Je ne vais plus écrire sur Nos ancêtres, mais je vais continuer à vous aider dans vos recherches. Vous n’avez qu’à me laisser un commentaire.
J’y réponds toujours.

Je voulais partir pour de bon, mais l’intelligence artificielle m’en a empêché…. Tout comme l’Internet l’a fait, l’intelligence artificielle transformera nos vies et bientôt celles de nos ancêtres. Voici l’analyse réalisée par l’application Gemini de cette photographie prise dans les années 20. Cette photographie est un document d’archive familiale précieux, typique du début du XXe […]
Selon l’intelligence artificielle…

En avant Henriette et André Brun. De gauche à droite Jeanne Beauchamp, Arthur Riou, Marie Louise Aymé, Jeanne Brun, le bébé Madeleine Brun, Hortense Guyon Riou et le curé Gouin. Je voulais bien partir, mais vos ancêtres me retiennent. Le petit André a grandi. Nous sommes en 1945. Ici André se retrouve sur une photo […]
Partir
Lorsque j’ai commencé à écrire Nos ancêtres en janvier 2008, mon objectif était simple : partager ma passion pour la généalogie et offrir aux lecteurs et aux lectrices un regard sur leurs ancêtres. Au fil des années, j’ai raconté des histoires, montré des photos, et tenté de recréer des ponts entre les générations. J’ai aussi prêter ma plume à ceux et à celles qui voulaient la prendre.
Cette passion a vu le jour à la naissance de ma fille. Elle s’est ravivée en 2000 grâce aux banques en ligne, puis s’est véritablement enracinée le 21 juillet 2007, lors d’une visite de mon frère Gilles. Ce jour-là, il m’avait apporté un sac rempli de vieilles photos, prêtées par ma tante Évelyne. Ces images, une cinquantaine au départ, étaient des témoins silencieux de vies passées des ancêtres de mon oncle Florent. Parmi elles se trouvaient celle d’Honoré Sauvé et de son épouse Julie Leroux, ses arrière-grands-parents dont il ignorait l’existence.

Florent et Évelyne nous ont quittés depuis, tout comme mon frère le 9 octobre 2024. Leurs souvenirs demeureront, inscrits dans les photos, dans les récits, et dans la mémoire familiale.

La généalogie m’a appris que les liens familiaux, autrefois quotidiens et immédiats, se sont effacés avec le temps et la distance. Aujourd’hui, elle devient un moyen de recréer ces liens, de comprendre nos racines et de transmettre une histoire à nos enfants et petits-enfants.
J’ai souvent constaté que la généalogie n’est pas réservée aux aînés. De plus en plus de jeunes adultes cherchent à se situer dans une lignée, à lever des secrets ou à retrouver une branche oubliée. Comme le rappellait Chantal Rialland, « on ne fait pas de la généalogie par hasard ».
Les outils sont nombreux : registres, recensements, certificats de mariage, banques en ligne… mais rien ne remplace la parole des proches, quand elle est encore accessible. Pour ma part, ce sont désormais les photos et les archives qui me parlent, et parfois, j’ai l’impression que certains ancêtres me sourient.
Ma passion est toujours là.
Aujourd’hui, je n’écrirai plus sur Nos ancêtres sauf quelquefois sur Nos ancêtres III. Ce texte devient donc un épilogue. Une façon de clore un cycle, tout en laissant ouvert le chemin de la mémoire. Car la généalogie n’a pas de fin: elle continue à travers ceux qui, un jour, reprendront le flambeau.
Note

