6 ans déjà, et la vie qui a changé

Difficile de trouver un titre parfois. De long mois que je n’ai plus écrit. Je vous laissais sur mes incertitudes de retour en PMA. Il y en a toujours, même si ça a un peu évolué.

6 ans déjà, hier, que je vivais le pire jour de ma vie, en accouchant de mon S. sans vie. 6 ans que notre vie a été brisée. Et depuis les mois et les années coulent. J’ai l’impression que c’était il y a peu, et pourtant la vie est tellement différente.

Il y a 6 ans je pensais ne jamais pouvoir me relever de cette épreuve. Et pourtant si. Bien évidemment la chance d’avoir désormais H. dans notre vie depuis presque 4 ans nous a grandement aidé à soigner notre cœur meurtri.

Hier pour ce triste anniversaire, j’ai fait un pied de nez à la vie, j’ai accompagné une sortie scolaire et ait été au cinéma avec la classe de mon fils. Puis ait passé l’aprem avec lui. Douce amertume, ce jour est difficile mais il est là, bien vivant et plein d’amour 🥰 c’est probablement l’anniversaire le plus doux que j’ai passé jusqu’à présent.

Concernant le retour en PMA… En octobre on a validé qu’on y retournerait, sans se donner d’échéance. En début d’année on a validé qu’on y retournait au mois de juin , après un voyage. Finalement le voyage a été décalé à août, alors on prévoit d’y retourner en septembre. C’est dans longtemps, mais on ne veut pas une énième fois se priver d’un voyage à cause de la PMA. Alors les plaisirs en priorité. Et je mets ce temps à profit pour mettre toutes les chances de mon côté – perte de poids pour ne plus être en surpoids d’ici là, et cure de vitamines. Ça sera la dernière tentative, alors je veux y aller sans aucun regret possible.

Est ce que ça me fait peur ? Oui. J’ai des traumatismes à foison entre le deuil périnatal, le fiasco de la dernière FIV. Puis la peur de foutre en l’air l’équilibre enfin retrouvé dans ma vie perso et dans mon couple. Mais l’envie d’un 2e est trop forte pour ne pas tenter, une dernière fois, et vivre sans regret. On ne sait jamais, parfois les miracles arrivent.

Après l’échec de la FIV de septembre

Je me rend compte avec mon dernier article que je vous ai laissé sur le résultat de la dernière fiv comme un épilogue , vu la situation.

Suite à cet échec, nous avons demandé un RDV avec notre gynéco, programmé mi novembre pour débriefer (on a du attendre 1 mois et demi…).

En parallèle nous avions été ré-inscrit automatiquement sur la liste d’attente pour la PMA, et aurions pu commencer dès novembre un nouveau cycle… La blague je crois que c’est la 1e fois qu’il y a si peu d’attente. Nous n’avions même pas pu encore débriefer de l’échec.

À ce moment là, nous naviguions entre « stop c’est fini » et « on ne peut pas s’arrêter là ». On n’était pas préparé à déjà devoir faire le deuil de ce 2e enfant alors qu’un mois plus tôt on était optimiste et se disait que la famille allait peut-être s’agrandir.

Si mon mari à ce moment là m’avait dit « tournons la page , arrêtons nous là », je pense j’aurais pu me dire ok je commence mon deuil. Je pensais d’ailleurs qu’il me dirait ça après sa frayeur à m’avoir géré moi et mon fils aux urgences au milieu de la nuit.

Contre toute attente il m’a dit « tu as le dernier mot car c’est ton corps. Mais de mon côté je ne suis pas encore prêt à faire le deuil d’un 2 enfant, même si tu mets plusieurs années à te sentir prête à retourner en PMA ».

De mon côté je pensais plutôt « si j’y retourne pour une dernière tentative, c’est tout de suite. Si ça doit se finir, autant retenter au plus vite et pouvoir ensuite clôturer ce chapitre. Je ne veux pas trainer ce « peut-être » pendant des années « .

