Qu’ont en commun les indignés, Noam Chomsky, Warren Buffet et Michael Moore ?
Ces trois personnages, très médiatisés, ont un point en commun :
ils rêvassent tous les trois. Non seulement ils rêvent mais chacun
d’entre eux prend ses rêves pour la réalité, et chacun croit
que, il rêve assez fort, il parviendra à transformer le monde.
Malheureusement, ce monde cruel dans lequel nous souffrons ne
changera pas par l’action des « Illuminatis » et de la pensée
magique. Leurs rêves pourront changer et leurs laisser croire que le
monde change, mais ce ne sera qu’illusion, fumisterie, fantasme,
frustration et désillusion.
Ce monde d’anarchie de la production, où la famine côtoie le gaspillage
éhonté des aliments ; ce monde où l’accumulation des profits
astronomiques côtoie la pauvreté dégradante ; ce monde de guerres
néo-coloniales pour le repartage des marchés, de repartage des
zones d’extraction des matières premières et de repartage des
secteurs d’exploitation de la plus value ouvrière entre puissances
impérialistes, à la fois complices et concurrentes, est un objet
bien réel, pas du tout évanescent. Ce monde repose sur la dictature
violente des riches, une oligarchie comprenant moins d’un pour cent
de la population mondiale, incidemment soutenue par tout un appareil
étatique violent, avec ses cours de justice, ses prisons, ses
bagnes, ses corps de police, ses agences privées d’assassins de
sécurité, ses armées, ses réservistes et ses potences, ses
chaises électriques et autres moyens de terreur collective.
Tout individu qui n’expose pas ces faits élémentaires criants de vérités à
ses auditeurs, à ses lecteurs ou à ses téléspectateurs, est un
naïf dangereux, un mystificateur cynique, ou un opportuniste
machiavélique. Les indignés d’Oakland (Californie) l’ont
appris à leurs dépens. Fort heureusement, ils n’ont pas déguerpi
et ils ont affronté, casqués et armés, les forces du désordre
venues les frapper du plein poids de la loi. Félicitations aux
révoltés d’Oakland, ils sont devenus l’exemple à suivre pour
tous ceux que l’on voudra dorénavant chasser des lieux où ils
sont campés .
Ils sont, dit-on, des milliers d’indignés de par le monde, squattant neuf
cents parcs urbains dans autant de municipalités, s’attendant tous
à être expulsés, à résister et à être emprisonnés. Que
réclament tous ces indignés ? Un récent document publié sur
Internet répond à cette question.
« Un mouvement inédit, impulsé par la jeunesse des classes moyennes, une vague de
fond anticapitaliste et libertaire, qui attaque les fondements de la
société américaine.» Après les avoir regardés de haut, pressés
par une opinion publique majoritairement favorable au mouvement
contestataire, les médias prennent désormais celui-ci au sérieux.
(…) L’hebdomadaire The Week se demande si «
Occupy Wall Street » fait émerger un « Tea Party de gauche ». Le
fameux Tea Party a d’ailleurs pris un coup de vieux et certains de
ses membres vont même jusqu’à apporter leur soutien aux indignés,
espérant ainsi surfer sur la vague contestataire. Le Président
Obama lui-même s’est senti obligé de déclarer « Je comprends la
colère qui s’exprime dans ces manifestations. » .
Voilà qui nous en apprend beaucoup sur cette vague de contestation «
anticapitaliste et libertaire ». « cette position réformiste des
indignés explique, entre autres, la longue liste de soutiens
hypocrites apportés au Mouvement par les porte-parole du capital. On
peut citer pêle-mêle Ben Bernanke, président de la Banque centrale
américaine, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, ancien et nouveau
présidents de la Banque Centrale Européenne (BCE), Angela Merkel,
Herman Von Rompuy, José Manuel Barroso et des milliardaires comme
Warren Buffett ou Georges Soros (…). Par cette » sympathie »
douteuse, la bourgeoisie tente de récupérer le Mouvement pour le
dévier de sa trajectoire initiale et le vider de sa substance
progressiste. » .
Lisons un extrait de texte publié par les indignés canadiens : « En tant
qu’indignés, quelques co-auteurs du livre TENIR PAROLE feront
lecture d’extraits pour faire revivre ce livre décrivant la lutte
pour une loi sur l’élimination de la pauvreté au Québec. (…) où
puiser matière à alimenter nos réflexions et nos actions. ».