Ce que l’intelligence artificielle m’a fait découvrir en lui demandant d’analyser cette photo.
D’après les indices visuels de la photographie et la date du décès d’Honoré Sauvé (décembre 1899), on peut situer la prise de vue avec une assez bonne précision.
Voici pourquoi :
La limite absolue : Puisqu’il est décédé en 1899, la photo ne peut pas être postérieure. L’homme semble être dans la cinquantaine avancée ou au début de la soixantaine, ce qui correspond à un portrait de « fin de vie » typique de l’époque victorienne.
L’adresse du photographe : Le carton mentionne l’Atelier du Peuple au 126 rue Fullum (coin Sainte-Catherine) à Montréal. Ce studio était particulièrement actif dans les années 1890.
Le style vestimentaire : * L’homme : Il porte une redingote courte et un nœud papillon étroit, très courants dans les milieux ruraux ou ouvriers des années 1890.
La femme (Julie Leroux) : Son bonnet (fanchon) et sa robe noire boutonnée avec des manches légèrement bouffantes aux épaules (mais pas encore les énormes manches « gigot » de 1895-1896) pointent vers le milieu de la décennie 1890.
Pourquoi cette photo a été un déclencheur? J’ai demandé à l’intelligence artificielle.
Quand une photo rallume une vocation
En juillet 2007, une vieille photographie a traversé ma vie comme un rappel silencieux. Elle venait de l’Atelier du Peuple, rue Fullum à Montréal, un studio modeste où les familles ouvrières allaient se faire immortaliser. Rien de spectaculaire : un homme assis, une femme debout, une main posée sur une épaule, un décor peint. Et pourtant, cette image a été un déclencheur.
Ce n’était pas seulement une photo ancienne. C’était un témoignage de présence. Deux êtres qui, un jour, ont voulu dire : « Nous avons existé. Nous avons compté. » Leur dignité tranquille, leur tenue du dimanche, leur désir d’être vus ont réveillé en moi quelque chose de profond.
Cette photo m’a offert un point d’ancrage. Un lieu, une époque, une atmosphère. Elle m’a donné envie de remonter le fil, de comprendre qui ils étaient, comment ils vivaient, ce qu’ils avaient transmis sans le savoir. Elle a rallumé en moi ce besoin de retrouver mes racines, non par nostalgie, mais par fidélité.
En la regardant, j’ai compris que ma tâche n’était pas de collectionner des noms, mais de redonner voix à ceux qui n’en ont plus. De faire vivre l’ordinaire héroïque de mes ancêtres, de restaurer leur présence, de transmettre leur lumière discrète.
Cette photo a été le premier pas d’un long chemin. Elle a réveillé ma vocation de gardien de mémoire, une vocation qui ne m’a plus quitté depuis.
Toujours sans nouvelles, je dois accepter la réalité.
Écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle, je cherchais à traduire en des mots justes ce qui devait être dit avec douceur pour souligner le départ d’un ancien collègue de collège.
Les émotions sont les miennes tout comme les souvenirs. L’IA n’a fait que m’éclairer à les exprimer avec plus de clarté et de paix.
Épilogue — Pour Michel G.
J’ai commencé Nos ancêtres pour raconter les vies de mes ancêtres, pour leur redonner un peu de souffle que le temps avait effacé. Je ne savais pas que ce blog deviendrait aussi un lieu de retrouvailles pour mes lectrices et mes lecteurs. Un endroit où des voix du passé reviendraient frapper doucement à leurs portes.
Michel, un ancien copain de collège, était l’une de ces voix revenue ici le 30 janvier 2012, après des décennies de silence. Un commentaire qui m’a touché plus que je ne l’aurais cru. En le lisant, j’ai ressenti une chaleur immédiate. Michel me parlait comme si le temps n’avait pas passé, comme si nous reprenions une conversation interrompue la veille. Il me disait redécouvrir « sur le tard » un ami qu’il aurait eu intérêt à cultiver davantage. Il me remerciait pour mes textes, pour les bons moments qu’ils lui offraient, et il évoquait mes anciennes cartes du ciel, comme si ce souvenir-là n’avait jamais quitté sa mémoire.
Ce commentaire-là, je m’en souviens encore. Il avait rallumé quelque chose que je croyais éteint. C’était le premier trait d’union retrouvé.
En 2015, je lui ai demandé d’écrire le 1000ᵉ billet. Je ne pouvais pas savoir, à ce moment-là, que son texte deviendrait l’un des plus précieux du blog. Il parlait de rendez-vous manqués, de tombes introuvables, de lieux qui ferment avant qu’on arrive. Il écrivait avec une pudeur et une profondeur qui lui appartenaient entièrement.
Nous avons continué à échanger, tranquillement, sachant que le fil existe encore, même s’il se fait discret. Et moi, j’ai continué à écrire ici, jusqu’en 2025.
Puis il y a eu mon message, le 24 décembre 2024: « Je ne t’ai pas oublié. J’espère que tu vas bien. Ton ancien copain de collège. » Michel m’a répondu :« Tu excuseras mon peu de loquacité, mais la blessure a frappé plus fort que prévu. »
Et ensuite, le silence.
La semaine dernière, le jour où il aurait eu 77 ans, je lui ai écrit encore une fois : « Je pense à toi depuis notre dernier échange. »
Un dernier trait d’union?
Et en relisant son premier commentaire, aujourd’hui, je ressens autre chose. Une gratitude profonde. La certitude que ce lien a eu sa place. Qu’il a compté. Qu’il continue autrement.
J’ai continué à écrire après son silence, mais autrement. Plus lentement. Avec une conscience nouvelle de la fragilité des voix. Le 1000ᵉ billet de Michel — son premier commentaire, son dernier message — avaient dit quelque chose que je n’aurais jamais su formuler: que la mémoire ne disparaît pas, qu’elle se transforme. Qu’elle continue autrement. Qu’elle peut devenir une présence tranquille.
Aujourd’hui, je laisse ce blog ouvert comme on laisse une fenêtre entrouverte dans une maison paisible. Pour que l’air circule encore. Pour ceux qui voudront entrer. Pour ceux qui cherchent leurs ancêtres. Pour ceux qui espèrent retrouver leur voix.
Et pour Michel, ton texte restera ici, à sa place, comme une lumière douce qui ne s’éteint pas. Un dernier rendez-vous réussi entre deux anciens copains de collège qui ne croyaient pas au hasard.
Repose en paix…