On s’est dit que de toute manière on attendait le debrief avec le gynéco pour prendre une décision (j’y reviens), on a donc décalé une nouvelle tentative à décembre . Je ne pouvais me résoudre à annuler.

Le rdv gynéco a eu lieu, et… Nous n’avons rien appris. Pour lui c’était la faute à pas de chance . Pour lui, j’étais encore jeune et ma différence d’âge (seul facteur différent) ne pouvait expliquer l’échec (32 ans contre 27 la dernière fois). Pas d’intérêt de changer de traitement, il fallait retenter avec celui là, et si là ça ne marchait de nouveau pas, réadapter… Sauf qu’on lui a dit que si nouvelle tentative il y avait, c’était la dernière qu’importe le résultat.

On a longuement discuté, de notre parcours, des épreuves et difficultés déjà rencontrées. Il nous a dit qu’il comprenait, que malheureusement il ne pouvait pas nous dire quoi faire, ne pouvait pas garantir que ça n’allait pas se reproduire. Mais qu’on était encore jeune et que ce serait dommage de s’arrêter là, à une seule tentative pour ce 2e bébé. On a parlé de compléments nutritionnels pour améliorer un peu la qualité des ovaires et spermatozoïdes (c’est pas forcément prouvé mais ça ne peut pas faire de mal, nous a t-il dit). Bref . On n’est sorti de là encore plus confus , car de base on se disait « on y retourne que si y’a une vrai chance que la cata ne se reproduise pas à l’identique, avec un autre traitement ou autre ».

Entre temps, j’ai du programmer le retrait de mes dents de sagesse, ça repoussait le début d’une potentielle fiv à février après l’opération. Le secrétariat m’a dit de rappeler en début d’année pour prendre rdv.

En parallèle, et probablement en grosse partie avec ces déboires (+ des soucis au travail) mon mari a eu des soucis de santé à partir de novembre. Il a commencé à perdre beaucoup de poids, douleurs au ventre et intestins. En attente de diagnostic, pour lui c’était impossible de repartir en FIV , le projet n’était plus discutable. Il a été diagnostiqué en mars d’une colopathie fonctionnelle, après avoir écarté le pire les mois précédents.

Et moi, qui me suis mise en tête de « repartir au plus vite en FIV pour mettre ça derrière moi » ait été rattrapé par mon SSPT. Crises de paniques , insomnies. Entre la cheville cassée l’été dernier, l’échec de FIV, la torsion d’ovaire, mon mari qui allait mal… Mon cerveau a vrillé.

Heureusement j’ai pu rapidement recommencer un suivi avec ma psy. Qui m’a fait comprendre que repartir là en FIV avant de prendre soin de ma santé mentale, c’était pas une bonne idée. J’ai des somnifères depuis décembre, redormir m’a aidé à relever la tête, et les séances à apaiser un peu les angoisses paralysantes.

En mars, j’ai appris que je devais me faire réopérer de la cheville pour l’ablation du matériel. Donc pas de retour en FIV avant l’opération, qui a eu lieu semaine dernière.

Avec mon mari on a peur de se dire on y retourne. On parle de septembre si on se dit que oui on y retourne – pour se laisser tranquille pendant les vacances d’été. Mais serais je prête psychologiquement ? Le serais-je un jour ?

L’opération de ma cheville en juin dernier s’était mal passée (j’ai demandé une anesthésie locale, elle a mis longtemps à faire effet, j’ai eu une crise de panique et ça m’a traumatisée. Quand j’ai appris que je devais me faire réopérer ça a été l’angoisse totale (j’ai demandé cette fois une anesthésie générale ).

Quand je vois comment s’est passé la cheville, sachant comme j’ai mal vécu la dernière fiv, je ne sais pas dans quel état psychique je serais si on y retourne.

Mais en même temps j’ai la certitude que je veux clôturer ce chapitre et ne pas attendre. Cet entre deux me fait trop mal. Je pense toujours que si je dois faire ce deuil, que ça advienne au plus vite, que je vide ma maison de toutes ces affaires de bébé que je garde « au cas où » et qui me font du mal.

