Bon bah voilà, ça fait longtemps…je suppose qu’il n’y a plus grand monde par ici mais à nouveau, et pour la der des der cette fois, j’avais besoin d’exprimer et de raconter les derniers mois.
Ma crevette va avoir six ans. Lundi, elle fait sa rentrée en CP. Elle va bien, elle est toujours aussi pêchue, rigolote, pleine d’imagination et donc forcément, un peu fatigante selon les jours. Bref, c’est une enfant de six ans, en pleine forme !
Mon cœur de maman se serre à l’idée qu’il n’y aura pas d’autre rentrée scolaire en maternelle, chez nous, les premières fois sont aussi les dernières. Même si je suis infiniment chanceuse d’avoir pu mettre au monde cette petite fille, je suis aussi en plein deuil de cette fratrie qui n’existera jamais.
Les miracles, ça arrive, mais pas sur ce coup ! L’infertilité a dessiné notre famille. Nous sommes trois.
En 2016, lors de notre unique FIV, et suite à la naissance de la crevette, il nous restait encore un embryon. Ce « précieux » a dormi au fond d’une cuve d’azote plusieurs années avant que l’on se décide à venir le réveiller. D’abord, je me suis sentie tellement comblée au moment où ma fille est venue au monde, qu’il m’a fallu du temps avant de faire de la place à l’éventualité d’agrandir la famille, ce qui signifiait aussi se faire à l’idée de replonger dans les rendez-vous médicaux. Puis le Covid s’est invité dans l’actualité et nous a tous cloué chez nous. En ville, dans un appartement avec un enfant de deux ans et demi, ça m’a calmé un moment sur l’envie de remettre le couvert. Et puis finalement, l’idée que ce précieux était là, à portée de main, est venue nous titiller. En septembre 2021, nous avons donc repris le chemin du grand hôpital, fait connaissance avec notre nouveau médecin, la précédente étant partie à la retraite, et démarré un cycle sous patch en vue de transférer ce dernier embryon.
Physiquement, j’ai très mal vécu le traitement (nausée, fatigue intense) mais j’y croyais tout en me disant « si ça ne marche pas, même pas mal, c’est pas grave ». Et d’ailleurs, on s’est lancé dans cette ultime tentative en se disant que c’était vraiment la dernière et que nous ne nous acharnerons pas. J’allais avoir 40 ans, Monsieur Tidoum 43, et nous avions déjà notre énergumène de fille qui dépote pas mal !
Mais au fond de moi, tout en faisant semblant d’être très détachée, une petite lueur d’espoir a grandi et je n’ai plus pu l’ignorer. C’est donc le cœur rempli d’un amour déjà prêt à grandir, que les résultats sont arrivés le 13 décembre 2021 : négatifs. A l’annonce des résultats, j’ai été triste mais je ne me suis pas effondrée. Et puis, j’ai un peu fait l’autruche et continué ma vie en me disant que j’avais tout pour être heureuse.
Nous avons vite repris le dessus : sont arrivées les vacances de Noël puis mon anniversaire que j’ai fêté plusieurs fois cette année là ! Nous en avons parlé à nos proches. Mais comme d’hab, à part une ou deux copines avec lesquelles je peux » « vraiment » en parler (c’est -à-dire plus de deux minutes), le sujet reste tabou.
Cet échec ne m’a pas anéanti. L’angoisse de n’être jamais maman n’est plus là. Lorsqu’il y a déjà un enfant, on vit les choses très différemment.
Et pourtant…
Il m’a fallu une grosse année pour arriver à faire de la place pour la tristesse, la laisser s’exprimer. Me dire que si je me sens plutôt heureuse dans la vie, j’ai aussi le droit de me sentir triste par moment. La tristesse qui se rappelle à vous quand l’enfant réclame un petit frère ou une petite soeur (ou à défaut, un petit chat !!), ou lorsque vous voyez les petits copains de classe câliner le beau bébé tout neuf dans la poussette qui va avec leur maman, à la sortie de l’école. J’ai du mal avec les annonces de grossesse et toutes les mises en scène autour de la grossesse (les t-shirts « gros bidon », les baby showers, les séances de yoga prénatal…définitivement pas mon truc !).
