Ta Reine.

C’est ta Reine qui t’appelle !

Qui te crie à raison.

Elle te prie sur le champ

De mieux intervenir.

Tu n’as pour elle ce soir

Que des miettes d’égards.

Elle veut tant que tu l’admires

La trouve belle, ta victoire !

Elle qui pour toi, sans devoir

Aime, donne et aspire

A tant de joie, de désirs

De projets à venir.

Construisez à vous deux

Un monde paisible et sans cris.

Dis-lui donc que tu l’aimes,

même si ce n’est que d’un mot.

Tu sais pourtant si bien

Qu’elle te prouvera très tôt

Qu’elle est ici pour toi

Pour ton coeur et ton âme.

Elle aime que tu lui montres

Comme tu l’aimes tendrement

D’un amour bienveillant

D’une passion grandissante.

Elle n’est pas tant armée pour elle, te le montrer

Mais elle le fait sans cesse, quitte à se dévoiler.

C’est ta Reine qui te parle, te supplie et t’implore

De lui ouvrir ton coeur, tu le peux en confiance,

Montre-lui, parle lui, de ce si bel amour.

Elle est faite de lumière, et t’attend sans détour.

La Vieille.

En regardant par la fenêtre de son petit rez-de-chaussée, la vieille s’évade.

Elle voit passer la vie devant sa vitre comme on regarde une série sur un écran.

Les enfants qui sortent de l’école,

Le facteur qui fera tinter sa boite aux lettres,

Le camion poubelle qui emmènera ses vieux souvenirs,

Le brave homme et son chien, dont on ne sait qui promène qui,

Les amis enjoués qui discutent pour tout le quartier.

Elle n’a plus que ça, la vieille et elle y tient.

Elle vit par procuration.

Leurs jambes sont ses jambes.

Leurs rires sont ses souvenirs.

Elle n’a plus que ça, la vieille et elle y tient.

Juste derrière.

Derrière la farce, un ultime combat à porter.

Celui du juste et du vrai.

Derrière l’apparence, une réelle analyse à mener.

Celle du réel et du profond.

Derrière le temps qui passe, une volonté de rester.

Celle de garder le phare de l’histoire.

Derrière mon nom, un pardon à donner.

Celui de l’enfant aimant.

Derrière le bonheur, une quête à achever.

Celle de l’acceptation.

Il y a tant de choses à aller chercher.

Juste derrière…

Mots. Désolation.

Elle était si petite.

Elle avait une certitude.

Ses parents la protégeraient. Toujours.

En marchant sur les trottoirs de son quartier,
la main dans celle de sa mère, enceinte.

Elle pense.

Elle va poser la question, naïvement.
Pour voir.
Pour voir si c’est normal.

On marche vite, on doit se rendre quelque part.

Il fait gris. On passe devant la supérette et ses étals de fruits et de légumes.

Elle choisit cet instant pour se lancer dans le vide.

— Maman, est-ce que c’est normal ?
Est-ce que c’est normal qu’un monsieur…

La voix a du mal à sortir, et elle force.

Elle appuie sur son courage, dans son tout petit cœur d’enfant.

Et c’est étrange, mais avec le recul,
elle se rend compte qu’elle n’avait pas tout à fait confiance.

Elle sentait le danger, la faille dans sa certitude.

Mais cette réponse, elle n’aurait pu l’imaginer.
Personne, d’ailleurs.

— Qu’est-ce que tu inventes encore ?
Tu dois encore faire ton intéressante ?
Avance !

Effondrement des sols.
Des mondes.
Des convictions.
Des forces.
Des espoirs de petite fille.

Plus rien.

Des marques à vie.
Une reconstruction quasi impossible.
Des relations bousillées.
Une famille en implosion.
Des morts de tristesse.

Une désolation dans toute sa définition.

Des thérapies à la chaîne.
Une guerre du corps continue.
Un refus de maternité. Pas que pour ça, mais quand même.

Si c’est pour faire ça…

Des faux départs.
Des mises en danger pour exister.

Une vie… à construire là-dessus.

La douleur la plus forte ?

Les gestes de l’homme ?

Non, l’abandon de la mère.

Il est là, le trauma.

Et une nouvelle certitude :

Personne.
Ne faire confiance à personne.
Jamais.

Ne compte que sur toi.

Et pour ton estime de toi ?

Désolée. Tu repasseras.

Mots. Âme.

Le cliquetis de mon âme tracasse ma conscience.

Elle prend toute la place et la force de mon être.

Sans cesse, me rappelle à l’ordre par son règne imposé.

Sans cesse, se proclame maitresse de mes voix.

Sans cesse, me chante que le destin est écrit et qu’on n’y fera rien.

Le cliquetis de mon âme fracasse ma conscience.

Elle écrase ma carapace dans ses serres aiguisées.

Sans cesse, relance par la force, des assauts de fortune.

Sans cesse, me brise à m’en faire rebrousser chemin.