Et oui, l’Assemblée nationale de la Province de Québec a eu
l’outrecuidance d’adopter une loi « exigeant » l’élimination
de la pauvreté. Loi inutile, évidemment, elle n’a pas empêché
la paupérisation des gagne petits, le foisonnement des enfants qui
fréquentent les « banques » alimentaires et n’a pas empêché
non plus l’appauvrissement des mamans monoparentales, la diminution
du salaire réel et du pouvoir d’achat du peuple travailleur. Elle
n’a pas empêché la paupérisation croissante de la jeunesse
rassemblée à écouter réciter des articles de la Loi bannissant la
pauvreté dans ce parc public devant la Bourse de Montréal. Notez,
que je n’ai pas écrit « rassemblées sur le parquet de la bourse
à empêcher les cambistes spécieux de spéculer et de nous
appauvrir », non, les indignés sont sagement campées à
l’extérieur sous les arbres dénudés par le vent de l’automne
glacé.
L’histoire ne dit pas si l’Assemblée nationale du Québec a aussi adopté une
loi interdisant les inondations le long des berges des rivières en
crue, ou encore, une loi bannissant la neige en hiver dans les rues
du Québec… .
En bref, un parterre de bonnes intentions soutenues par un maelstrom de bonne
volonté. Pour l’instant le maire de Montréal, complaisant, laisse
filer, espérant que les dernières giboulées refroidiront les
ardeurs des squatteurs. J’ai l’impression que l’on ne
renversera jamais ce monde capitaliste moribond de cette façon.
Pourtant, le célèbre pamphlétaire Noam Chomsky y croit lui, et voici ce qu’il
déclarait le 23 octobre dernier à une assemblée américaine. Noam
Chomsky, connu pour ses critiques de l’impérialisme américain et
des médias, déclarait devant des milliers de personnes réunies à
Boston, face au bâtiment de la banque de la Réserve fédérale : «
Ce mouvement est spectaculaire. C’est sans précédent. Je ne me
souviens pas qu’il y ait jamais eu quelque chose comme ça. Si les
associations qui ont lancé ces rassemblements peuvent tenir pendant
une longue et dure période, parce que la victoire ne viendra pas
rapidement, cela pourrait vraiment se révéler être un événement
historique, un moment important de l’histoire américaine. ».
Chomsky songe ici à la victoire de qui sur qui ? Et à quel genre de victoire
réfère-t-il ? La fin du capitalisme ? La fin des inégalités
sociales ? La fin des injustices universelles ? Il espère que Warren
Buffet et ses semblables rendront les milliards qu’ils ont spoliés
aux peuples du monde à travers leurs holdings multinationaux
multimilliardaires ? Si c’est bien ce à quoi il rêve, alors ce ne
sera pas demain la veille en effet.
Warren Buffet mène justement une opération de marketing en ce moment, attestant
que son taux d’imposition de 17 % par année est bien inférieur à
celui de sa secrétaire qui est gratifiée de 35 % d’impôt. Pire,
un salarié de la classe moyenne subit un taux d’imposition de 45 à
50 %. Monsieur Buffet réclame donc qu’on l’impose lui et ses
semblables aussi lourdement que les ouvriers spécialisés. Noam
Chomsky et les indignés fondent de grands espoirs sur cette
suggestion spécieuse de Monsieur Buffet.
Chomsky et les indignés devraient savoir que le salaire d’un milliardaire est
bien peu de choses au regard de sa fortune et qu’un taux
d’imposition de 50 % n’apporterait presque rien dans les coffres
de l’État. Les milliardaires ne sont pas riches parce qu’ils
encaissent de gros salaires mais parce qu’ils spéculent à la
bourse et possèdent des actions de nombreuses et très grandes
corporations multinationales et que leurs holdings empochent ainsi
des dividendes astronomiques. Ces dividendes, ces bénéfices
spéculatifs boursiers, le gros de la fortune de ces moins de un pour
cent de la population, ce ne sont pas des salaires, ce sont des
profits. Une enquête récente aux États-Unis révèle que loin
d’augmenter, les impôts sur les profits des entreprises
américaines – déjà très bas – diminuent d’année en année et
cela malgré la hausse constante des profits concomitante à la
baisse des revenus du gouvernement américain (imposition moyenne de
18,5 % et un grand nombre d’entre elles ne paient aucun impôt et
reçoivent de l’argent de l’Etat américain, 218 milliards de
dollars au total malgré leurs profits record) .