Ces petites questions d’enfants qui font mal

H. a fêté ses 3 ans semaines dernière, déjà !

Le temps file a une vitesse folle. Et arrive les questions un peu redoutées de « comment on fait les bébés », ou plutôt « comment les bébés vont dans les ventres des mamans ». Si jamais vous passez par là et que vous avez des albums jeunesse à me conseiller sur le sujet, qui allient le sujet avec la FIV (j’ai repéré un livre de Marion Salvat)

Mais aussi en lien avec ce sujet la question des frères et soeurs. Un sujet qui me fait mal pour lui. Il nous a dit hier « qu’il voulait être un grand frère ». Alors sans rentrer dans les détails ,on lui a rappelé (car on lui avait déjà expliqué dans les grandes lignes) que nous on avait mis beaucoup de temps à l’avoir, que c’était compliqué d’avoir des bébés pour nous et qu’on ne pouvait pas lui dire s’il serait un jour grand frère. Que ce n’était vraiment pas sûr. Avec ses mots il nous a fait comprendre qu’il trouvait ça injuste, que les autres puissent être grand frère et pas lui. Ça m’a brisé mon petit coeur de maman.

C’est une chose l’impact de la PMA sur son histoire personnelle, sa propre conception. Mais s’en est une autre de voir notre infertilité impacter la vie de notre enfant. De ne pas pouvoir lui offrir d’être grand frère. De le voir si tôt confronté à cette injustice de la nature.

J’ai encore du mal à me dire qu’il sera probablement fils unique, je ne suis pas encore en paix avec ça.

on a ni fermé ni rouvert le dossier PMA début la claque de 2023. Je pense qu’on aura besoin de faire une dernière tentative pour réussir à clore ce chapitre. Mais je ne sais pas encore si j’ai la force mentale d’y retourner vers septembre. Dans mon coeur je sens que j’ai besoin d’une dernière tentative, avant de pouvoir entamer l’éventuel deuil de fraterie. Et forcément, le fait que H. en parle travaille tout ça, je me dis que je lui dois s bien d’essayer une fois encore – même si je sais que je ne lui dois rien en vrai. Et que la dernière tentative a fini par emmener sa maman aux urgences en pleine nuit.

Bref je suis triste , je ne sais que faire de ces émotions, alors je pose ça là, si quelqu’un vient encore me lire de temps en temps.

FIV 2 – le nouveau chapitre qui devint épilogue

Je savais bien qu’en se lançant dans une nouvelle FIV pour agrandir la famille, que rien n’était gagné. Mais je ne pensais pas écrire un point final si rapidement.

Il faut savoir que depuis longtemps on s’est fixé de ne faire plus qu’une seule FIV, quoiqu’il arrive la seule qu’on ait encore la force et l’envie de faire. Cette décision a été prise même avant la naissance de H., quand on ne savait si ce dernier embryon s’accrocherait ou non.

Tenter d’avoir un 2e enfant vivant ne changeait pas la donne, on s’est encore répété avant même de repartir pour un tour, qu’on ne s’acharnerait pas. On a déjà l’immense chance d’avoir un merveilleux petit garçon dans nos vies, on a assez donné d’années de notre vie à ce parcours.

Pourtant c’est pleine d’espoir que j’ai fait ma rentrée pmesque. On savait que le plus dur chez nous c’était d’obtenir des ovocytes matures, mais il semblait qu’on avait enfin obtenu la bonne formule. Une fois les miraculeux embryons obtenus ça semblait facile. Nous avions quand même obtenus 2 grossesses pour seulement 3 embryons transférés, même si malheureusement S. nous a quitté avant l’heure.

Nous avons donc commencé le traitement toute fin septembre (à l’identique de la dernière tentative fructueuse : oromone 2 semaines puis Menopur 300, et ensuite double déclenchement ovitrelle+decapetyl). Le scénario, toujours stressant, était similaire à la dernière fois : longue au démarrage, après 5 jours de traitements quasi rien, mais au 2e contrôle après 9 jours ça se réveille. Mais quand même plus lentement que la dernière fois. J’ai eu le droit à un 3e contrôle et au final 16 jours de menopur (contre 12 la dernière fois).