Ou alors…

Ma conscience est trop faible et se cherche des excuses

Pour rester au repos, derrière les barricades.

Ma conscience est trop prude et refuse le déluge

Que lui imposerait un monde et toutes ses mascarades.

Allez savoir où se trouve la version véritable !

Peu importe après tout.

Âme et conscience cohabitent

Comme un vieux couple usé.

Âme et conscience s’effritent.

Jusqu’à mon souffle dernier.

L’homme seul.

Le dos voûté, accablé, il danse dans sa tête pour ne pas se laisser tomber.

Pourtant, il n’a jamais voulu la faire danser l’été, dans les bals de village.

Il dit que le monde l’a laissé là, l’a laissé las.

Il pense que tous l’ont oublié, mais c’est lui qui perd la mémoire.

Il a oublié le monde bien avant que le monde ne l’oublie.

La chute est longue, lancinante, injuste et inévitable.

Elle a commencé sans même qu’il s’en aperçoive.

En fait, elle a commencé au premier battement.

C’est vous dire si elle est longue, la chute.

Les rides creusent son visage, giflé par mille vents violents.

Ses yeux s’assombrissent de trop peu de paysages contemplés.

Sa bouche s’assèche du manque de baisers échangés.

Sa gorge se noue des mots d’amour qu’il n’a pas prononcés.

Ses mains se raidissent des caresses non données.

Aujourd’hui, il regrette.

Ces mots d’amour qu’il n’a pas dits,
Ses gestes tendres qu’il n’a pas faits,
Le baiser dans le cou qu’elle attendait quand elle préparait le déjeuner,
La main glissée dans le bas du dos qu’elle n’aura jamais,
Le désir dans ses yeux qu’elle voulait tant voir.

Aujourd’hui, elle est partie.

Fatiguée de trop attendre.

D’attendre si peu de choses pourtant.

Elle sait qu’il l’aimait.

Mais elle aurait tant aimé qu’il soit fier de l’amour qu’il lui portait.

Elle aurait tant aimé qu’il le montre au monde.

Aujourd’hui, la mariée est partie.

Sans lui.

Sur un dernier battement.

Mots. Aube

L’aube a laissé une trace sur ma joue.

Petite, discrète mais suffisante pour me rappeler que la nuit est un éternel recommencement.

L’aube a laissé une trace dans mon rêve.

Intense, immense comme si elle décidait de sortir de la nuit pour envahir mon jour.

L’aube a laissé une trace dans mes draps.

Marqués, froissés, comme si la nuit avait été un combat des Dieux et des Hommes.

L’aube a laissé une trace dans mes yeux.

Cernés, fatigués, comme si ceux-ci avaient oublié le sommeil pour se consacrer à l’urgence.

L’aube a laissé une trace dans mon corps.

Brisé, usé, comme si l’histoire arrivait à sa fin pour m’achever sans détours.

L’aube a laissé une trace dans ma vie.

Flamboyante, vibrante, comme si tu avais soufflé sur les braises pour m’annoncer ton retour.

Grâce !

Il manque à nos âmes un état de grâce.

Il manque à la grâce des états d’âmes.

Un peu de douceur et de poésie

Loin, trop loin de nous, une mélancolie créatrice.

Un saut vertigineux qui marque l’arrêt de la course

Et un instant, nous ralentit.

Une grande respiration nourricière.

Une pause bienvenue dans les mots, loin des maux.

Un temps d’écriture, de lecture.

Une chanson, un credo,

Ou un point de couture.

A chacun de nous, sa façon de plonger,

Introspecter.

A chacun de nous, ses farces

Pour tromper le monde

Mais de grâce,

Ne laissons pas le temps fou, assassin,

Nous emporter.

Celui qui empêche de penser et de se retrouver.

Gardons tous, ces jours-ci plus que jamais,

De grâce,

Nos cerveaux allumés, connectés,

A nos valeurs profondes,

Celles qui font de nous un Monde

Peuplé d’Humains bienveillants

De grâce,

Ne cédons pas aux démons

Du facile et docile

Mais restons bien debout sur nos jambes

Ensemble, de grâce,

Ensemble.

Mots. Le temps.

Garde-toi bien de le retenir,

Il ne le supporte pas.

Il t’échappera entre les doigts.

Non vraiment, il n’aime pas ça.


Garde-toi bien de le réclamer.

Il ne le supporte pas.

Il n’obéit pas aux ordres.

Non vraiment, il n’aime pas ça.


Garde-toi bien de l’ignorer.

Il ne le supporte pas.

Il avancera sans toi.

Non vraiment, il n’aime pas ça.


Garde-toi bien de le perdre.

Il ne le supporte pas.

Il ne reviendra pas.

Non vraiment, il n’aime pas ça.


Mais si tu le partages,

Si tu le donnes,

Si tu le savoures,

Si tu l’interroges,


Il saura se montrer clément.

Il te confiera peut-être ses secrets.

Il t’accompagnera, où que tu ailles.

Il te donnera le rythme…


A toi d’en trouver la mélodie.