Avec un peu plus de recul maintenant, je peux dire que l’année 2022 a été dure : plusieurs décès dans nos familles, le déménagement de ma soeur dans une autre ville, et ce constat terrifiant à affronter : l’amp, c’est fini pour nous.
En écrivant, les larmes me montent aux yeux et ma gorge est nouée. Voilà comment je me sens. Pas tous les jours, pas souvent, mais de temps en temps. L’émotion reste présente et me pince le coeur dans certaines circonstances, quelques regrets aussi du type « et si j’avais pas autant attendu, on aurait pu faire une autre tentative » mais bien vite balayés car je fais en sorte que la boite à fantasme qui me sert de tête n’alimente pas ce genre de pensée. Un peu de colère aussi en raison de cette foutue infertilité qui aura décidé, à notre place, de notre composition familiale.
Pourquoi s’arrêter là ?
Parce qu’en 2016, ma réserve ovarienne n’était pas terrible. A bientôt 42 ans, j’imagine que mes follicules sont devenus de vieux papys prêts à passer l’arme à gauche plutôt que des jeunots qui festoient gaiement sous les bons hospices de mes ovaires fainéants. Et puis aussi, parce que je me sens un peu vieille pour accueillir un bébé. Déjà, à 35 ans, j’ai trouvé que se remettre d’un accouchement et de toute la fatigue que représente le fait de s’occuper d’un nourrisson, c’était éprouvant alors à 42…non, je n’ai plus le courage. Sans compter que se farcir les traitements, les rdv médicaux, les examens sans aucune certitude que cela fonctionne, ça ne vend pas vraiment du rêve…
J’ajoute que l’envie d’un deuxième était également plus présente chez moi que chez mon conjoint. Il était évidemment d’accord pour le transfert de cet embryon, (et il y a cru, lui aussi) mais il était clair sur son souhait qu’il n’y aurait pas d’autre tentative. Nous savons aussi que si nous n’étions pas déjà parent, nous serions probablement à l’étranger à l’heure qu’il est, pour optimiser nos chances de fonder une famille. C’est donc bel et bien la présence de notre enfant unique, qui nous comble de joie (de fatigue et de quelques engueulades aussi, hein !) et nous fait renoncer à poursuivre sur ce périlleux et douloureux chemin de l’amp.
J’aurais toujours un pincement au coeur. Par moment, me dire que ma fille n’aura pas de frère ou soeur, me chagrine énormément. Et puis, j’observe et j’avance dans mes réflexions : les enfants uniques, ceux que je connais en tout cas, n’ont pas l’air malheureux et sont finalement assez nombreux dans notre entourage. Et dans les fratries (que j’idéalisais jusque là), rien ne garantit que les frères et soeurs s’entendent et soient solidaires à l’âge adulte. La paix des familles n’est pas nécessairement au rendez-vous. Quant aux couples qui explosent après le deuxième, je ne les compte même plus. Bref, je déconstruis mes croyances.
Voir un tout petit bébé me donne tellement envie (j’ai adoré m’occuper de ma fille petite) : son odeur, ses petits yeux qui découvrent le monde, mais je n’oublie pas non plus les couches, les vomitos et les nuits sans sommeil.
Tout doucement, je glisse vers l’acceptation d’une vie à trois, plutôt heureuse. Et je reste très engagée dans une association de patients et ex-patients de l’amp, ce qui me permet de transcender ma propre histoire tout en oeuvrant utilement. J’y ai aussi noué de belles amitiés.
Aujourd’hui, il m’arrive d’être triste (mais pas que) et je vais bien. L’enfant grandit et c’est chouette. Retrouver un peu de liberté dans sa vie de femme, de couple, c’est aussi très agréable.
Je sais que j’aurais aimé avoir deux enfants…mais dame Nature la Pute a encore frappé et maintenant que je suis vieille et sage, j’ai bien compris qu’il y a une grosse différence entre ce que l’on souhaite ou imagine de notre vie, et ce qu’il se passe vraiment !
Prenez soin de vous, et n’hésitez pas à me laisser un petit message en commentaire si jamais vous passez par là!


