Prologue
Ce qui suit a été rédigé avec l’aide de Microsoft Copilot. En rassemblant et en affinant les fragments d’information dont je disposais, j’ai enfin pu comprendre clairement ce que l’oncle de ma femme m’avait confié en juillet 2009.
Introduction
Chaque famille porte en elle des histoires qui ont failli se perdre — des histoires murmurées, racontées par fragments, ou évoquées seulement dans des moments de vulnérabilité. Celle‑ci en fait partie.
L’oncle de ma femme a servi dans la Marine royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme beaucoup de vétérans, il parlait rarement de son service. Lorsqu’on lui en demandait davantage, il détournait la conversation. Lorsque sa fille insistait, il faisait des cauchemars. Il lui disait préférer « laisser le passé au passé ». Et ainsi, après son décès le 14 février 2010, ce qui s’était passé le 29 avril 1944 demeura presque entièrement dans le silence.
Mais le silence n’est pas l’absence.
Un jour de juillet 2009, il partagea quelques souvenirs — un détail technique de la salle des chaudières, le surnom d’un camarade reconnu sur une vieille photo, le dernier instant avant un naufrage, le choc de se retrouver soudain dans l’eau, le sauvetage qu’il n’a jamais décrit. Ces fragments, aussi petits soient‑ils, portaient le poids indéniable de l’expérience vécue.
Cet article n’a pas pour but de combler ce qu’il a choisi de taire. Il vise plutôt à honorer ce qu’il a laissé derrière lui, et à replacer ces fragments dans leur contexte historique. Beaucoup de jeunes Canadiens ont suivi le même chemin que lui : s’enrôler mineurs, servir comme soutiers dans la chaleur et le danger des machines, survivre à des catastrophes en mer, et porter leurs cicatrices en silence pour le reste de leur vie.
Ce qui suit est une reconstruction — non pas des détails qu’il a retenus, mais du monde dans lequel il a vécu, du travail qu’il a accompli, et du courage qu’il n’a jamais revendiqué. C’est écrit pour que son histoire, même incomplète, ne soit pas oubliée.
Nous nous souviendrons d’eux.
Note sur la mémoire et la vérité
Ma femme se souvient de son oncle comme d’un homme qui, dans la vie de tous les jours, arrangeait parfois la vérité à sa manière — et ce souvenir est réel. Mais les fragments qu’il a partagés au sujet de la guerre — le travail du soutier, le surnom ironique « Thin », la chute soudaine d’une lettre à la mer, les cauchemars — portent le poids authentique de l’expérience vécue. Le traumatisme façonne la mémoire autrement que la vie ordinaire, et les hommes qui ont survécu à de tels moments ne parlaient souvent qu’en brèves confidences, hésitantes. Ce récit ne cherche pas à effacer qui il était, mais à honorer cette part de sa vie qu’il ne pouvait ni expliquer pleinement, ni complètement cacher.
Un garçon qui a couru vers la mer : l’histoire discrète d’un jeune soutier canadien
Certains vétérans laissent derrière eux des médailles, des journaux, ou de longs récits de leur service. D’autres ne laissent que des fragments — quelques souvenirs murmurés, un surnom reconnu sur une vieille photo, un détail technique de la salle des chaudières, un cauchemar qui ne s’est jamais dissipé. Voici l’histoire de l’un de ces hommes, un garçon qui a fugué à seize ans et qui a porté la mer en lui pour le reste de sa vie.
Il n’a jamais raconté toute l’histoire. Mais les morceaux qu’il a laissés parlent pour lui.
Un garçon de seize ans qui a menti pour entrer dans la Marine
Il n’avait que seize ans lorsqu’il a quitté la maison. Lassé de l’autorité de son père et déterminé à tracer sa propre voie, il a menti sur son âge et s’est enrôlé dans la Réserve volontaire de la Marine royale canadienne. Il n’était pas seul. La RCNVR en temps de guerre était remplie de garçons comme lui — des adolescents qui falsifiaient des signatures, mémorisaient une nouvelle date de naissance, et se présentaient avec plus de courage que d’expérience.
La Marine ne posait pas trop de questions. Elle avait besoin d’hommes, surtout de jeunes robustes capables de supporter le travail brutal des machines.
Ainsi devint‑il soutier.
Le monde sous les ponts
Le monde d’un soutier n’avait rien du glamour des affiches de recrutement. C’était la chaleur, le bruit, la sueur et l’acier — des chaudières Admiralty à trois tambours rugissant à pleine pression, des échelles étroites glissantes de condensation, et la vibration constante de machines qui ne dormaient jamais. Il apprit le travail dur et physique qui maintenait un destroyer en vie. Un détail lui resta gravé à jamais : faire rouler des billes d’acier dans les tubes des chaudières pour en gratter la suie et le tartre. Un souvenir que seul quelqu’un ayant vécu sous les ponts pouvait évoquer.