Mardi matin, la ponction arrive enfin, très douloureuse comme toujours (cette fois en plus du Tramadol on a du me donner de la morphine… alors que les autres meufs en salle de réveil refusaient du paracétamol car ça allait , vive mon corps….). Et là récolte très prometteuse : 15 ovocytes. Je ne m’emballe pas, je sais que certains ne seront pas matures (8/10 la dernière fois l’étaient). Je garde aussi dans un coin de ma tête que la toute première FIV raté nous avait donné 14 ovocytes pour 3 matures et 0 embryons. Mais bon on a le bon traitement, y’a pas de raisons. On est quand même très optimistes d’avoir plusieurs chances avec plusieurs embryons. (Mon mari me demande même ce qu’on fera si jamais il nous en reste à la fin.) Par contre les règles ont changé. On aura aucune nouvelle avant J5 soit dimanche. Ils nous appellent le matin et s’il y a minimum un embryon, et bien on vient direct pour un transfert.

Mais déjà dans la nuit de mardi à mercredi l’engrenage déraille. Minuit 30, je suis réveillée par une forte douleur à l’ovaire droit. Je m’assoie dans le lit et commence à avoir un malaise et vomir. Mon mari, qui sera en panique totale le reste du temps, appelle le numéro d’urgences. On me dit de prendre un ibuprofène et voir si ça passe. J’ai pris un tramadol 2h avant, je vomis, bref je sais déjà que ça ne sert à rien et que la douleur n’est pas normale. Donc on ne perd pas de temps et on va direct aux urgences gynécologiques (avec notre fils, sinon c’est pas drôle). L’écho ne donne pas grand chose, mais vu les douleurs et les vomissements qui continuent , on passe par la case coelioscopie. Au final l’opération reste mitigée, on ne sait pas trop ce qui a donné les douleurs. 2 hypothèses : soit y’avait bien une torsion d’ovaire, mais ça s’est remis en place tout seul, soit c’était le sang accumulé autour de l’ovaire qui me causait les douleurs (il y en avait beaucoup, ils ont donc aspiré et fait coaguler/cautériser ? l’ovaire pour l’aider à cicatriser plus vite). Toujours est-il qu’au réveil je n’ai plus de douleurs. On me confirme que cela ne compromet pas le transfert dimanche, si moi je suis partante.

Dimanche, après une nuit d’insomnie, l’appel tant redouté du biologiste arrive à 8h15. Sa tournure de phrase m’indique direct que ça ne va pas . « Je devais vous appeler pour vous dire s’il devait y avoir un transfert aujourd’hui…. Bon malheureusement je n’ai pas de bonnes nouvelles ».

15 ovocytes récoltés, 11 matures, mais seulement 5 qui ont pu être micro-injectés. Et tous ont arrêté leur développement assez précocement.

Voilà… dans cette situation en ICSI, je ne sais pas si c’est un soucis d’ovocyte pourris (dans quel cas toute façon ben c’est foutu), ou de spermatozoides pourris (c’est le cas, et ça c’est fortement dégradé en 5ans), et ça à part l’IMSI… (qui n’est pas proposé chez nous). On sera rappelé d’ici fin de semaine pour faire le point après qu’ils aient débriefé de notre dossier.

Mais entre notre passé, la ponction douloureuse et le passage par l’opération, clairement cela confirme notre décision de s’arrêter là. Forcément on a envie de se dire attendons l’explication de cet échec avant de statuer, mais je sens en moi que la décision s’impose toute seule.

C’est un nouveau processus de deuil qui s’ouvre à nous, alors qu’on s’autorisait à rêver d’une fratrie depuis plusieurs mois. C’est tout frais, inattendu à ce stade, il faut qu’on encaisse et se fasse à l’idée.

A celles qui sont passées par ce deuil du 2e enfant, si vous avez des conseils, des ressources, pour nous aider dans notre cheminement, je suis preneuse.