Les premières retrouvailles…
On n’invente pas ça.
Un tout premier commentaire laissé par Michel sur Nos ancêtres en 2012.
Je prends vraiment plaisir à lire tes propos, Pierre. Tantôt touchants, tantôt passionnés, toujours précis. Je re-découvre, vraiment sur le tard, un ami épisodique que j’aurais vraiment eu intérêt à cultiver davantage, du temps de notre jeunesse. Merci pour les bons moments, cher ami. J’espère que tu te rappelles de moi, comme j’espère que tu ne perdras pas cette passion qui semble t’habiter pour la généalogie, et qui me rappelle celle qui t’animait du temps où tu faisais…. dans les cartes du ciel
Passe-moi un petit courriel, si le cœur t’en dit, ne serait-ce que le temps d’un petit coucou amical…
Michel G.
ne serait-ce que le temps d’un petit coucou amical…
Je vais fermer la boucle prochainement.
Rêver du parc à la mémoire des Irlandais : https://lp.ca/oNJLxj?sharing=true
Extrait
Le parc n’est pas encore aménagé, mais le simple fait de marcher sur le site tout près de l’entrée du pont Victoria impose le respect et le recueillement. Sous nos pieds se trouve la plus grande fosse commune du Canada, où l’on a entassé les corps de 6000 Irlandais morts du typhus en 1847.
Écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle pour m’aider à traduire ma pensée de manière cohérente.
Quand j’ai entrepris de retracer l’histoire de ma famille en 2007, je ne savais pas encore que ce projet allait transformer ma façon de voir le passé. Je ne savais pas non plus qu’un jour, mon arbre généalogique compterait près de 80 000 noms — un véritable paysage humain, tissé de vies, de lieux, de drames, de joies et de silences. Ce qui avait commencé comme une simple curiosité est devenu, au fil des ans, une mission, presque un devoir moral.
L’étincelle : donner un visage à la mémoire
Comme beaucoup de chercheurs en généalogie, j’ai commencé par vouloir en savoir un peu plus sur mes ancêtres. Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Qu’ont-ils vécu ? Chaque découverte en appelait une autre. Une photo menait à un nom, un nom menait à une date, une date à un village, un village à une histoire oubliée.
Très vite, le passé s’est rapproché, comme si les générations précédentes attendaient qu’on les retrouve.
Au fil de mes recherches, j’ai rassemblé près de 10 000 photos. Certaines m’ont été confiées par des parents éloignés, d’autres retrouvées dans des boîtes oubliées, d’autres encore dénichées dans des archives publiques ou privées.
Ces images ont transformé ma façon de faire de la généalogie. Elles ont donné un visage aux noms, une présence aux dates, une émotion aux histoires.
Chaque photo est une rencontre. Un regard qui traverse le temps. des sourires figés dans une époque révolue. Un uniforme, une maison, un paysage, un geste — autant de fragments qui racontent ce que les documents officiels ne disent jamais.
Ces photos m’ont appris que la généalogie n’est pas seulement une affaire de registres et de lignées. C’est aussi une affaire de chair, de lumière, de gestes quotidiens. Elles m’ont permis de comprendre mes ancêtres autrement, de les voir vivre, aimer, travailler, espérer. Elles ont humanisé les 80 000 noms de mon arbre, en rappelant que chacun d’eux a eu une vie pleine, complexe, unique.