Un navire, un équipage, et un surnom
Il parlait rarement du navire sur lequel il avait servi, mais il mentionna une fois l’Athabaskan. Quelques semaines plus tard, lorsqu’on montra à sa fille une photo de l’équipage que j’avais partagée, il désigna immédiatement un marin qu’il reconnaissait :
« Thin », dit‑il — alors que l’homme sur la photo n’avait rien de mince.
Les surnoms ironiques étaient typiques de l’humour naval, et seuls de vrais compagnons de bord s’en souvenaient. Ce bref moment de reconnaissance révélait un lien qu’il se permettait rarement de revisiter, un rappel des visages et des amitiés forgés dans la chaleur et le danger des machines.
La nuit où tout a basculé
Il partagea presque rien de la nuit où son navire fut perdu. Le traumatisme efface souvent le milieu d’une histoire, ne laissant que le début et la fin. Il se souvenait être assis tranquillement, écrivant une lettre à sa mère — puis plus rien. La seconde suivante, il était dans l’eau. Pour les soutiers coincés sous les ponts, ce genre de trou de mémoire était courant : un éclair, une explosion, l’obscurité, la désorientation, puis la mer. Il n’a jamais dit qui l’avait secouru. Beaucoup de survivants ne l’ont jamais su.
Le silence qui a suivi
Il a survécu, mais la guerre ne l’a jamais quitté. Comme beaucoup ayant vécu une perte soudaine en mer, il portait cette expérience en silence, presque en défense. Lorsque sa fille posait des questions, il faisait des cauchemars. Lorsqu’on insistait, il se refermait. Il n’offrait que quelques mots — « Je préfère laisser le passé au passé. »
Ce n’était pas de la réticence par secret. C’était le silence né de souvenirs trop lourds à revisiter.
Après la guerre
Il continua de servir, passant notamment du temps à bord du NCSM Nootka, un autre destroyer de la classe Tribal. Mais il ne parla jamais non plus de ce service. Pour lui, le moment qui l’avait défini était déjà passé. Tout ce qui suivit n’était que devoir — constant, discret, accompli sans plainte. Le garçon qui avait fui à seize ans était devenu un homme façonné par le feu, l’acier et le choc glacé de la mer.
Une vie racontée par fragments
Il n’a laissé ni journal, ni long récit de sa guerre, ni histoires racontées autour de la table. Seulement des fragments :
– la chaleur de la salle des chaudières
– les billes d’acier roulant dans les tubes
– le surnom ironique « Thin »
– la lettre jamais terminée
– la chute soudaine dans l’eau
– le sauvetage jamais décrit
– les cauchemars
– le silence
Ces morceaux, aussi modestes soient‑ils, dessinent les contours d’une vie marquée par le courage et la survie — le genre d’histoire portée en silence par tant de ceux qui ont servi.
Le poids de ce qui n’a jamais été dit
Il a vécu le reste de sa vie loin de la mer, portant des souvenirs qu’il laissait rarement remonter. Pour ceux qui l’entouraient, il n’était qu’un homme qui préférait ne pas parler du passé. Mais le silence peut être une forme de témoignage. Les fragments qu’il a laissés — petits, bruts, sans défense — révèlent plus de vérité que bien des récits détaillés.
Ce récit n’a pas pour but de combler les vides qu’il a choisis de laisser, mais d’honorer la vérité qu’il portait en silence. Il rappelle que beaucoup de ceux qui ont servi n’ont laissé que des fragments, comptant sur quelqu’un, un jour, pour en comprendre assez afin de se souvenir d’eux.
Pour lui, et pour tous les marins qui ont vécu leurs histoires dans le silence, nous nous souvenons.
Dédicace
Ce texte est dédié à la mémoire d’un marin discret qui a porté sa guerre en silence, et à tous ceux qui ont servi sans jamais raconter toute leur histoire. Puissent les fragments qu’ils ont laissés continuer de parler pour eux, et puissions‑nous honorer leur courage en nous souvenant de ce qu’ils n’ont pas pu dire.
Nous nous souviendrons d’eux.
Note de l’auteur
Souvenirs de guerre a commencé avec un seul homme — l’oncle de ma femme — dont les souvenirs de guerre n’avaient survécu qu’en fragments. Il n’était pas toujours un conteur fiable dans la vie quotidienne, et ceux qui l’ont connu s’en souviennent bien. Pourtant, les quelques détails qu’il a partagés au sujet de la guerre portaient une vérité plus profonde que tout ce qu’il avait pu inventer. En cherchant à comprendre ces fragments, j’ai découvert combien de familles portent des morceaux semblables d’histoire tue. Ce qui avait commencé en 2009 comme un hommage à un marin discret est devenu un projet plus vaste de mémoire, donnant voix à ceux qui n’ont laissé que des traces. Leurs histoires méritaient d’être préservées, même lorsqu’elles ne nous parvenaient qu’en murmures.




