Dans la salle d’attente

Je vous avais indiqué il y a quelques mois que nous avions repris contact avec notre centre PMA. On tablait sur un début pas avant décembre. Et bien contre toute attente les délais ne sont pas aussi long qu’on m’avait annoncé (et même plus court qu’avant je crois pour une ponction).

On repart donc pour un tour début septembre… Gros coup de stress !

See you soon…

De retour dans la salle d’attente

hello,

Je n’ai pas écrit depuis de long mois. Le temps qui file, H. Qui va fêter ses 2ans.

Les questionnements, retourner ou non en PMA ? Oui ou non, quand ? Le rouleau compresseur de la maternité m’a beaucoup fait douter. J’avais déjà du mal à trouver un équilibre avec un enfant, alors ajouter un 2e dans l’équation ?

Les mois ont filé, et la sensation viscérale a refait son apparition. Pas aussi forte qu’avant d’avoir H. , Certes, mais elle est bien là et enflé avec le temps.

Alors avec la nouvelle année on a osé sauter le pas et recontacter notre centre PMA. Rdv en avril pour faire le point – c’était la semaine dernière. Prises de sang, spermogramme et tout le tralala à refaire. De mon côté la situation semble stable – AMH toujours naze à 1,01, mais les autres hormones dans les clous. Mais lors du rdv , le gynéco a tout de même constaté lors du comptage des follicules que c’était pas foufou (mais forcément c’était un cycle chelou, donc peut être un peu trop tôt). On verra ce que ça donne du côté de mon mari semaine pro.

Prochain rdv début juin, si tout va bien pour valider le protocole (bon en toute vraisemblance on repartira sur une fiv ici, y’a pas de raison…). Et ensuite la surprise sera sur les délais pour commencer le traitement. Apparemment c’est la cata, donc on imagine avoir une tentative fin 2023/début 2024… Comme d’hab faut pas être pressé.

Voilà voilà. Je vous ferais un coucou en juin pour vous dire à quelle sauce on sera mangés.

bises

Jean-Christophe

Cela fait déjà quelques temps que cette rencontre me trotte dans la tête, alors je me décide enfin à la partager avec vous.

C’était l’hiver dernier, peu de temps avant ma reprise au travail. J’avais pris l’habitude d’aller dans la petite ville d’à côté faire mon marché le vendredi matin, H. emmitouflé tout contre moi en portage.

Un bébé tout mignon blotti contre sa maman, ça fait tourner les têtes, jamais autant de gens m’ont parlé, pour le complimenter ! Les bébés ça tisse du lien instantanément.

Et puis alors que j’attend a un stand bien plein, une dame d’environ 70 ans, que j’avais déjà croisé, probablement psychotique, qui vient parler avec tout le monde car surtout elle semble venir au marché pour surmonter une grande solitude.

Elle m’aborde pour complimenter H, et me raconte qu’elle adore les bébés, elle a travaillé dans une nurserie en maternité pendant longtemps. Elle me raconte pleins de choses, me demande aussi d’où je viens, commente mon voisinage car elle semble connaître tout le monde.

Et puis, on en revient aux bébés. Et là elle me dit au détour d’une phrase , plus ou moins ces mots, la voix empreinte d’émotion :

Vous savez, moi aussi j’ai eu un bébé. Mais il a quitté mon ventre à 5 mois de grossesse. Peut-être que mon corps était trop nul, il n’a pas su garder mon bébé. C’était un garçon. Si j’avais pu lui donner un prénom il se serait appelé Jean-Christophe. Je n’ai même pas eu le droit de le voir. On nous disait que c’était mieux ainsi. Mais moi j’aurais voulu le serrer dans mes bras. Vous savez, je pense tous les jours à lui malgré les années.

Vous imaginez bien mon émotion face à cette histoire qui résonnait en moi. Et je m’en veux, car j’étais tellement émue que je n’ai pas réussi à lui dire « je vous comprends, j’ai vécu une histoire similaire à la vôtre, à 5 mois, et je n’ai jamais su ce qui m’avait enlevé mon premier bébé ».