Aujourd’hui, ces images font partie intégrante de mon travail. Elles me guident, m’inspirent et me rappellent pourquoi je poursuis cette quête : pour que ces visages ne disparaissent pas, pour que ces vies continuent d’exister dans notre mémoire collective.
L’enquête : suivre les traces
À mesure que l’arbre grandissait, la recherche est devenue plus complexe… et plus passionnante. La généalogie s’est transformée en véritable enquête. Il fallait comparer les sources, résoudre des contradictions, comprendre les migrations, déchiffrer des écritures anciennes, reconstituer des familles dispersées.
Chaque petit succès apportait une satisfaction immense. Chaque impasse me poussait à aller plus loin. C’est dans cette phase que mes intérêts pour l’histoire, la Seconde Guerre mondiale, les archives et les communautés locales ont trouvé tout leur sens.

Le tournant : la responsabilité de se souvenir
Puis, quelque chose a changé. Je ne me suis plus senti comme un simple chercheur. Je me suis senti responsable. Responsable de ces hommes et de ces femmes dont personne ne se souvenait. Responsable de ces enfants morts trop tôt, de ces soldats disparus, de ces familles éclatées. Responsable de leur redonner une place, un nom, une trace.
La généalogie est devenue un acte de mémoire.
Voir l’histoire autrement : le passé devient personnel.
En retraçant la vie de mes ancêtres, j’ai aussi redécouvert l’histoire du Québec, du Canada, et même du monde. Les guerres, les épidémies, les migrations, les bouleversements sociaux — tout cela prenait un visage humain. L’histoire n’était plus abstraite. Elle était incarnée.
Aujourd’hui : un travail de transmission
Après toutes ces années, ma motivation n’est plus la même qu’au début. Je poursuis ce travail pour mes proches, pour les chercheurs, pour les lecteurs, pour les générations futures. Pour que personne ne soit oublié. Pour que les histoires qui ont façonné nos vies ne disparaissent pas dans le silence.
Mon arbre généalogique n’est plus seulement un projet personnel. C’est un héritage. Un pont entre le passé et le présent. Une façon de dire : ils ont vécu, et nous nous en souvenons.