Taxons alors les bénéfices boursiers, les dividendes et les profits ! Difficile,
sinon impossible. Une grande partie de ces profits sont enregistrés
sur des comptes à numéro ou comptabilisés au siège social
d’entreprises fictives ayant pignon sur rue dans des paradis
fiscaux (Caïmans, Macao, Monaco, Barbade, etc.), des pays de
complaisance, des Etats de non droit, que les capitalistes ont
soustraits aux lois internationales avec la complicité bienveillante
des politiciens qui étaient réunis ce début de mois au G-20 à
Cannes ! Ces paradis fiscaux servent également à blanchir l’argent
mafieux qui se mélange aux avoirs de Monsieur Buffet, le bon
samaritain et autres mandarins.
Des riches toujours plus riches et cupides et des pauvres toujours plus pauvres
et livides. Des milliardaires bien protégés, à la recherche du
profit maximum et des rêveurs pacifistes aspirant à une justice
sociale inaccessible, voilà le rapport de force, voilà la triste
réalité de ce monde impérialiste que Monsieur Chomsky et les
indignés espèrent voir changer à force de sit-in et de camping
urbain.
Michael Moore, tout comme le Directeur de la revue Le Monde diplomatique,
Serge Halimi, diplômé de Berkeley, avance encore plus loin dans sa
dénonciation du système capitaliste . Michael n’est pas tendre
pour ce système et, hâbleur, il déclare : « Il faut mettre un
terme au capitalisme. Le capitalisme est un train fou qui se dirige
sur ses rails vers la vallée de la mort et personne ne pourra
l’arrêter ni le dévier car sa » logique » ne le permet
pas. Il s’agit de convaincre les peuples de sauter en marche avant
que celui-ci n’arrive inexorablement à son terme: la fin de la vie
biologique sur la planète Terre. Aujourd’hui nous n’avons aucun
autre biotope à portée de main pour préserver cette vie
biologique; c’est donc à la seule communauté des humains conscients
à laquelle Michael semble appartenir, qu’incombe d’investir cet
espace très limité et déjà mal en point. ».
Pour Monsieur Moore, la façon d’échapper au capitalisme serait le suicide
collectif, tous dans le ravin pendant que le train fou s’engage à
vive allure sur la voie du désespoir et de l’Apocalypse !
Mauvaise solution, ce n’est pas par le suicide collectif, ni via
l’Armageddon, que nous y parviendrons. La solution consiste à se
saisir du conducteur et de tous ses acolytes de la classe capitaliste
et à les rendre inoffensifs, cela s’appelle l’insurrection
populaire. C’est le message que les révolutionnaires devraient
porter à tous les indignés de la terre. Sans révolution, sans
renversement de la classe parasitaire qui s’accapare privativement
de la propriété des moyens de production et d’échanges
collectifs, car dans dix ans, les indignés seront toujours frustrés
devant Wall Street à écouter les états d’âme de Noam Chomsky,
de Michael Moore et de Serge Halimi.
Le président Sarkozy a été très transparent dans son discours au
Sommet du G20 à Cannes. Il a clairement remis en cause le contrat
social établi entre la grande bourgeoisie et l’aristocratie
ouvrière des pays occidentaux : désormais les programmes sociaux ne
seront maintenus qu’à la condition qu’ils n’entravent pas la
bonne marche des affaires et de la finance. Autrement dit, tous les
programmes sociaux sont sujets à être comprimés jusqu’à et y
compris éliminés. Mesdames et messieurs, avec ce Sommet du G-20, la
guerre de classes entre le capital et le travail vient d’entrer
dans une Ère nouvelle. Les vœux pieux, les rêves, les cris et les
larmoiements ne suffiront pas à sauver la planète en danger et les
peuples affamés.
Comme disait l’autre, on ne change pas ce monde capitaliste seulement en
s’indignant, en chantant et en faisant des sit-in dans les parcs. Il est temps de poser la
question de la prise du pouvoir et du contrôle du monopole de la violence légale de l’État. Quelle classe dirigera l’État ? Quelle classe imposera ses vues et ses
intérêts à toute la société ? La classe majoritaire ou les moins
de un pour cent de parasitaires ???!!!