J’ai aussi été en colère contre ces gens de l’époque, qui essayaient d’effacer le bébé, en interdisant aux parents de le voir, et cette non-possibilité de les nommer alors que le prénom était déjà choisi. Et attristé de la culpabilité de cette femme vis à vis de son corps tant d’années après – personne n’a cherché à savoir pourquoi son enfant était décédé dans son ventre.

Nous avons tout de même fait du chemin dans la reconnaissance du deuil périnatal ces dernières années, même si la société essaye toujours d’éviter ce sujet douloureux .

Et surtout cette dame a répondu à une question dont la réponse me semblait probable : on oublie jamais nos enfants décédés trop tôt, ils resteront à jamais dans nos pensées. On apprendra à vivre avec cette douleur sourde et ce manque viscéral, animal, de notre enfant. Mais on ne les oubliera jamais.

Alors je dédie cet article à Jean-Christophe et tous ces bébés tant aimés mais partis trop tôt, qui n’ont pas pu être nommés par leurs parents. On ne vous oublie pas ❤️

Les rechutes

Elles me prennent toujours au dépourvue ces rechutes dans le deuil.

Tu vas bien et un matin tu te lèves, ça ne va pas. Ça continue quelques jours. Puis tu te rends compte que c’est bientôt « l’anniversaire » de ta DPA, ton fils aurait fêté ses 3 ans dans un monde parallèle heureux. D’ailleurs, un an auparavant tu as vécu plus ou moins la même chose à l’approche de cette date.

Tu vas bien, des gens parlent de la rentrée scolaire, et bim. Ton fils aurait dû rentrer en maternelle en septembre, tu sais déjà que désormais cette période sera aussi compliqué.

Tu vas bien, et tu te dis « tiens ça fait longtemps que j’ai pas écouté ce groupe, je me demande pourquoi ». Tu l’écoutes et tu te souviens, c’est un trigger, tu l’écoutais en boucle pendant ta grossesse. Immédiatement la chappe de tristesse.

Tu vas bien, en vacances entrain de siroter ta bière le soir sur la terrasse, et là tu te découvre un nouveau trigger : ton mari te dis « ah dans ces moments là ça me donne envie de fumer de nouveau, c’était des bons moments ». Tu découvres que ton cerveau, quand on te parle de ton mari qui fume, et qu’il associe ça a des bons moments (l’addiction ne traine jamais très loin) ça te rappelle les pires jours de ta vie. Le jour fatidique, en Finlande, il avait oublié sa cigarette électronique, il était invivable toute la journée (avant qu’on doive se rendre à l’hôpital). Puis tu as aussi des flashback de lui qui vapote par la fenêtre de la chambre d’hôpital en douce, pour ne pas te laisser seule un seul instant . Et forcément ça mène à d’autres flashback de ce séjour à l’hôpital.

C’est difficile de gérer ces moments là, surtout les trigger liés au syndrome de stress post-traumatique. Certes il y en a moins avec le temps (et surtout j’ai été forcé d’en régler un grand nombre avec la grossesse et la naissance de H.)

J’appréhende le retour en PMA car j’ai énormément de mal avec les hôpitaux désormais. Et forcement se dire qu’on retourne dedans ça retourne pas mal de chose.

On ne va pas se mentir, avoir un enfant vivant après, ça permet d’apaiser pas mal de blessures, ça aide à cicatriser un peu plus vite . Mais ça ne fait pas non plus des miracles. Et par moment ça ne faut que souligner l’absence de ce premier enfant.

C’est aussi la particularité du deuil périnatal associé à la PMA. Les embryons qui ont donné S. et H. sont issues de la même ponction. Ce n’est que le hasard qui a fait que les transferts se soient passés dans cet ordre. Souvent cela console certains parents au parcours « classique » de se dire « si x était là, y n’aurait pas été là ». Sauf que dans mon cas ce qui est dur pour l’esprit c’est que, même si S. avait été là, H. serait aussi là. Il ne serait peut-être pas né au même moment (et encore ce ne serait pas non plus improbable) et nous serions des parents différents. Mais ce serait bien lui, avec les mêmes gènes. Ils auraient pu grandir ensemble dans un monde heureux.