Source NASA Trou noir? On peut facilement se laisser dévorer par une passion, que ce soit par celle du jeu compulsif comme pour mon grand-père paternel ou par celle de la généalogie dans mon cas. La preuve? Si votre ancêtre a vécu à Ste-Anne-des-Plaines au XXe siècle, il se retrouve peut-être sur la photo ci-dessous. […]
Le trou noir de la généalogie – 25 juin 1944
Quelques traits d’union entre deux années en reprise.
Toujours sans nouvelles de Michel… En reprise son plus beau texte sur Nos ancêtres.
Mon premier titre allait se lire comme suit: »À la recherche de traits d’union en passant par la Porte de Venise ».
J’ai trouvé quelques-uns des premiers, mais je n’ai jamais pu franchir le pas de la seconde.
Et ça a été ma plus grande déception.
Quelques traits d’union entre deux années, là où je savais que je les trouverais: dans le minuscule cimetière de Manseau, le but géographique ultime de mon périple où je n’ai pas trouvé âme qui vive — sans jeu de mots. Que de vies résumées dans ces petits traits gravés dans le granit: celui de mon oncle, de ma tante, de ma cousine préférée, douce et gentille, happée mortellement par une voiture alors qu’elle descendait du tramway à Montréal (elle était étudiante à l’université, et elle avait 23 ans). Dans ces traits d’union, j’ai vu le piano qui trônait dans le salon, j’ai humé le café fraîchement torréfié qui m’attendait tous les matins, j’ai vu mon oncle fumant la pipe ou le cigare assis dans son fauteuil l’air sérieux tandis que ma tante s’affairait à la cuisine; j’ai vu leurs pleurs, apprenant la nouvelle de cette mort tragique; j’y ai aussi vu le sourire que m’adressait ma cousine Suzon la dernière fois que je l’ai vue… Puis il y avait tout le reste de cette famille, dont à peine les prénoms m’étaient familiers et que je n’aurai jamais rencontrés. Leurs traits d’union à eux et à elles… quels souvenirs évoqueraient-ils en moi si je les avait côtoyés de leur vivant? Je ne le saurai jamais, et la perte sera mienne.
Puis, le cimetière de St-Cyrille de Wendover, patelin où ma mère est née et a sans doute passé les premières années de sa vie. Où mon oncle Gérard est né et est mort six mois plus tard. Où mes grands-parents ont vécu un temps. Cet endroit-là où plus d’un siècle plus tard, leur fils, leur neveu et leur petit-fils se présentera en quête de traits d’union. Au bout du compte, dans cette immensité de pierres tombales, je n’ai jamais trouvé où reposait mon oncle, et je n’avais guère d’espoir en ce qui concerne mes ancêtres, Arthur et la belle Julia. De mon oncle Gérard, je ne m’attendais qu’à trouver une petite plaque avec un prénom et deux dates (1er juillet 1903 – 27 décembre 1903). Dans son cas, le trait d’union aurait tout dit. Point besoin d’ajouter ou d’imaginer quoi que ce soit.
Ce sont ces plaques toutes simples qui m’attristent le plus. Une vie résumée en deux chiffres et un trait d’union. Le trait qui unit le berceau et le tombeau.
J’ai complété mon périple comme je l’ai commencé: là où je savais que je trouverais. Ce trait d’union là, je savais un peu plus ce qu’il recelait, ayant vécu cette réalité aux premières loges toute ma vie durant. Et pourtant, à chacune de mes visites, je me surprends à penser que je serais bien embêté si on me demandait de mettre une âme autour du trait d’union. Mon père repose en paix entre la montagne et la rivière. Et c’en est bien ainsi.
Et la Porte de Venise, dans tout ça? Ça n’a aucun rapport, et ça a tout à fait rapport. La Porta Venezia est un restaurant du Vieux-Rosemont, à Montréal, où l’on sert de la cuisine italienne; il est situé au 3961 de la rue Masson. Il y a trois quarts de siècle, à quelques années près, mes parents y exploitaient un petit commerce, une épicerie-boucherie, à l’époque où ils se sont épousés. (La chose est d’ailleurs expressément mentionnée, avec adresse à la clé, dans l’acte de mariage, que j’ai retrouvé tout récemment) Je me faisais une fête à l’idée de fouler les lieux mêmes qu’ils ont fréquentés il y a si longtemps. Les traits d’union ne seraient plus gravés dans le granit… ils flotteraient dans l’air. Je ne sais trop pourquoi, j’avais l’impression que j’y trouverais quelque chose de spécial… d’intangible.
À mon arrivée m’attendait… un imprévu… de taille. Le restaurant était fermé. Pour de bon.
Un autre rendez-vous raté.
Lorsque Pierre et moi nous sommes quittés à la fourche des chemins il y a près d’un demi siècle, ni l’un ni l’autre n’entretenait la moindre idée de retrouvailles toutes ces années plus tard. Nous avions tous deux choisi de communiquer, chacun à sa manière : Pierre avec son tableau, moi avec mon dictionnaire. Pierre, à l’époque, faisait dans les cartes du ciel et il s’y appliquait avec la même passion qu’aujourd’hui avec ses arbres. Pierre est un passionné, un passionné par son passé et, tout aussi logiquement, par sa descendance. Son passé, comme celui de celles et ceux qui frappent à sa porte en quête d’assistance. Pierre est généreux de son temps, comme de ses énergies. Quand Pierre choisit d’embrasser un projet, de quelque ampleur qu’il soit, il s’y adonne à fond. À l’instar de bien d’autres, j’aurai abondamment profité de cette rencontre fortuite après tant d’années. Mais, tout comme Pierre, je ne crois pas au hasard. Au bout du compte, les rendez-vous ne sont pas TOUS ratés.
Tel mon ami Pierre, je continuerai de gratter avec les fort modestes outils à ma disposition. Pour moi, c’est ce à quoi sert la généalogie au bout du compte: à servir de trait d’union entre le passé, le présent et l’avenir, à déterrer des liens qu’on croyait enfouis pour de bon qui nous apprennent à mieux connaître ceux et celles qui nous ont donné la vie et, ultimement, à mieux nous connaître nous-mêmes et à laisser cette connaissance nouvelle en héritage à celles et ceux qui nous suivront.