliment » car comme disaient autrefois les enfants : « C’est celui qui le dit qui l’est ». Quant à moi, je suis libre de m’indigner devant l’indigence de propos nauséabonds et je soutiendrai jusqu’à mon dernier souffle, l’art et les artistes que j’estime devoir défendre.
« Avec son tronc déformé, son aspect mystérieux et son feuillage réalisé en livres, cet arbre étonne et capte le regard. Car oui, en y regardant de plus près, ces étranges feuilles sont en réalité des livres. Le Petit Prince, À la recherche du temps perdu, Hamlet, Boule de Suif, Le Diable au Corps, Orgueil et Préjugés, La Vagabonde, Une vie violente… Les grands classiques de la littérature côtoient des romans plus récents, des auteurs de tous les pays sont représentés dans cet arbre de vie universel.
Ces livres bien connus nous paraissent éternels… Et pourtant, Daniel Hourdé rappelle à travers sa sculpture à quel point les œuvres, les récits, la culture est fragile. Telles les feuilles des arbres qui tombent et meurent à l’automne, ces œuvres peuvent elles aussi disparaître rapidement..» « Sortir à Paris/arts -culture »
Mon livre :
https://www.thebookedition.com/fr/l-enterrement-du-dernier-peintre-p-85497.html#summary