Voila, je sais que le deuil n’est pas linéaire, qu’il y a des rechutes, mais elles s’espacent heureusement. Dans ces moments là je mesure encore plus la chance que H. soit là, et je n’ai qu’une hâte, le chercher chez la nounou ce soir et le serrée fort dans mes bras.

Je vous laisse avec ces deux illustrations du compte Instagram @a_nos_etoiles qui parlent toujours avec justesse du deuil périnatal.

Des nouvelles

Cela fait longtemps que je ne suis pas venu écrire. Pourtant j’ai rédigé quelques brouillons, que je n’ai finalement jamais fini ou oser publier.

Difficile de se sentir encore légitime d’écrire une fois qu’on est passé du côté des chanceuses. Difficile aussi de venir parler des difficultés qu’on rencontre après des années de PMA.

Que dire ? Ma vie est devenu un joyeux bordel. H. va fêter ses 1 an dans une semaine. J’ai un fils avec un caractère bien trempé (le caractère de ses parents…) mais qui en même temps est une boule d’amour, un vrai petit koala. Je tâtonne encore pour gérer ses crises, qui ne font que commencer, en réussissant moi-même à me contenir. Je viens d’une famille ou mon père passait son temps à râler/gueuler, ça demande donc de nombreux efforts pour ne pas reproduire ce schéma toxique et ne pas s’énerver pour un rien.

La fatigue n’aide pas, on a un petit bout qui malheureusement ne sait pas partie de ceux qui font leur nuits tôt. On oscille donc entre 2 réveils (les rares « bonnes » nuits) à 8 dans les mauvaises passes. (En moyenne on est autour de 3-4), sachant que depuis ses 6mois il refuse catégoriquement que son père s’occupe de lui la nuit. Depuis qu’il a commencé la nounou, il a enchaîné les maladies (bronchiolite, Covid, otite, roséole, gastro), et à chaque fois par un hasard de malchance c’était à des moments où je devais avoir un peu de temps pour moi/son père qui choppé aussi ses maladies. Bref j’ai quasiment du gérer ces épisodes toute seule, la faute à pas de chance. Mais j’étais à 2 doigts de craquer, pas très loin de la dépression, majoritairement la faute à la fatigue. J’en venais à appréhender de dormir ou de passer des journées seule avec lui. J’étais contente de travailler. Heureusement les nuits ont été un peu moins horribles ensuite, ce qui a tout de suite aider à aller mieux.

Puis niveau couple c’est pas la joie. On se prend le choux très souvent, la rupture n’a pas été très loin plusieurs fois. Je pense que si on avait pas un prêt immobilier sur le dos, je serai partie il y a quelques mois. Mais on a un enfant, alors on se bat plus ou moins pour que ça aille mieux de nouveau. Même si ça reste encore bancal. Il y a des très bonnes passes et puis en une mauvaise phrase ça peut vriller en dispute et gâcher une soirée ou un weekend. Toutefois on avance dans la bonne direction je crois.

Mon petit pot de colle est un amour, mais pendant longtemps ça a été compliqué qu’il soit autant pot de colle, qu’il passe son temps à vouloir être uniquement sur moi, que je galère à juste aller pisser, alors qu’en comparaison je vois ma nièce (qui a seulement 2 mois de plus) qui est tellement plus facile avec ma sœur, qui vit sa petite vie et ses explorations tranquille en faussant compagnie tout le temps. Heureusement ça commence à aller mieux en grandissant. Ça reste mon pot de super glue, mais il me laisse un peu respirer donc c’est plus facile de gérer les moments où il a besoins de contact +++. Heureusement, rapidement j’ai osé prendre des moments pour moi et même quand je suis en vacances (j’en ai eu beaucoup à poser suite à mon retour de congé), j’arrive le faire garder une journée pour souffler et passer du temps avec des copines.

Le portrait peut paraître sombre mais je vous rassure il ne l’ai tant que ça. Il y a juste beaucoup de fatigue et un nouvel équilibre qui n’est pas encore totalement trouvé. De base je suis assez solitaire, j’ai besoin de beaucoup de moments seule et calme donc autant dire que … je dois apprendre à en avoir que rarement en tant que maman ! Mais je passe aussi pleins de moments géniaux et de qualité avec mon koala. J’ai repris le travail à 80% à ses 8 mois et j’adore avoir cette journée dans la semaine rien qu’à nous. Je l’emmène faire les 400 coups, en ballade, dans des salons de thé, dans des librairies, etc. Des journées emplies de partage, de câlins, de jeux.

Paradoxalement, malgré nos problèmes de couple on parle de plus en plus souvent d’un autre enfant. Surtout mon mari, mais l’idée commence aussi à émerger chez moi. Je commence à être nostalgique en croisant des femmes enceintes. Mais pour autant je reste traumatisée par ma grossesse, entre les vomissements pendant 6 mois, le diabète, les angoisses de mon mari qui était invivable, et bien évidemment la blessure de la mort de notre 1er enfant. Je ne suis pas encore prête, mais en même temps vu les délais , même si on prenait rdv maintenant, peu probable de pouvoir faire une tentative avant 1an minimum (sachant qu’apparemment les délais dans notre centre, déjà nazes, se sont vraiment aggravés, ils préviennent sur leur site.). Donc il faudra anticiper. Et j’ai mis mon véto : pas de tentative avant que mon mari entamé un suivi psy. Si un jour je retombe enceinte, je ne veux pas revivre ce qu’il m’a fait vivre à cause de ses angoisses.

Donc on se tâte à prendre un premier RDV en anticipation, sans se mettre de pression car ça n’engage à rien (quitte à décaler si le moment de la tentative venu on ne se sent pas encore prêt, ou que notre couple n’est pas encore assez remis sur pied) – mais en même temps on a pas envie de se relancer là dedans. Il est clair que le jour où l’envie revient en hurlant, je n’ai pas envie d’attendre 1 an avant une tentative. Et puis, si ça doit de nouveau prendre 6 ans, mieux vaut ne pas trop tarder. Pour rappel, nous n’avons plus d’embryon en stock, on devra donc repartir sur une FIV, et chez nous c’est pas une mince affaire (on a eu des embryons seulement après le 3e traitement de stimulation, et avec des doses de cheval).

Je vous dirais si on a osé sauter le pas ou non. Officiellement on s’était donné interdiction de parler d’un autre enfant avant les 1an de H. (à ce moment là j’avais dit à mon mari : si je devais prendre ma décision maintenant, ce serait non, enfant unique). Officieusement on en parle quand même vaguement de temps à autre, mais je pense que le 3 mai à 00:01, mon mari me posera la question ^^

Bonne nouvelle pour les Alsaciennes

https://www.google.com/amp/s/actu.fr/grand-est/strasbourg_67482/strasbourg-un-second-service-d-aide-medicale-a-la-procreation-ouvrira-fin-2023_48744441.html/amp

Bonne nouvelle pour les Alsaciennes ! Avec 2mois de retard, je viens d’apprendre qu’un 2e centre PMA va enfin ouvrir à Strasbourg 🎉🎉🎉 dans le privé cette fois, à la clinique Ste Anne. Ouverture prévue fin 2023 (il va encore falloir patienter un peu).

Il était temps qu’ils obtiennent ENFIN cette autorisation, depuis les années qu’ils la demandent (vives les tractations politiques). Surtout qu’actuellement les délais du CMCO sont encore pire qu’avant, entre le COVID, le départ de beaucoup de personnel et l’ouverture de la PMA à toutes, on est quand même passé de 3-4mois (c’était déjà long par rapport à ailleurs) à 7 mois minimum pour faire une FIV il paraît 😱

Sinon tout va bien ici, je vais prendre prochainement le temps de vous donner quelques nouvelles à l’approche des 1 an de H. (Déjà !!!).